Modernisation du secteur bancaire et financier: La mère des réformes…

Liberté, 14 septembre 2021

Le retour à la planche à billets pourrait offrir à l’économie un répit de courte durée, mais pourrait, à terme, exacerber les risques budgétaires.

En attendant la réforme promise par le gouvernement, dont les grands axes ont été révélés dans son plan d’action présenté, hier, aux membres de la Chambre basse du Parlement, les banques continuent de subir les conséquences de la rechute, en 2020, des revenus des hydrocarbures, retrouvant ainsi les travers de la sous-liquidité dans lesquels elles étaient embourbées au lendemain du choc pétrolier de la mi-2014. Comme ce fut le cas en 2015-2016, la baisse des revenus des hydrocarbures en 2020 a entraîné une forte contraction de la liquidité bancaire que même les artifices monétaires mis en place par la Banque centrale n’ont pas pu enrayer.

Preuve en est qu’à l’issue d’une année 2020 marquée par l’usage sans modération des outils de la politique monétaire aux fins de libérer la liquidité bancaire, celle-ci est retombée à 521 milliards de dinars à fin avril de l’actuel exercice, chutant d’un plus haut de 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019. Alors que la liquidité bancaire peine à retrouver ses niveaux de fin 2019, en partie grâce aux apports de la planche à billets, la monnaie en circulation avait augmenté de 6,2% en 2020. La monnaie fiduciaire en circulation hors banques caracole à des niveaux pour le moins problématiques, correspondant à environ un tiers de la masse monétaire globale.

Les banques étaient ainsi prises en tenailles entre les effets pervers de la baisse des dépôts du secteur des hydrocarbures, entraînant une chute de la liquidité globale, et la hausse des quantités de monnaie circulant hors canal bancaire. C’est un mal structurel que les injections de liquidités au moyen de la planche à billets, d’une part, et de l’usage excessif des artifices monétaires, d’autre part, n’ont pu solutionner. Mais il ne saurait être l’unique casse-tête à caractère structurel auquel se heurtent les banques publiques.

La dégradation de la qualité du portefeuille des banques, en raison de la hausse des créances non performantes détenues sur les entreprises publiques et d’autres groupes publics dont les patrons font l’objet de poursuites judiciaires, a considérablement réduit l’activité crédit. D’ailleurs, malgré l’assouplissement significatif des contraintes prudentielles, la croissance du crédit a considérablement ralenti en 2020, passant de 12,3% en 2018 et de 9% en 2019 à 3,1% en 2020. L’accès au crédit était ainsi devenu un luxe à la fois pour les entreprises publiques et privées.

À fin décembre 2020, “la majeure partie du crédit (52% du total) continue d’être allouée aux entreprises publiques, suivies par les entreprises privées (40%) et les ménages (8%)”, lit-on dans le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’Algérie. Les banques publiques étaient confrontées ces dernières années à une hausse des créances détenues sur les entreprises publiques. La dégradation de la qualité des portefeuilles s’explique également par la hausse des crédits attribués à des groupes privés, dont les propriétaires font l’objet de poursuites judiciaires depuis 2019.

En 2017, le Fonds monétaire international (FMI) mettait déjà en garde contre “les liens macrofinanciers au sein du secteur public (banques/entreprises) qui risquent d’exacerber l’impact des risques budgétaires ou de liquidités qui peuvent se manifester à n’importe quel niveau du secteur public”. Le FMI avait, maintes fois, indiqué que les “créances sur certaines grandes entreprises publiques sont une source de risque pour certaines banques publiques”.

La persistance, ces dernières années, des déficits budgétaires a entraîné une contraction des liquidités et, par ricochet, un rétrécissement des marges de manœuvre des banques qui s’est ressenti dans toute l’économie. Le retour à la planche à billets pourrait offrir à l’économie un répit de courte durée, mais pourrait, à terme, exacerber les risques budgétaires et déboucher sur une instabilité macroéconomique.

Ali Titouche