Le renouvellement des assemblées élues parachevé : et maintenant ?

Riyad Hamadi, TSA, 28 Novembre 2021

L’Algérie a franchi, samedi 27 novembre, la dernière étape du processus de renouvellement des assemblées élues, avec l’élection des assemblées communales et de wilaya.

Depuis le début du Hirak en février 2019 et le départ de Abdelaziz Bouteflika, c’est le quatrième scrutin que l’Algérie organise, après la présidentielle de décembre 2019, le référendum sur la révision constitutionnelle de novembre 2020 et les législatives de juin 2021, avec comme point commun un important taux de boycott.

Pour ces locales 2021, il y a un léger mieux avec 35 % de taux de vote, mais la défection reste considérable, à fortiori pour un scrutin local.

Au-delà de la participation et même des résultats qui ne devraient pas chambouler la carte politique issue des dernières législatives, il y a lieu surtout de s’interroger sur la suite, le pays ayant maintenant officiellement parachevé le renouvellement de ses institutions élues.

Cela aura-t-il une incidence sur la double crise politique et économique ? Les nouveaux élus pourront-ils faire mieux que leurs prédécesseurs en matière de développement local et de prise en charge des préoccupations de la population ?

Les Algériens l’espèrent et souhaitent que sera vite concrétisée l’annonce faite par le président de la République la veille du scrutin de procéder à une profonde refonte des codes communal et de wilaya pour laisser plus de prérogatives à l’élu local et lui permettre de jouer pleinement son rôle.

« Il est temps que l’État renonce à certaines prérogatives centrales en les attribuant aux élus locaux », a déclaré Abdelmadjid Tebboune vendredi au cours d’une rencontre avec des représentants de la presse nationale.

L’autre grosse interrogation concerne les autres grandes réformes promises ces deux dernières années. L’heure a-t-elle sonné pour leur lancement maintenant qu’aucune échéance électorale n’est en vue avant plus de trois ans ? Outre la crise politique qui ne doit pas être occultée, d’autant qu’une bonne partie de la population n’adhère toujours pas pleinement au processus en cours comme le montre le faible taux de participation du scrutin du 27 novembre, la mère de toutes les réformes est celle de l’économie.

Plus de temps à perdre

Malgré quelques indicateurs satisfaisants enregistrés ces derniers mois obtenus grâce à des restrictions importantes des importations, comme l’atténuation de l’érosion des réserves de change, la hausse des exportations hors hydrocarbures et le rééquilibrage de la balance des paiements, l’économie algérienne reste précaire et toujours vulnérable aux fluctuations des prix du pétrole, qui sont justement repartis à la veille même du vote, en raison de l’apparition d’un nouveau variant du covid-19, plus contagieux et plus dangereux, selon les scientifiques.

Sur le plan social, l’Algérie traverse une période difficile où les crises et tensions sur certains produits ne s’estompent que pour laisser la place à d’autres plus aiguës, l’inflation s’est généralisée, le pouvoir d’achat s’est nettement détérioré et la crise sanitaire est toujours là avec même la menace d’une quatrième vague.

Pendant ces deux dernières années, les gouvernements qui se sont succédé ont plus tâtonné qu’entrepris de véritables chantiers de réforme. Il est peut-être compréhensible d’avoir le souci de ne pas entamer le renouveau avec des assemblées et des institutions héritées de la période passée, mais la mise en veille de certaines réformes vitales est injustifiée dans la conjoncture que traverse le pays.

L’Algérie a perdu un temps précieux. L’investissement productif est à l’arrêt et rien ne pourra se faire s’il n’est pas relancé. Les chiffres révélés quelques jours avant les élections locales par le Premier ministre sont ahurissants : il y aurait 2 500 projets d’investissement qui attendent l’aval du Conseil national de l’investissement (CNI), qui ne s’est pas réuni depuis deux ans. Leur valeur totale est d’au moins de l’équivalent en dinars de 90 milliards de dollars.

En annonçant la révision imminente des codes communal et de wilaya, le chef de l’État a aussi annoncé que « l’année 2022 sera destinée aux réformes structurelles en économie ».

Ce n’est pas un hasard s’il a fait cette double annonce à quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote. Sans ces deux aménagements, l’élu local, aussi compétent et intègre soit-il, ne fera que reproduire les échecs de ceux qui l’ont précédé.