L’incroyable dégradation du pouvoir d’achat des Algériens en dix ans

Y.D., TSA, 06 Septembre 2021

Le salarié algérien peine à joindre les deux bouts, harassé de devoir faire face quotidiennement à une hausse des prix et des charges diverses avec un salaire qui vaut désormais pour la moitié de celui d’il y a une décennie. Même si, en réalité, il n’a pas changé !

Tandis que la moyenne des prix des biens de consommations et des services a doublé en Algérie durant la dernière décennie, les salaires sont restés figés. Une anomalie économique dont la conséquence est d’avoir fait basculer des catégories sociales entières dans la précarité.

Une étude comparative non exhaustive entre les prix moyens en 2010 et ceux en cours en 2021, répercutée par le président de l’association de protection du consommateur (Apoce), Mustapha Zebdi, montre l’étendue des dégâts que cette incongruité économique a provoqué chez l’écrasante majorité des Algériens. Le pouvoir d’achat des Algériens s’est détérioré d’une façon incroyable.

Le comparatif a conclu notamment au fait que le salaire de 2010 a perdu 50% de sa valeur en 2021 du fait des hausses des prix.

« Plus de la moitié du salaire mensuel a perdu de sa valeur »

D’emblée un premier constat s’impose : « Plus de la moitié du salaire mensuel a perdu de sa valeur à cause de l’augmentation de la moyenne générale des prix ».

Ces dix dernières années, la moyenne des prix des produits de consommation de base est passée du simple au double. Prenons l’exemple d’un kilogramme de lentilles dont la moyenne du prix est passée de moins 100 DA à 250 DA ; le prix du kilo d’haricots blancs passe de 160 DA à 270 DA.

Quand le kilo de riz coûte aujourd’hui 150 DA en moyenne, il valait 80 DA il y a dix ans. Depuis un an, les prix des pâtes alimentaires ont connu des hausses vertigineuses, à la suite de la décision des pouvoirs publics de supprimer la subvention pour le blé tendre et le blé dur destinés à la fabrication d’autres types de farines et de pâtes alimentaires et couscous, avant de la rétablir.

Le kilo de couscous, parmi les plats les plus consommés en Algérie, se vend actuellement à 170 DA alors que son prix était à un prix moyen de 90 DA. Les pâtes ont également vu leur prix bondir du simple au double, un demi-kilo coûte 75 DA au lieu de 40 DA.

Le quintal de semoule est passé de 2 500 DA à 4 500 DA. Une boite de lait en poudre qui coûtait 220 DA passe à 350 DA. La tomate industrielle de 500grs a vu son prix bondir de 160 DA à 250 DA.

Dans le registre des viandes, le constat est le même. De moins de 250 DA le kilo, le poulet est passé à 350 DA en moyenne (il se vend à plus de 400 DA/kilo depuis quelques jours, ndlr).

Les sardines autrefois souvent présentes dans les assiettes des Algériens se font maintenant de plus en plus rares, et entre temps le kilogramme s’est envolé pour atteindre 1.000 DA (avant de baisser à 500-700 DA), alors qu’il était en-dessous de 250 DA.

Il est très loin le temps où le kilo de sardine coûtait 100 DA. Boostée par la pandémie de la Covid survenue dès 2019, l’utilisation des produits d’hygiène et de nettoyage a augmenté et leurs prix ont connu des hausses importantes.

Les tarifs d’électricité, après que le gouvernement Ouyahia eut fixé des tarifs suivant trois seuils de consommation, pèse désormais plus cher dans le budget des ménages.

Ces derniers ont également ajouté d’autres ‘’charges’’ à leur budget comme les abonnements à Internet et les prix des smartphones, devenus indispensables. Tout comme le véhicule dont les prix ont plus que doublé en l’espace d’une décennie (2010-2021).

Un véhicule qui valait 700.000 DA en 2010 coûte aujourd’hui plus que le double, et encore il faut le trouver. Une étrangeté quand on sait que le véhicule qui a roulé pendant dix années voit normalement son prix baisser sensiblement.

Et depuis que les importations des véhicules neufs et le montage local de véhicule ont été suspendus, les prix des voitures d’occasion ont atteint des seuils inimaginables.

Et quand bien un citoyen a la chance de posséder un véhicule, les charges qui sont inhérentes à l’entretien grèvent le budget. Le prix d’un litre d’essence est passé entre 2010 et 2021 de 19 à 45 DA.

La hausse se répercute non seulement sur l’automobiliste, mais aussi sur le citoyen qui paie désormais plus cher le prix du transport.

Les charges liées au loyer ne sont pas en reste, puisque un loyer mensuel qui était de 8 000 DA en 2010, coûte aujourd’hui le triple. Même si Mustapha Zebdi parle d’une moyenne nationale de 14 000 DA en 2021, beaucoup de propriétaires sous-déclarent le prix devant le notaire pour éviter de payer les impôts sur le montant réel. Les soins chez le médecin privé coûtent également plus chers pour les malades qui paient 2 000 DA pour une consultation.

Enseignants et médecins montent au créneau

L’érosion du pouvoir d’achat a poussé des catégories professionnelles à battre le pavé à plusieurs reprises pour réclamer des hausses des salaires. Dans l’éducation, les syndicats exigent un salaire moyen de 80 000 DA pour qu’un enseignant vive « dignement ».

En 2007, le Cnapest (syndicat dans le secteur de l’éducation) avait réalisé une étude qui a fait ressortir que le salaire minimum pour une vie digne ne devait pas être en dessous de 50 000 DA.

« Il va de soi que les besoins en 2021 ne sont plus les mêmes qu’en 2007. Aujourd’hui les besoins ont crû. La valeur du dinar en 2007 était plus élevée en comparaison avec la forte dévaluation actuellement. Les prestations sociales en 2007 étaient meilleures que celles de 2021, etc. Ce qui fait qu’il y a de nombreux aspects qui ont connu une dégradation, comparativement aux années précédentes », affirmait à TSA le porte-parole du Cnapest, Messaoud Boudiba, en mai dernier.

En mai dernier, un collectif de quatorze syndicats de l’éducation avait observé une grève de trois jours pour dénoncer la détérioration du pouvoir d’achat des enseignants.

Durant le même mois de mai, une autre catégorie professionnelle avait également tenu à faire entendre sa voix. Il s’agit des médecins généralistes et spécialistes de santé publique.

« Le médecin aujourd’hui doit toucher au minimum 120 000 DA en début de carrière », nous affirmait en mai dernier le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).

Après trente années d’exercice, le Dr Merabet a pu mesurer le degré de dégradation du niveau de vie du médecin de santé publique.

« À la fin de la décennie 1980, le médecin touchait jusqu’à 6 fois le SMIG (salaire minimum garanti) qui était alors à 1 200 DA. Trente ans plus tard, le salaire d’un médecin généraliste du secteur public est de seulement 2,5 le SMIG (20 000 DA) », a exposé le médecin généraliste.