Les “entorses” à la justice dans l’affaire Karim Tabbou

Ses avocats relèvent une “dimension politique” dans l’extinction des poursuites contre leur mandant

Liberté, 20 octobre 2021

La décision de la cour de Tipasa qui a prononcé l’extinction des poursuites contre Karim Tabbou est “une décision judiciaire qui a des dimensions politiques”. Assis entre ses avocats dans une minuscule pièce de la banlieue d’Alger, l’ancien premier secrétaire national du FFS a tenté d’expliquer, hier, le verdict rendu lundi par la cour de justice de Tipasa.

S’il tient à savourer cette petite victoire qui arrive après un long feuilleton judiciaire qui a commencé lors de sa première arrestation musclée le 11 septembre 2019, Karim Tabbou n’en reste pas moins lucide. Pour lui, cette décision de la cour de justice de Tipasa — “conforme au droit”, selon son avocat Toufik Balaâla — est la conséquence de l’interpellation des autorités algériennes par le groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. Dans leur avis, les experts de cet organisme onusien ont, en effet, relevé toutes les infractions soulevées par la défense de l’homme politique ; cela va de la double poursuite du prévenu par deux juridictions différentes — pourtant interdite par la loi — jusqu’à la violation des procédures judiciaires lors du procès en appel du 23 mars 2020, en passant par la privation du détenu d’un droit élémentaire qui est celui de disposer d’un avocat lors de la présentation devant les juges.

Le document, que nous avons consulté, est tellement détaillé et étayé que les autorités algériennes ont dû effacer une séquence importante de leurs réponses : elles n’évoquent nulle part la première arrestation musclée de l’homme politique, le 11 septembre 2019. C’est le cheminement de ce premier dossier qui devait aboutir à la décision de la cour de justice de Tipasa qui a finalement décidé de l’abandon des charges retenues contre Karim Tabbou, puisque ce dernier a déjà été condamné par la cour de justice d’Alger pour les mêmes faits.

Au-delà de ces faits liés à la procédure judiciaire, l’affaire Tabbou a prouvé “l’existence de parties qui se considèrent au-dessus des lois”, a fulminé Toufik Belaâla qui est remonté jusqu’à l’“enchevêtrement” des deux affaires de l’homme politique pour expliquer ses remontrances. La meilleure illustration de cette situation est l’arrestation de son mandant le 25 septembre 2019, à peine 8 heures après sa libération par la chambre d’accusation de la cour de Tipasa. Puis moins de 10 jours après sa condamnation à une année de prison, en mars 2020, dont 6 mois avec sursis, Tabbou avait été jugé en appel “avant même la publication du jugement du tribunal de Sidi M’hamed”, alors qu’il devait quitter la prison deux jours plus tard.

“Cela prouve que de hauts responsables ne voulaient pas qu’il sorte de prison”. “Il y a une violation flagrante de la loi dans le seul but d’atteindre les objectifs fixés par la police politique”, a tranché, pour sa part, Ali Fellah, un autre avocat de Karim Tabbou. Pis encore, l’orateur a révélé que lors du procès en appel à la cour d’Alger, durant lequel le militant politique a été victime d’un malaise à l’audience, “il y a eu falsification du verdict”. Mais plus que cela, le pourvoi en cassation, introduit par Karim Tabbou en mai 2020, n’est toujours pas transmis par le parquet à la Cour suprême.

Ali Boukhlef