Sahara occidental : « énorme coup de pression » américain sur le Maroc

TSA, 27 Octobre 2021

Un autre coup dur pour le Maroc émanant du sénat américain dans le dossier du Sahara occidental.

Après avoir mis son véto à l’ouverture d’un consulat des Etats-Unis dans la ville sahraouie occupée de Dakhla, la chambre haute du parlement américain vient de prendre une autre décision défavorable au Maroc.

La semaine passée, le comité des finances de cette institution s’est opposé, dans le cadre de l’élaboration de la loi budgétaire relative à l’année fiscale 2021-2022, à tout financement du département d’Etat destiné à la construction ou à l’exploitation d’un consulat à Dakhla, dans les territoires sahraouis occupés.

Le comité a estimé que les fonds alloués au titre du Sahara occidental devront être affectés à la recherche d’une solution politique au conflit.

La chambre haute du parlement américain semble très attachée à une telle solution. Dans la même loi d’affectation budgétaire, il a été introduit une clause intitulée « limitation du soutien aux forces militaires du royaume du Maroc pour les exercices bilatéraux ou multilatéraux ».

« Aucun des fonds autorisés par la présente loi pour l’exercice 2022 ne peut être utilisé par le Secrétaire à la défense pour soutenir la participation des forces militaires du Royaume du Maroc à tout exercice bilatéral ou multilatéral administré par le ministère de la Défense, à moins que le secrétaire ne détermine et certifie aux comités de défense du Congrès, que le Royaume du Maroc a pris des mesures pour soutenir un accord de paix final avec le Sahara occidental », stipule la section 1209 de la loi.

Une source algérienne, contactée par TSA estime qu’une telle clause constitue « un énorme coup de pression de la part du sénat américain sur le département d’Etat, le département de la défense et sur le royaume Maroc ».

« Une manière de dénoncer l’entêtement du Maroc »

« Le Sénat veut pousser le Maroc à négocier de bonne foi et sans pré-conditions avec le front Polisario. Une manière très forte de dénoncer la mauvaise foi et l’entêtement du Maroc qui entrave de manière inacceptable la relance du processus politique en vue de parvenir à une solution qui garantit l’exercice par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination », poursuit la même source.

Habituellement, la partie américaine finançait totalement la participation de l’armée marocaine aux exercices militaires conjoints ou multilatéraux. Désormais, le Sénat américain y met une importante condition politique.

En novembre 2020, le président américain sortant Donald Trump avait reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental dans le cadre d’un accord tripartite incluant également la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.

Mais pendant le même mois, Trump a perdu l’élection présidentielle au profit de Joe Biden et les démocrates ont également récupéré le contrôle du Sénat. Le nouveau président américain n’a pas remis en cause la décision de son prédécesseur mais il a entrepris un rééquilibrage de la politique de son pays sur le dossier sahraoui.

En juin dernier, l’administration Biden avait refusé que les manœuvres Lion 2021 se déroulent au Sahara occidental. Le même mois, la commission des Affaires étrangères de la chambre des représentants (chambre basse) avait bloqué le projet du consulat de Dakhla et la vente de drones armés MQ-9B au Maroc. La commission a douté « de la nécessité de ce consulat d’un endroit à l’activité aussi limitée », soupçonnant que « son rôle serait de confirmer la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ».