Tribunal d’Aïn Tedlès (Mostaganem): Dalila Touat écope de 6 mois de prison ferme

Liberté, 27 novembre 2021

Six mois de prison ferme. Telle est la peine que le tribunal d’Aïn Tedlès a d’infliger à Dalila Touat pour “outrage à institution publique”, en l’occurrence la direction de la prison d’Aïn Tedlès contre laquelle elle a porté plainte pour “mauvais traitements”. L’activiste, qui a comparu libre, n’a pas été placée sous mandat de dépôt et a obtenu la relaxe pour le chef d’accusation de “diffamation”. Lors du procès qui s’est tenu le 11 novembre dernier, le procureur de la République avait requis une année de prison ferme avec mandat de dépôt, assortie d’une amende de 100 000 DA. De son côté, Dalila Touat avait rejeté l’outrage et la diffamation pour lesquels elle était poursuivie et réaffirmé le bien-fondé de toutes les accusations qu’elle avait portées à propos de son séjour carcéral.

La défense – étonnée que l’activiste fasse l’objet de poursuites judiciaires, alors qu’aucune enquête n’a été lancée par les services compétents pour vérifier le bien-fondé de sa plainte contre l’établissement pénitentiaire – a plaidé la relaxe pure et simple. Les faits, rappelons-le, remontent à mars 2021 lorsque Dalila Touat a saisi la justice sur de mauvais traitements présumés subis à l’établissement d’Aïn Tedlès, en janvier-février, alors qu’elle y purgeait une condamnation pour une affaire liée à son activisme dans le Hirak. La jeune femme qui avait retrouvé la liberté un mois plus tôt, dans la foulée de l’élargissement de nombreux détenus politiques à la veille de la commémoration du deuxième anniversaire du Hirak, n’a pas oublié les avanies qu’elle dit avoir subies en prison et espère que justice lui sera rendue. Dans sa plainte contre la direction de la prison d’Aïn Tédlès, elle évoque des “menaces” et des “insultes” de la part de ses geôliers et affirme avoir recouru, par deux fois, à la grève de la faim pour protester contre ces humiliations sans que l’administration pénitentiaire ait jugé utile de dépêcher une assistance médicale à son chevet. “J’ai introduit des réclamations auprès de la direction, averti le collectif des avocats, écrit au procureur général près la cour de Mostaganem. En vain. Aujourd’hui, je porte l’affaire devant la justice”, confie-t-elle à Liberté.

Dalila Touat vient d’introduire un pourvoi en cassation contre les verdicts prononcés à son encontre par la cour d’appel de Mostaganem dans deux affaires liées au Hirak – deux mois de prison avec sursis au lieu de deux ans et 18 mois de prison ferme prononcés en première instance (voir Liberté du 17 mars 2021) – et veut, dans la foulée, obtenir justice pour les préjudices qu’elle affirme avoir subis en prison. “La saisine de la justice est un droit constitutionnel garanti à tous les citoyens algériens”, rappelle un des avocats de Dalila Touat, en dénonçant les poursuites engagées contre la militante pour avoir osé porter plainte contre l’établissement pénitentiaire d’Aïn Tédlès. “Le message véhiculé par ces poursuites est clair : on n’a pas le droit de porter plainte contre une injustice”, déplore-t-il à l’issue du procès. Dalila Touat, qui s’attend à faire face à d’autres poursuites pour “attroupement”, devrait interjeter appel du verdict dans les prochains jours.

S. Ould Ali