Le silence intrigant des démocrates

Karim Aimeur, Le Soir d’Algérie, 28 août 2021

L’annonce de la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, faite par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a soulevé une tempête de réactions au niveau national et même international. En Algérie, presque tous les partis politiques, ceux du pouvoir (FLN et RND), les islamistes ont réagi à cette décision, sauf les démocrates qui observent, jusqu’à présent, un silence pour le moins intrigant.
Karim Aimeur – Alger – (Le Soir) – Silence radio. Les partis de la mouvance démocratique observent un silence incompréhensible par rapport à la décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec le voisin marocain, annoncée le 24 août en cours par Ramtane Lamamra.
Pourquoi un tel silence dans cette conjoncture délicate ? La tension entre Alger et Rabat régnait depuis des années et a pris une grave ampleur depuis que le royaume marocain a annoncé, à travers sa représentation diplomatique à New York, son soutien au «droit à l’autodétermination du peule kabyle».
C’est le début de la dégradation des relations entre les deux pays malgré les tentatives du roi de calmer le jeu. Mais le refus des autorités marocaines de présenter des explications face à ce que la diplomatie algérienne avait qualifié de « dérive particulièrement dangereuse » a attisé la colère d’Alger qui a décidé, lors de la réunion du Haut Conseil de sécurité, de revoir les relations du pays avec le voisin de l’Ouest, surtout avec les attaques proférées contre l’Algérie par un responsable israélien à partir du territoire marocain.
La décision radicale de rompre les relations diplomatiques a été soutenue par la majorité des partis à part certains partis islamistes qui ont exprimé des réserves.
Les partis démocrates comme le FFS qui a toujours plaidé pour la construction d’un Maghreb des peuples, le RCD et le PT n’ont toujours pas exprimé leurs positions par rapport à ce bouleversement des relations algéro-marocaines.
Qu’est-ce qui justifie alors cette «abstention» ? La tradition de ces partis d’attendre les réunions de leurs instances pour prendre officiellement position par rapport aux évènements qui traversent le pays explique-t-elle à elle seule ce silence ? Ils auraient pu convoquer des réunions extraordinaires de leurs directions et l’affaire pliée.
La question est tellement grave et urgente que la réaction des démocrates est attendue par les observateurs qui estiment qu’un parti politique ne doit pas se taire face à un évènement d’une telle importance.
La position du Parti des travailleurs (PT) pourra être connue aujourd’hui, à l’occasion de la réunion du bureau politique du parti.
K. A.