Exportations algériennes de gaz naturel: L’Espagne veut garantir le même niveau d’approvisionnement

M. M., Le Soir d’Algérie, 28 octobre 2021

A quelques jours de l’arrêt des exportations algériennes de gaz naturel via le gazoduc GME, l’Espagne veut garantir les mêmes quantités d’approvisionnement. Selon un article du quotidien El Pais, publié le 26 octobre, Teresa Ribera était depuis hier à Alger pour discuter de la fermeture du gazoduc GME qui traverse le Maroc vers l’Espagne. La même source indique que «Rabat sollicite le soutien de Madrid pour renouveler le contrat d’infrastructure, qui se termine le 31 octobre».

La visite Mme Teresa Ribera entre dans le cadre des discutions avec les autorités algériennes afin de «rechercher une solution à la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe (GME)», à la fin du contrat de 25 ans qui garantit l’approvisionnement et les accords tripartites, explique El Pais.

La décision prise par l’Algérie de ne pas renouveler le contrat fait suite à la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc prise par les autorités algériennes en août dernier. Le gouvernement algérien avait également annoncé qu’il continuera à acheminer tout le gaz exporté vers l’Europe via le gazoduc Medgaz, inauguré en 2011 et qui relie directement les champs algériens de Hassi R’mel à la ville de Almeria.

Pour El Pais, «le problème pour l’Espagne est désormais de s’assurer que la même quantité de gaz qui était acheminée via le GME à travers le Maroc continuera à atteindre la péninsule, ce qui représente un tiers de l’électricité consommée par le pays».

Selon le journal espagnol, l’arrêt du gazoduc GME «peut causer des dommages non seulement au Maroc, mais aussi à l’Espagne». «Rabat obtient entre 50 et 200 millions d’euros par an de ‘droits de passage’, un chiffre qui est fonction de la quantité transportée», explique El Pais, ajoutant que le Maroc «garde 800 millions de mètres cubes par an de gaz algérien à un prix stable». «Ce gaz est utilisé pour alimenter les centrales à cycle combiné de Tahaddart (dans la région de Tanger) et d’Ain Beni Mathar (à Oujda, dans l’est du pays). Tous deux couvrent environ 10% de la production électrique marocaine et sont gérés par les sociétés espagnoles Endesa (qui détient 20% de Tahaddart) et Abengoa, respectivement», ajoute la même source.

Des contacts dans la «plus grande discrétion»

El Pais rapporte également que même si la capacité du gazoduc Medgaz sera portée de 8 à 10 milliards de mètres cubes, il manquera à l’appel quatre autres milliards de mètres cubes de gaz naturel nécessaires aux besoins de l’Espagne.

«Teresa Ribera a été chargée de diriger les négociations avec l’Algérie et le Maroc, auxquelles participe également le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares. Les contacts, qui se sont intensifiés à l’approche de l’échéance du 31 octobre, ont été menés dans la plus grande discrétion», affirme le quotidien espagnol.

«A l’ordre du jour, la question principale était d’assurer l’approvisionnement en gaz de l’Espagne et, dans ce cadre, le problème du gazoduc GME a été abordé», rapporte El Pais, rappelant que «l’Algérie a répété à plusieurs reprises que l’approvisionnement de l’Espagne est garanti», mais, ajoute le journal, «cela ne garantit pas» toute la quantité de gaz consommée par le pays. «Enagás assure qu’actuellement huit milliards de mètres cubes par an passent de l’Algérie à l’Espagne directement par le tube Medgaz. En plus des six milliards de mètres cubes pour le GME. Ainsi, même si l’Algérie parvient à faire passer la capacité de Medgaz de 8 à 10 milliards de mètres cubes, il y aurait encore quatre milliards de mètres cubes pour approvisionner l’Espagne», rapporte El Pais.

«Et comment le Maroc peut-il pallier ce manque d’énergie ?», s’interroge El Pais. Le journal cite une source espagnole anonyme «proche du dossier». «Le Maroc pourrait demander à l’Espagne d’envoyer du gaz par le gazoduc GME dans le sens inverse. Mais nous ne savons pas comment l’Algérie réagira si l’Espagne est d’accord». «C’est la clé du problème, qui oblige l’Espagne à marcher en tête dans une négociation avec de nombreux vecteurs géopolitiques dans laquelle, selon les observateurs sectoriels, elle est vouée à jouer le rôle de médiateur», ajoute le journal.