Affaire des concessions automobiles: Ahmed Ouyahia enfoncé

Liberté, 13 décembre 2021

La cour de justice d’Alger a condamné, hier, les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, à une peine de 7 ans de prison dans l’affaire de l’homme d’affaires, Mahieddine Tahkout. Pour Ahmed Ouyahia et les deux anciens ministres de l’Industrie, à savoir Youcef Yousfi et Amar Ghoul, condamnés à deux ans de prison chacun, leur peine est assortie d’une pénalité de 100 milliards de dinars qu’ils devraient payer aux entreprises Cevital et Elsecom, pour le préjudice causé par le refus de leur accorder les concessions automobiles qu’ils réclamaient. Aux yeux de la justice, les deux sociétés, qui distribuaient depuis de longues années les marques Hyundai pour Cevital et plusieurs marques, dont Suzuki et KIA pour Elsecom, ont été lésées par les autorités qui leur ont préféré Mahiedine Tahkout. Ce dernier est condamné à 14 ans de prison pour “corruption”.

Lors du procès en cassation qui s’est déroulé, il y a deux semaines, à la cour de justice d’Alger, l’avocate de Cevital et Abdelhamid Achaïbou, le patron d’Elsecom Motors, ont confirmé que les deux sociétés, qui travaillaient dans le domaine de la concession automobile depuis les années 1990, se sont retrouvées sans concession, alors que Mahieddine Tahkout, dont l’entreprise s’était spécialisée jusque-là dans le domaine des transports de voyageurs, s’est retrouvé du jour au lendemain à la tête de deux entreprises de montage de voitures de marques Hyundai et Suzuki. Pour faire aboutir le projet, les autorités de l’époque avaient réussi un tour de magie : sur instruction d’Ahmed Ouyahia, le ministère de l’Industrie avait autorisé Mahieddine Tahkout à installer, à la hâte, un atelier d’assemblage de voitures Hyundai, à Tiaret, avant même que la société sud-coréenne ne s’engage. Pourtant, le cahier des charges qui devait régir le secteur exigeait l’engagement de la société-mère avant la réalisation d’une usine d’assemblage.

Pour se défendre, l’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, s’est défaussé sur le Premier ministre de l’époque, Ahmed Ouyahia, qui avait “accordé” un sursis d’une année à l’homme d’affaires avant de se conformer à la réglementation. Une décision que confirmera Ouyahia qui s’exprimait depuis la prison de Abadla, où il purge ses peines de détention. Tout en concédant avoir favorisé “sans intérêt personnel, mais pour aider l’industrie automobile”, les deux responsables ont nié avoir “lésé” les entreprises d’Omar Rebrab et d’Abdelhamid Achaïbou. Youcef Yousfi est allé jusqu’à nier avoir reçu les demandes des deux entreprises. Une affirmation démentie par l’avocate de Cevital qui a révélé, lors de l’audience, que son mandant n’avait pas été reçu au ministère “malgré ses nombreuses demandes”.

De son côté, le patron d’Elsecom, qui a affirmé avoir licencié plus de 1 000 salariés après la fermeture de ses entreprises, a confirmé qu’il ne s’était plus adressé au ministère après avoir appris qu’il avait été dépossédé des marques qu’il représentait. Il a accusé, publiquement et nommément, l’ancien ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, qui se trouve en fuite, d’être derrière cette décision. Ce dernier ne s’est jamais présenté à la justice, qui a lancé contre lui de nombreux mandats d’arrêt internationaux.

 

Ali Boukhlef