Corruption: De nouvelles révélations sur l’affaire SNC-Lavalin

M. Mehdi, Le Quotidien d’Oran, 30 octobre 2021

«Il y a une vingtaine d’années», la Société canadienne «SNC-Lavalin a eu recours aux services du conseiller financier personnel de l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher pour payer des pots-de-vin en Algérie», selon le quotidien québécois ‘La Presse’, citant une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Les nouvelles révélations concernent le projet du Complexe gazier de Rhourde Nouss, gigantesque installation construite dans la région d’Ouargla. «Il a été développé en partie par SNC-Lavalin pour la Société d’État algérienne Sonatrach, à partir de la fin des années 1990», écrit ‘La Presse’ dans un article intitulé «L’Algérie revient hanter SNC-Lavalin» publié jeudi dernier.

Selon la même source, l’enquête «affirme clairement que des pots-de-vin ont été versés» via un «nouveau canal» qui «impliquerait un lien très ancien entre un cadre de l’entreprise et un acteur important dans le monde de la Finance offshore», précisant que ces «allégations» concernent des «personnes qui ne travaillent plus pour la multinationale» et «ne sont accusées de rien à ce stade».

Le journal rapporte qu’une «perquisition pour aller chercher des documents additionnels au siège social de SNC-Lavalin» menée en février 2020, concernant un contrat de construction d’un pont routier ‘Jacques-Cartier’ (à Montréal, ndlr), «attribué au consortium de SNC-Lavalin, le 12 octobre 2000», a permis le «dépôt d’accusations de fraude contre l’entreprise et deux ex-cadres, le mois dernier (le fonctionnaire corrompu mis en cause dans cette affaire avait déjà été condamné en 2017 après avoir admis les faits)».

Ainsi, «un cadre de l’entreprise montréalaise aurait contacté un mystérieux conseiller financier installé dans le paradis fiscal de Jersey» avant de lui envoyer une «ébauche de contrat qui devait permettre de faire transiter des paiements de près de 2 millions de dollars, à travers une société-écran» détenue par Hugh Thurston ancien «conseiller financier personnel de l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher», ajoute la même source.

«Selon la GRC, le mystérieux financier de Jersey avait déjà aidé la firme par le passé par l’entremise de son entreprise personnelle, qui agissait comme «représentant» de SNC-Lavalin en Algérie», précise-t-on. «Cette compagnie de représentant a été utilisée par SNC-Lavalin International pour des paiements de pots-de-vin à certains individus en relation au projet Rhourde Nouss en Algérie», ajoute ‘La Presse’, citant l’enquête de la GRC.

Si, finalement, l’opération de faire transiter des paiements de près de 2 millions de dollars, dans le cadre du contrat du pont ‘Jacques-Cartier’, n’a pas transité par la société écran de Hugh Thurston, elle a été réalisée via une autre «société de consultants établie au Liban». «Les comptes en Suisse de cette société auraient ensuite servi à transférer discrètement 2,2 millions de dollars au P-DG de la Société des ponts fédéraux qui avait truqué l’appel d’offres pour les travaux du pont Jacques-Cartier», lit-on dans l’article, qui précise que «la dépense aurait faussement été imputée dans les comptes de l’entreprise à des frais de représentation pour des projets en Algérie et en Libye». Invité à réagir, «un porte-parole de SNC-Lavalin affirme que l’entreprise n’a jamais eu vent que le versement allégué de pots-de-vin liés au projet gazier de Rhourde Nouss avait fait l’objet d’une enquête policière, ce qui laisse entendre que le dossier n’a peut-être pas été plus loin», écrit ‘La Presse’. L’enquête canadienne estime qu’un «troisième cadre s’était rendu coupable de fraude». Il s’agit de «Michael Novak, ancien président de la division SNC-Lavalin International, qui a quitté l’entreprise en 2013» qui, selon des «documents judiciaires», «a signé des conventions destinées à autoriser les paiements faussement attribués aux projets en Libye et en Algérie, alors que l’argent était en fait destiné à un fonctionnaire canadien corrompu». Selon l’article, «l’ambassade d’Algérie à Ottawa n’a pas donné suite» à la «demande de commentaire» du journal.