Le contexte sécuritaire régional de pkus en plus instable: Alger et l’équation africaine

Liberté, 29 juillet 2021

Dans un environnement régional incertain, la tournée africaine du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, revêt assurément un cachet stratégique pour tenter de redonner à l’Algérie un rôle.

Deux semaines à peine, après son grand retour aux Affaires étrangères, Ramtane Lamamra prend son bâton de pèlerin pour une tournée typiquement africaine. Après une visite d’une journée en Tunisie, où il a rencontré mardi le président Kaïs Saïed, le chef de file de la diplomatie algérienne a été reçu, hier à Addis Abeba, par la présidente de la République d’Éthiopie, Sahle-Work Zwede.

S’ensuivra une autre visite au Soudan avant de clore cette tournée par Le Caire, en Égypte, un pays qui compte beaucoup sur l’échiquier régional, autant par son poids traditionnel dans le continent noir, que par son implication directe dans le dossier libyen. Dans un contexte régional incertain et crisogène, cette tournée revêt assurément un cachet stratégique pour une Algérie en quête d’un nouveau souffle diplomatique.

Si la tâche paraît d’emblée rude et difficile, après une absence remarquée de l’Algérie sur le dossier libyen notamment, Ramtane Lamamra, en fin connaisseur du voisinage immédiat (Maghreb, Sahel et le monde arabe), trouvera sans doute la ressource nécessaire pour booster l’influence de l’Algérie sur la scène régionale et redonner à l’action de la diplomatie algérienne sa vigueur et sa place prépondérante en Afrique.

Il faut dire, cependant, que le temps n’est pas forcément un allié sur lequel Lamamra peut trop compter. Les questions de l’heure revêtent un caractère urgent. Les événements s’accélèrent à la vitesse grand V autour de l’Algérie, cernée par des crises politico-sécuritaires sans précédent. Pas un seul pays du voisinage algérien immédiat n’est épargné.

Avec un Maroc de plus en plus belliqueux, affichant une hostilité grandissante envers Alger – comme en témoigne l’attaque de Rabat -, à travers une opération d’espionnage massive qui n’a sans doute pas encore révélé tous ses secrets, un nouveau front d’affrontement à distance est ouvert. Incapable de vendre son plan d’autonomie sur le Sahara occidental et de plus en plus isolé, dans ce dossier précisément, il faut s’attendre à ce que le royaume chérifien redouble de férocité, avec comme conséquence l’aggravation des rapports entre les deux pays.

“Entre Alger et Rabat, le fossé déjà béant s’élargira encore davantage avec comme conséquence des troubles de plus en plus prononcés dans les années à venir”, prédit le chercheur en histoire militaire, Tewfik Hamel, à l’aune de l’affaire Pegasus, le logiciel espion israélien, par lequel le scandale a éclaté. Affaire à suivre. À l’Est, les signaux ne sont pas plus rassurants. Certes, entre Alger et Tunis, la lune de miel n’a jamais été remise en cause, mais l’accélération brutale des événements politiques en Tunisie sont loin de rassurer Alger.

Le président tunisien Kaïs Saïed, qui vient de limoger son Premier ministre, a suspendu le Parlement de Carthage et instauré l’État d’exception, bien que ce dernier reste provisoire, installe vraisemblablement la Tunisie dans une instabilité politique qui promet d’être longue. Alger, qui a toujours compté sur ce voisin de l’Est, risque, avec cette crise, de perdre un acteur influent dans la stabilité de la région.

Clairement, Ramtane Lamamra a du pain sur la planche, si l’on ajoute à cela l’inextricable équation libyenne, une autre source de menaces, plus sérieuse. Sur ce même dossier, après une perte d’influence certaine, le nouveau chef de file de la diplomatie tentera de peser de tout son poids pour mener le processus de paix, sous l’égide de l’UA, à son terme. Et c’est dans cette perspective que le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younes El-Menfi, a entamé, hier, une visite officielle de deux jours en Algérie.

L’autre source de tension, et non des moindres, reste le Mali où la situation sécuritaire ne prête pas non plus à l’assurance. Le retrait programmé des troupes françaises, avec un bilan clairement négatif, risque tout de même de laisser un vide sécuritaire porteur de sérieuses menaces, comme l’affirme l’expert en questions sécuritaires au Sahel, Djallil Lounnas.

Pire, prévient-il, le retrait français du Mali intervient, note-t-il, au moment où les groupes terroristes activant dans la région se sont redéployés et ont étendu leur emprise au-delà du Mali, pour atteindre le Burkina Faso et le Niger. Devant cette configuration, il est attendu un rôle plus déterminant de l’Algérie.

K. BENAMAR