Il l’a débuté par le Niger: Nouveau périple de Ramtane Lamamra en Afrique

R.N., Le Quotidien d’Oran, 7 septembre 2021

Du Niger, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger devra se rendre aujourd’hui en Mauritanie, ensuite il fera escale au Caire et achèvera son périple africain par une halte à Brazzaville et à Kinshasa.

L’on ne manque pas de remarquer qu’à moins d’une semaine de la clôture des travaux de la conférence des pays voisins de la Libye qu’il a présidée à Alger les 30 et 31 août dernier, Ramtane Lamamra entame un nouveau périple africain. Sa première halte, Niamey, au Niger où il a atterri le dimanche dernier pour être reçu dès son arrivée par le président Mohamed Bazoum. Les plus hautes autorités des deux pays ont réaffirmé à l’occasion de cette visite algérienne, «leur disponibilité et leur volonté de conjuguer leurs efforts aux plans bilatéral et multilatéral pour faire face aux défis communs du continent en général et de la région sahélo-saharienne en particulier ». Hier, Lamamra a tenu une séance de travail avec son homologue nigérien, Massadou Hassoumi en présence des ministres nigériens de la Défense nationale, de l’Intérieur et de la Décentralisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, du Pétrole et des Énergies renouvelables, et de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale. Les deux pays ont décidé, par la voix de leurs ministres respectifs de « redynamiser les mécanismes bilatéraux, en particulier la Grande Commission Mixte, celui de la concertation politique et le Comité Bilatéral Frontalier ».

Des décisions liées étroitement et en particulier aux dangers qui menacent la région toute entière. «Les deux chefs de la diplomatie ont abordé les défis et enjeux sécuritaires dans l’espace sahélo-saharien notamment ceux en lien avec la recrudescence du terrorisme, les développements enregistrés dans les principaux foyers de conflit sur le continent, ainsi que plusieurs questions inscrites sur l’agenda de l’Union Africaine et des Nations Unies, notamment la situation qui prévaut en Libye, au Mali, au Sahara occidental et en Guinée », rapporte les services de communication de Lamamra. La Guinée a dû être au centre de leurs discussions relatives aux conflits en Afrique après le putsch militaire mené dimanche contre le président Alpha Condé.

L’Afrique enfreint ses propres principes

Selon les agences de presse étrangères, c’est le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya qui a renversé Condé au nom d’un « Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) » que des officiers des forces spéciales auraient constitué. Le responsable militaire a annoncé le jour même avoir pris «le contrôle de la capitale Conakry » et sa décision de dissoudre les institutions et la Constitution en vigueur, de fermer les frontières terrestres et aériennes et d’instaurer un couvre-feu. La réaction de l’Algérie ne s’est pas fait attendre. Tout en condamnant le coup d’Etat, elle a réaffirmé hier «son attachement aux principes cardinaux de l’Union Africaine, notamment le rejet de tout changement anticonstitutionnel de Gouvernements tel qu’énoncé par la Décision d’Alger de 1999 et réaffirmé par la Charte Africaine de la Démocratie, des élections et de la Gouvernance ». Et a déclaré en outre, qu’elle « coordonnera avec les autres pays membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine dans le contexte de la mise en œuvre de l’Acte Constitutif de l’organisation continentale et de ses positions pertinentes en la matière ». Signé par 53 Etats membres à Lomé, au Togo, le 11 juillet 2000, l’Acte en question stipule dans le dernier alinéa de son article 4 relatif aux Principes, la «Condamnation et (le) rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement ». Son article 30 précise au titre de la Suspension que «Les Gouvernements qui accèdent au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels ne sont pas admis à participer aux activités de l’Union ».

La Guinée n’est pas le seul pays à renverser son président par la force des armes. Le même jour, la Somalie a été secouée par une attaque armée des « shabab » contre le siège de la présidence de la république. Les forces de l’Africom mènent dans ce pays des raids aériens contre les terroristes dont les derniers l’ont été en juillet dernier non loin de la capitale Mogadiscio. Plus de 700 militaires américains sont déployés depuis plusieurs mois en Somalie. Depuis 2017, le Mozambique est en proie à des violences quotidiennes. Aux frontières sud de l’Algérie, le Mali a vécu deux putschs militaires en quelques mois, le premier en août 2020 contre le président Boubacar Keïta et le second en mai 2021 contre le président Bah N’Daw. Il est géré à ce jour par le commandant putschiste que dirige le Colonel Assimi Goïta et non moins vice-président. A vol d’oiseaux d’Alger, la France a déployé depuis plusieurs années plus de 5000 militaires sous l’identifiant « Opération Barkhane ». Elle devait retirer ses troupes cet été pour céder la place à l’Africom qui a annoncé lui aussi le déploiement dans ce pays de 5000 de ses militaires. Des violences et des guerres en Libye, en Côte d’Ivoire, au Congo, en Afrique du Sud, en Ethiopie…

Lamamra à Nouakchott, au Caire, à Brazzaville et à Kinshasa

Tout le Continent vit au rythme du bruit de bottes et des guerres. L’Union Africaine a décidément beaucoup d’efforts à déployer pour faire respecter ses propres principes par ses pays membres. A défaut, il faudrait qu’elle revoit l’ensemble de ses mécanismes de fonctionnement en premier ceux qui ont prévalu à sa création. C’est d’ailleurs le cas de la Ligue arabe des Etats membres.

Le Monde arabe se trouve, en effet, dans la même situation. Il n’en est pas moins épargné des violences sous toutes leurs formes. Les mésententes et les conflits entre les pays membres de la Ligue sont devenus légion, en plus des guerres en Irak et en Syrie dont les arabes ne parlent plus.

Le dernier en date, a dégénéré les relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc dont la rupture a été décidée par Alger le 24 août dernier. L’Egypte, l’Ethiopie et le Tchad se disputent des ressources en eau depuis longtemps sans pouvoir trouver un quelconque compromis. La cause palestinienne commence à être délaissée par plusieurs Etats arabes au profit d’une « normalisation » de leurs relations avec l’entité sioniste. Israël, faut-il le rappeler, a décroché en juillet dernier le statut de membre observateur au sein même de l’UA. Une présence dénoncée et condamnée par l’Algérie et d’autres pays africains. La Commission africaine a d’ailleurs retenu dans son agenda l’examen de la question lors d’une réunion de son conseil exécutif prévue en principe pour les 13 et 14 octobre prochain à Adis Abeba. L’Afrique du Nord garde en tête que du 7 au 18 juin dernier, l’une des plus grandes manœuvres militaires américano-marocaines de l’African Lion ont eu lieu aux frontières ouest de l’Algérie, à leur lancement dans la région de Mahbès pour être menées plus tard sur d’autres territoires du Sahara Occidental. Ces manœuvres ont été exécutés par des milliers de soldats des Etats-Unis, du Maroc, du Sénégal et de la Tunisie en plus de ceux d’une vingtaine d’autres pays. Le Maroc a participé à la fin du même mois à des manœuvres maritimes de l’OTAN aux côtés d’Israël.

C’est dire que les situations arabo-africaines sont dangereusement impliquées les unes dans les autres.

Ramtane Lamamra s’arrêtera le jeudi prochain, 9 septembre, au Caire pour participer à la session du Conseil ministériel de la Ligue arabe. Mais avant, aujourd’hui, mardi, il quittera en principe Niamey pour Nouakchott pour dit-on « traduire la volonté de la direction politique algérienne de consolider sans cesse les relations de fraternité avec la Mauritanie ». Il devra achever sa tournée africaine par une visite à Brazzaville, en République du Congo et à Kinshasa en République démocratique du Congo.