60 ans après le 17 octobre 61, Macron réouvre les hostilités avec l’Algérie

Youssef Boussoumah, QG décolonial, 7 octobre 2021

Macron en quasi réincarnation de Jules Ferry ne pouvait pas ne pas revenir à l’ADN colonial fondamental de la république française par lequel le Dieu français aurait commandé à la France de porter partout les lumières aux populations arriérées. Comme ses prédécesseurs, il reprend les thèses de la France « civilisatrice » en se faisant le chantre d’un révisionnisme grotesque, voire embarrassant. 

Les faits

Sous le prétexte fallacieux d’aider à apurer les relations franco-algériennes, le président Macron a réuni le 30 septembre dernier un panel de dix-huit jeunes descendants de familles « qui ont intimement vécu la guerre d’Algérie » avec comme seul témoin Mustapha Kissous du journal Le Monde.   
Ce faisant, s’en prenant à tous les gouvernements algériens depuis l’indépendance, il s’est livré à un véritable procès à charge contre les dirigeants de l’ex colonie. En fait, si en apparence ses flèches les plus acérées semblent destinées au pouvoir coupable, selon lui, de diffuser une « histoire officielle de la guerre d’Algérie », « totalement réécrite » qui ne s’appuierait que sur « un discours et une haine de la France », Macron offense tous les habitants de ce pays pour lesquels la même lecture de la lutte d’indépendance fait consensus. Macron est habile. Dans le contexte contestataire du Hirak où le pouvoir est affaibli, il en profite pour fustiger la version algérienne de la guerre d’Algérie à travers la critique d’un régime discrédité qui selon lui en aurait fait “sa rente mémorielle”. Le plus comique et sinistre tout à la fois c’est que connaissant les bonnes dispositions des gouvernements algériens successifs à l’endroit de la classe politique française on se demande bien en quoi cette fameuse « rente mémorielle » aurait causé quelque préjudice que ce soit à l’hexagone et à ses élites. Les valises de billets venant d’Alger ont-elles jamais manqué à ces derniers en période électorale ? Serait-ce de la part de Macron un appel du pied à ces mêmes dirigeants algériens coupables selon lui de ne pas mettre suffisamment la main à la poche en cette période électorale ? A moins que ce ne soit pour les punir ? 

Le plus scandaleux cependant est la prétention du président à imposer aux Algériens un narratif de la guerre d’Algérie conforme au récit de l’impérialisme français. Il ne cache même pas ses buts idéologiques quand il appelle de ses vœux « une production éditoriale portée par la France, plus offensive, en arabe et en berbère » à même on l’imagine d’imprégner davantage les esprits rebelles. Que dire de sa turcophobie délirante quand par exemple il annonce vouloir contrer au Maghreb « une désinformation » et « une propagande » qui sont « plutôt portée[s] par les Turcs » ?   
Est-ce vraiment au président d’un Etat condamné à maintes reprises par l’histoire pour ses nombreux crimes de génocides ou de massacres que ce soit à Madagascar, au Vietnam, au Cameroun, en Algérie ou au Rwanda de donner des leçons à un peuple martyrisé quand il n’est même pas capable d’affronter sa propre histoire et ses mystifications ? Surtout quand on sait la prudence infinie voire le déni de vérité des programmes scolaires français concernant la colonisation ou des évènements historiques révolutionnaires comme la Commune de Paris. 

Mais avançons. La deuxième assertion de Macron ne cède en rien à l’ignominie de la première. Selon lui « La construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder ». En se pressant d’incriminer la colonisation turque qui aurait précédé celle de la France, il s’interroge : Y-avait-il une nation algérienne avant la colonisation ? La juste observation des faits d’histoire cède le pas à l’injure. Non seulement pour lui, il n’y a jamais eu de nation algérienne mais en plus la colonisation française est un épiphénomène puisque celle-ci a été précédée par la turque.  

Ainsi donc, la nation algérienne n’ayant jamais existé avant 1830, cela invaliderait même l’existence de celle-ci aujourd’hui.  Est-il nécessaire de lui rappeler qu’effectivement toute nation est une construction historique et que oui la nation algérienne s’est construite dans la douleur de sa révolution et du sacrifice de ses populations. Mais également qu’il en est de même pour toutes les nations de la terre à commencer par la française. Sait-il ce cancre que l’Etat nation français de 1789 s’est construit sur l’éradication des identités culturelles des peuples existant sous l’Ancien régime avec en particulier un véritable sociocide en Bretagne et Vendée ? D’autre part, cette mise en équivalence de la colonisation française avec celle supposée des Turcs dénote soit de la parfaite malhonnêteté de Macron soit de son ignorance crasse. Est-ce nécessaire de lui apprendre qu’aussi despotiques et brutales qu’aient pu être les autorités ottomanes de la Régence d’Alger, ces mêmes Turcs, en la personne des frères Barberousse, arrivèrent en Algérie dans le cadre du devoir d’assistance de l’empire ottoman (1529) à la demande de ces mêmes habitants d’Alger, frères en islam, menacés par l’Espagne puis la France ? Est-il ignorant du fait qu’il n’y a pas eu de colonisation de peuplement turque en Algérie avant l’occupation française et que cela fait toute la différence ? Pas plus qu’il n’y a eu de code de l’indigénat turc. Un pouvoir turc qui d’ailleurs avait tellement peu de souveraineté qu’il avait du mal à récolter l’impôt et qu’il devait demander un droit de passage aux tribus montagnardes.  En effet s’il y a bien eu des Turcs en Algérie, ce n’était pas en tant que colons mais en tant qu’administrateurs et soldats, les janissaires. Rien à voir avec l’énorme expropriation des terres et les génocides incessants de tribus entières perpétrés par la France. jusqu’à la fin XIX (révolte de Mokrani et cheikh Haddad de 1870, révolte de cheikh Bouamama à la fin du 19ème siècle). Au point de faire chuter le nombre d’habitants de manière drastique. Selon un historien algérien Abderraman Hadj Nasser s’il n’y avait pas eu les massacres massifs d’Algériens depuis 1830 la population algérienne aujourd’hui avoisinerait les 80 millions d’habitants au lieu des 40 qu’elle a actuellement.  Faut-il souligner que contrairement au système ségrégationniste français qui de fait limitait les relations entre indigènes et colonisés, la régence turque, islam oblige, a permis un brassage constant des populations.   De plus quelqu’un a-t-il enseigné à Macron que celui qu’il commémore sans retenue Napoléon 1er avait été le génocidaire de l’Europe avec près de 5 millions de morts pendant ses 15 ans de pouvoir absolu ? Pour finir, plein de morgue hautaine le président français évoque “un système algérien fragilisé par le Hirak.”  Et comme c’est celui qui a failli prendre la fuite en hélicoptère sous la menace des Gilets Jaunes, qui le dit, on ne peut que croire son diagnostic.

En fait au lieu de diffuser un discours « apaisant » en direction de la jeunesse algérienne, c’est plutôt à un discours revanchard, mensonger et lourd de conséquence auquel il s’est adossé. Surtout quand en sinistre Cassandre, il n’hésite pas à évoquer à demi mots une nouvelle guerre civile possible en Algérie.

La démarche

Macron se présente comme un jeune parlant à des jeunes, « n’ayant pas connu la guerre d’Algérie » exempt donc de toute responsabilité comme s’il n’était pas le représentant de l’Etat, de son histoire et de sa continuité. Alors qu’en fait il a déjà toute la roublardise d’un Pasqua et des autres vieux briscards de la Françafrique. D’où son idée très démagogique de s’adresser à la jeunesse française originaire d’Algérie réunie par ses soins mais aussi à la jeunesse algérienne à qui il entend faire la leçon par-dessus la Méditerranée et par-dessus le gouvernement algérien. Ce qui en termes crus se nomme ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. Une jeunesse qu’il pense d’autant plus malléable qu’elle aussi n’aurait rien vécu de ces drames. Mais là encore Macron se trompe lourdement. Et il ferait bien d’accepter l’idée que l’ardeur vivante des jeunes algériens pour leur patrie n’a rien à voir avec le bourrage de crâne de la jeunesse française à qui l’on enseigne que les guerres impérialistes furent des guerres existentielles. Car chaque famille algérienne ressent douloureusement encore les brûlures de cette guerre que la France lui a infligée. Chacune d’elle compte un ou plusieurs martyrs. Est-il nécessaire de lui rappeler ses devoirs de représentant de l’Etat français ? Quand un Jacques Chirac qui pourtant n’a rien vécu de la seconde guerre mondiale ou si peu n’hésite pas une seconde à reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans le génocide des Juifs.  Est-il nécessaire de lui préciser que la France de la colonisation de l’Algérie était pourtant une démocratie et n’a même pas « l’excuse » si l’on peut dire d’avoir persécuté les Algériens sous la contrainte d’une dictature comme celle du maréchal Pétain ? Est-il nécessaire de lui rappeler pour finir que si la France aime bien minimiser le nombre de victimes de la « deuxième » guerre d’Algérie (1954/1962), avec la première (1830/1954 c’est bien de cinq à six millions de morts algériens qu’il faut parler. Un chiffre qui nous rapproche du génocide amérindien commis par les Espagnols et les Portugais. 

Le contentieux

Tout d’abord le contentieux de l’Algérie avec la France est bien réel et n’est pas une “rente mémorielle” fabriquée par les dirigeants algériens. D’ailleurs est-ce bien au représentant du pays qui a dévasté l’Algérie pendant 136 ans et qui a toujours largement profité des largesses issues de la rente pétrolière de fustiger la prétendue rente mémorielle de ses dirigeants successifs ?   Mais revenons sur les non-dits du président Macron. Non pas ce minable règlement de compte avec les dirigeants algériens mais ce que le peuple algérien reproche effectivement aux gouvernements français successifs et à Macron aujourd’hui.  C’est tout d’abord ce scandaleux déni de responsabilité français pour les crimes coloniaux en Algérie. L’assassinat suivi de la disparition de milliers de militants connus ou anonymes dans les mouroirs des centres de torture français. Le déni suivi du refus de révéler l’emplacement des charniers de disparus qu’une enquête sérieuse menée à partir des archives pourrait permettre de déterminer.  

Mais il y a plus grave. Entendons-nous bien, l’injure, puisqu’il s’agit de ça n’est pas proférée qu’à l’encontre du peuple algérien. Ce dernier a préservé sa dignité de la façon la plus exaltante qui soit, en menant sa révolution. Mais le peuple français, qui le lavera de la souillure de la colonisation commise en son nom ? Ils furent héroïques ces Français qui combattirent aux côtés du peuple algérien, mais si peu nombreux, rendons leur hommage. Il s’agit de la dignité du peuple français dans son ensemble bafouée par ces crimes que l’on prétend avoir commis en son nom pendant un siècle et demi ? Qui la lui rendra ? Comment Macron peut-il maintenir cette indignité majeure qu’est le déni ? Comment peut-on continuer à enseigner aux jeunes Français que finalement la guerre d’Algérie certes a été terrible mais qu’il y a eu « des exactions commises de chaque côté » comme si on pouvait réduire ce chapitre à un constat aussi cynique ? Et cela ne serait pas si grave si les exactions de l’impérialisme français ne se poursuivaient pas en Afrique. Si le racisme colonial ne se prolongeait pas sous une forme insidieuse à l’encontre des populations françaises issues de cette colonisation. Et puisque nous parlons d’Afrique, Macron, dans le droit fil de son intervention nous dira que si ce n’était pas la France qui occupait l’Afrique, ce serait immanquablement la Chine ou la Turquie son obsession.  Comment peut-on piétiner à ce point la dignité du peuple français en lui faisant endosser la responsabilité d’une aventure coloniale dont les profiteurs continuent à avoir pignon sur rue. Oui il s’agit non seulement de rendre justice à l’Algérie mais aussi au peuple français dont l’histoire ne peut être que flétrie par l’attitude de ses dirigeants. Faut-il également évoquer le refus de l’Etat français de restituer les archives historiques de l’Algérie, documents patrimoniaux, état civil etc. ? Ce qui obère de façon conséquente la recherche historique. Comment expliquer le refus de remettre aux autorités algériennes les cartes indiquant les lieux d’enfouissement des déchets nucléaires laissés par la France au Sahara après ses essais atomiques dans les années 50/60. D’où une véritable explosion actuelle des cancers en Algérie car les gisements de déchets sont de plus en plus poreux. Mais aussi pourquoi ce refus de remettre les cartes d’emplacement des milliers de mines plantées pendant la guerre aux frontières de l’Algérie ? D’où ces explosions mortelles chaque année aux confins de l’Algérie avec le Maroc et la Tunisie. Et puis bien sûr dernière mesure, comment justifier la réduction considérable du nombre de visas donnés aux ressortissants algériens et autres maghrébins conformément aux accords anciens de libre circulation entre le Maghreb et la France ?  Et ce alors que les autorités maghrébines accomplissent sagement leur rôle de rempart anti émigration pour le compte de l’Europe forteresse.  Ajoutons à cela le refus des autorités françaises de restituer les restes de résistants algériens, de trésors et objets de valeur pillés dans ce pays de 1830 à nos jours et disséminés dans de nombreux lieux et musées de France dont le château de Chantilly et d’Amboise. 

La méthode Stora

Il existe plusieurs approches de résolution des traumatismes et préjudices issus de conflits de grande intensité. Dans le cas de la guerre d’Algérie, vu l’ampleur des massacres et séquelles subis par le peuple algérien la voie judiciaire s’impose à l’évidence. On ne peut évoquer de réparations sans juger les criminels de guerre, les auteurs de sévices caractérisés encore en vie mais surtout sans poursuivre en justice l’Etat français, instigateur de toutes les violences, y compris celle d’Algériens à l’encontre d’autres Algériens, comme les harkis. C’est une revendication populaire en Algérie et qui découle du bon sens.  On ne voit pas en effet pourquoi il n’y aurait pas un Nuremberg de la colonisation et des guerres coloniales qui elles aussi ont connu des crimes contre l’humanité et des génocides. Du côté français on redoute ce scénario que l’on affuble du terme méprisant de concurrence mémorielle. Pour blinder la position française et préserver cet Etat et ses ressortissants justiciables de toutes poursuites, les négociateurs français des accords d’Evian conscients des crimes commis et précautionneux avaient imposé aux représentants algériens du GPRA la fameuse clause qui engage les protagonistes à s’abstenir du recours à la justice une fois le conflit terminé. Cependant si l’on réfléchit bien cette clause n’a aucune valeur devant une juridiction internationale s’agissant de juger des crimes contre l’humanité imprescriptibles par nature. C’est pourquoi pour barrer la route à tout début de reconnaissance de crimes coloniaux assorti ou non d’indemnités pouvant ouvrir la voie à des poursuites l’Etat impérialiste français s’arc-boute aux trois non. Ni reconnaissance des crimes, Ni pardon, Ni indemnisation. Ce qui n’empêche pas Macron de faire une exception à cette position de principe en demandant pardon aux harkis et en annonçant en leur faveur un programme d’indemnisation. Une attitude jugée d’autant plus méprisante par et pour le peuple algérien que se faisant Macron ne fait que valider l’action passée de ceux considérés en Algérie comme des collabos dans l’ignorance totale des souffrances du peuple martyr.  

C’est là qu’intervient la méthode Stora du nom de l’historien français qui murmure à l’oreille des présidents et sa solution miracle. Quasi protagoniste de cette guerre en tant que rapatrié d’Algérie, Benjamin Stora depuis fort longtemps a repris ce détestable concept de concurrence mémorielle (comme d’autres ont inventé celui de concurrence victimaire).  Selon lui une juste approche de la guerre d’Algérie implique de ne pas considérer ce conflit comme les autres où il y aurait deux camps bien marqués, celui de l’agresseur et celui de l’agressé mais comme un conflit polymorphe. Conflit dont la résolution exigerait un règlement judiciaire. Et cela du fait même que chacun des protagonistes a sa propre “mémoire” de cette guerre. Et donc en toute logique également sa définition propre du conflit. Du coup, pour lui, l’historien ne doit plus regarder la guerre d’Algérie comme un fait d’histoire objectif mais comme une somme de mémoires avec toute la subjectivité que l’on sait. A commencer par la sienne propre pourrions-nous dire. La guerre d’Algérie ramenée à cette concurrence des mémoires qu’il s’agit de guérir en les exposant toutes, du coup n’implique plus de règlement politique ou judiciaire mais une quasi séance de divan à grande échelle. Quant au tribunal de l’histoire il attendra. Et qu’on ne vienne pas nous dire que l’historien ne juge pas. Que ce soit pour la première guerre mondiale mais encore plus pour la seconde, guerre idéologique s’il en est, il serait totalement indécent d’évoquer une supposée concurrence mémorielle opposant les mémoires des résistants, des collabos, des différents groupes sociaux, des soldats français et pourquoi pas des soldats allemands ! 

Il est incroyable que cette dite approche mémorielle ait été validée par les institutions scolaires et figure désormais de façon quasi hégémonique dans les manuels du secondaire. Ou plutôt on le comprend puisqu’elle apporte à l’Etat français une formidable échappatoire à ses responsabilités. Est-ce utile de rappeler à M. Stora que pour n’importe quel historien mais aussi pour n’importe quel juriste international cette théorie mémorielle dont se sert fort opportunément Macron, n’exonère en rien l’Etat français de sa responsabilité dans toutes les violences du fait même que non seulement il est à l’origine de la colonisation mais aussi de la « deuxième » guerre d’Algérie par son refus absolu de toute négociation jusqu’au début des années 60.  

En termes clairs, l’approche de Stora de la guerre d’Algérie qui se veut une méthode de réconciliation sans douleur est une autre forme d’injustice car sans reconnaissance et sans étape judiciaire. Comme si le simple exposé des mémoires avait une fonction réparatrice. Disons le net, elle est néfaste et politiquement dangereuse. Car avant la réconciliation encore s’agit-il faire de faire de l’histoire, d’établir les faits et donc les responsabilités, de dire le droit. Ainsi en a-t-il été pour le génocide au Rwanda. La justice a besoin de vérités historiques. En dressant ce nuage de subjectivités Stora permet d’évoquer des crimes mais sans coupables et ainsi rend un fieffé service à l’impérialisme français.   

Les dessous de l’affaire

Est-ce bien à celui qui avec la révolte des gilets jaunes a organisé la plus violente répression de toute la Ve République depuis la fin de la guerre d’Algérie, de donner des leçons de bonne gouvernance au gouvernement algérien ?

Alors que les relations France/Algérie étaient au beau fixe, alors que Macron avait multiplié les gestes de bonne volonté en direction de l’Algérie depuis son arrivée au pouvoir et qu’il semblait avoir rompu avec les politiques précédentes, allant même jusqu’à parler de crimes contre l’humanité en parlant de la torture, pourquoi soudainement se met-il à déraper et choisit-il d’ouvrir des hostilités avec son voisin et partenaire du sud ? Tout d’abord les mauvaises langues déclareront que concurrence électorale oblige Macron s’efforce de collecter les voix là où il le peut, en l’occurrence à l’extrême droite. Taper sur l’Algérie constituant avec la question de l’immigration un des musts du facho français. Donner des gages au public d’extrême droite y compris nombre de harkis et une grande partie des pieds-noirs à sept mois des présidentielles peut s’avérer payant. Il en va de même pour la réduction des visas en direction des trois pays du Maghreb, avec là un véritable problème connexe : comment accélérer les flux d’expulsion des dits “sans-papiers” si leurs pays d’origine refusent de les accepter ?

Cependant son obsession de la Turquie apporte un autre éclairage. Percevant avec justesse un affaiblissement du pouvoir algérien il est clair que Macron tente de placer ses billes pour l’avenir ou plutôt celles de l’impérialisme français face à celui qu’il pense avoir le vent en poupe du côté du jeune peuple algérien, Erdogan.  De fait ne serait-ce pas une façon de faire payer à l’Algérie son réalignement économique récent vers la Russie, la Turquie et la Chine ? Le pays tentant de diversifier au maximum ses fournisseurs, notamment de blé, au détriment de la France et ayant même annulé différents contrats avec des sociétés françaises. 

Enfin tout cela ne servirait-il pas aussi à faire oublier les déboires et l’humiliation subis par Paris de la part des EU et l’Australie, la fameuse crise des sous-marins ? Macron ayant besoin de montrer ses muscles en politique étrangère estimant que de toute façon les dirigeants algériens n’auront jamais d’autre choix que de préserver leur chasse gardée avec la France.    

En tout état de cause les propos du président Macron portent une atteinte intolérable à la mémoire des millions de martyrs qui ont sacrifié leurs vies dans leur résistance héroïque à l’invasion coloniale française ainsi que dans la guerre de libération nationale. Mais il y autre chose.  

Puisque Macron dans son intervention ramène encore le problème à une question de mémoire déplorant plein de lyrisme  « la souffrance de porter une mémoire lointaine qui brûle les âmes » rappelons lui que pour les millions de descendants de l’immigration postcoloniale, ce ne sont pas les actes passés qui brûlent les âmes aujourd’hui mais bien le racisme de plus en plus pesant de son gouvernement.