Union africaine: Genèse d’une intrusion sioniste programmée

R. N., Le Quotidien d’Oran, 28 juillet 2021
 
Au moment où le monde vit l’effroyable crise sanitaire provoquée par un virus dont les variants multiplient les hécatombes, l’entité sioniste vient de s’incruster comme membre observateur au sein de l’Union africaine.

L’accaparement par Israël des espaces institutionnels internationaux, régionaux, arabes, africains et bien d’autres qui vont suivre ne doit pas ou plus étonner tant les services du renseignement du Mossad ont investi les «chapelles» les plus hermétiques à travers le monde. Pendant que le monde arabe et les pays d’Afrique du Nord vivent leurs plus mauvaises séquences politiques, économiques et sociales à coups de déstabilisations interne et externe et sous les effets dévastateurs de la crise sanitaire mondiale de la Covid-19, Israël se déploie et se redéploye à travers leurs territoires et leurs officines. Son entrée au sein de l’UA le 22 juillet dernier s’est faite sans ambages. En qualité d’observateur ou pas, l’entité sioniste a désormais une présence institutionnelle légale au milieu des Africains. La décision de lui octroyer ce statut a été prise par le président de la Commission de l’UA «à la demande de 46 Etats membres sur les 55 qui la composent depuis sa transformation en 2002 d’OUA en UA et après la réintégration du Maroc le 30 janvier 2017. L’on rappelle qu’Israël jouissait de ce statut au sein de l’OUA jusqu’à sa dissolution et sa (re)création en UA. L’entité sioniste s’active depuis pour reprendre sa place «politique» dans le cœur du Continent.

Juriste de formation et ancien ministre des Affaires étrangères, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, nommé en juin de cette année comme président de la Commission de l’UA, n’a fait que répondre favorablement à la demande des 4/5 des membres de l’UA « d’intégrer » légalement et officiellement l’entité sioniste dans l’Afrique. Mieux, les Etats membres qui ont pesé sur la décision sont ceux qui entretiennent aujourd‘hui des relations officielles avec Israël. « Les Africains ont vu que les Arabes normalisent l’un après l’autre leurs relations avec l’entité sioniste alors ils estiment qu’ils n’ont pas à être plus royalistes que les « rois » ! », s’exclame un diplomate algérien qui a eu à arpenter les coulisses des institutions arabes pendant de longues années.

Israël se vante de corriger «une anomalie»

L’on note qu’en tant que président de la CUA, Moussa Faki Mahamat est le plus haut responsable institutionnel africain, ordonnateur principal du budget de la Commission, représentant légal de l’UA et devant son Conseil exécutif. Il a décroché ces rangs après son élection par la Conférence pour un mandat de 4 ans renouvelable une fois sur la base d’un vote secret et à la majorité des 2/3 des Etats membres.

Le 22 juillet dernier, Tel-Aviv a vite fait d’envoyer Aleli Admasu, son ambassadeur au Tchad, au Burundi et en Ethiopie, auprès de la CUA pour la représenter en tant que membre observateur. Jeudi dernier Admasu a présenté ses lettres de créance au Président de la CUA. «Cela corrige une anomalie qui a perduré pendant près de deux décennies et représente une partie importante du renforcement des relations extérieures d’Israël», a affirmé Yaïr Lapid, ministre israélien des Affaires étrangères, dans un communiqué qu’il avait rendu public le jour même. Le chef de la diplomatie de l’entité sioniste n’a pas manqué de préciser qu’«Israël entretient des relations avec 46 pays africains et a des partenariats de grande ampleur et des coopérations dans de nombreux domaines y compris le commerce et l’aide ». Israël pense ainsi avoir reconquis un droit qu’elle avait perdu au temps où des dirigeants arabes et africains avaient de la poigne. L’entité sioniste a réussi à réoccuper son siège « d’observateur » des Africains au même titre que la Palestine occupée et plus de 80 autres Etats. Elle pénètre ainsi officiellement les arcanes de l’Afrique pour une observation scrupuleuse jusqu’aux fins fonds des remparts du Continent.

Bien que les faits évoqués sont têtus, l’Algérie a estimé par un communiqué que le ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a rendu public dimanche dernier que «prise sans le bénéficie de larges consultations préalables avec tous les Etats membres, cette décision n’a ni la vocation, ni la capacité de légitimer des pratiques et comportements dudit nouvel observateur qui sont totalement incompatibles avec les valeurs, principes et objectifs consacrés dans l’Acte constitutif de l’Union africaine».

L’Algérie défend les principes africains

La chefferie de la diplomatie algérienne a affirmé encore que «la récente décision du Président de la Commission de l’Union africaine (UA) d’accueillir un nouvel observateur qui relève de ses prérogatives administratives n’est pas de nature à altérer le soutien constant et actif de l’organisation continentale à la juste cause palestinienne et son engagement envers la réalisation des droits nationaux inaliénables du peuple palestinien, y compris son droit à l’établissement de son Etat indépendant avec Al-Qods pour capitale». Mais contrairement à ce que l’Algérie qualifie de «non-événement et non d’une percée à potentiel stratégique », cette intrusion sioniste officielle en Afrique augure de repositionnements géostratégiques importants mais surtout dangereux parce qu’amorçant la recomposition des divers équilibres mondiaux si tant ils ont existé et pris en compte un jour le respect des droits « des damnés de la terre » qui sont notamment les peuples arabes et africains.

Alger s’oblige à garder son optimisme pour un monde plus juste et plus équitable en soulignant dans son communiqué que «les modes de fonctionnement de l’Union africaine (UA) ne permettent aucune possibilité pour les quatre-vingt-sept Etats observateurs extra-africains d’influencer les positions de l’organisation continentale, dont la détermination est la compétence exclusive de ses Etats membres».

Des diplomates font cependant remarquer que « l’Algérie n’a plus personne au sein des structures de l’UA, plus de commissaires ou autres responsables continentaux parce qu’elle n’a présenté aucun candidat lors de leur renouvèlement ». Face à des complots géostratégiques sournois mais clairs, l’Algérie est appelée à carrément réinviter ses réseaux et réinitialiser ses relais au sein des institutions régionales et internationales pour apprendre à faire du lobbying. Ceci «pour ne pas être informée de changements cruciaux après coup et de manière administrative comme n’importe quel autre pays sans envergure », relève avec amertume un de ses anciens ambassadeurs. Mais c’est surtout pour se protéger contre les manœuvres de déstabilisation de ses territoires et de déflagration de son unité nationale.

Crise sanitaire et enjeux géostratégiques

L’entrée «africaine» des Israéliens s’est faite, faut-il le rappeler, dans une conjoncture marquée par une normalisation effrénée de leurs relations avec de nombreux pays arabes et africains. Conjoncture marquée fortement en même temps par l’emballement d’un virus -le corona- qui échappe depuis son apparition à toute logique scientifique et médicale. Apparu à Wuhan, en Chine, le coronavirus a bouleversé le monde en obligeant les Etats à inventer des moyens parfois inimaginables pour y faire face. De par son caractère mondial, la crise sanitaire a déstructuré tous les systèmes de santé y compris les plus performants. Les puissants de ce monde sont certes concernés mais gardent cependant toutes leurs capacités en main pour continuer de faire plier le reste du monde aux protocoles qu’ils élaborent et aux décisions qu’ils prennent. L’on peut d’ailleurs entrevoir une sorte de fils conducteurs entre tous les bouleversements subis par l’humanité qu’ils soient sanitaires, économiques, sociaux et géopolitiques. En effet, fragilisés dans un passé récent par des mouvements de contestation colorés et d’autres formes de déstabilisation, le monde arabe et musulman peut aujourd’hui à peine tenir debout.

Rien ne sera plus comme avant même si les textes régissant l’UA accordent une place importante au soutien du peuple palestinien dans sa lutte contre son bourreau sioniste. L’ONU n’a à ce jour pu faire respecter aucune de ses résolutions par Israël. En bombardant Ghaza sans relâche, l’entité sioniste a pris ses devants pour transformer la cause palestinienne en une simple cause humanitaire. La dernière intifadha prise à bras-le-corps par les arabes israéliens a fini comme les précédentes par passer à la trappe de l’oubli et presque des faits divers. L’Iran affronte les pires complots. La destruction de la Syrie, du Yémen, de l’Irak, du Liban et de la Libye sont des faits accomplis. Aux frontières nationales de l’Est, la Tunisie vit aujourd’hui les moments les plus douloureux de son histoire. Elle frôle quotidiennement l’éclatement. Disloqué par un « printemps » qui a fait perdre le sourire et l’espoir aux Tunisiens, le pays évolue depuis au rythme d’affrontements engendrés par des dissensions militaires, politiques et sociales. Aux frontières ouest, le Maroc a préféré officialiser ses relations avec l’entité sioniste pour assurer sa protection et gagner davantage l’estime des puissants de ce monde.

Le registre de la partition du Soudan

La dernière frasque du royaume marocain au niveau des Nations unies contre l’Algérie doit certainement figurer sur une feuille de route bien ficelée.

La gestion de la bande sahélo-sahélienne va incessamment changer de main pour passer des forces d’occupation françaises Barkhane à d’autres d’Africom américaines de 5000 hommes. L’Algérie se retrouve encerclée par des conflits dont elle n’est aucunement responsable. En face, l’Europe a fermé ses portes au sud et devra se frayer une place « respectable » face à la guerre des tranchées que se livrent les Etats-Unis, la Russie et la Chine. L’Europe devra le faire sans Angela Merkel (en fin de mandat de chancelière) et avec une France bien diminuée après avoir perdu plusieurs batailles politiques et militaires et aussi celle sanitaire puisqu’elle n’a réussi à ce jour à imposer aucun vaccin contre la Covid-19.

Autre solide fil conducteur entre tous ces événements, les innombrables mutations du coronavirus dont l’acmé coïncide à chaque fois avec de nouveaux protocoles et décisions sanitaires prises par les puissants de ce monde. Pour cette fois, c’est la vaccination qu’ils veulent rendre obligatoire alors que toutes leurs résolutions passées l’interdisent. Il faut croire que la guerre des laboratoires a pris fin pour laisser place à celle de nouveaux repositionnements géostratégiques des Etats qui refont le monde. Alors que le virus s’est propagé partout dans le monde à partir d’une de ses régions, la Chine a réussi à ce jour à vacciner plus d’un milliard de ses habitants et n’a que peu de cas de contamination. Hallucinant constat au moment où en Algérie (pour ne citer qu’elle) qui se trouve à l’autre bout de la planète terre, on enregistre des chiffres qui font craindre le pire et qui coïncident avec des bouleversements continentaux institutionnels, politiques et militaires qui semblent figurer sur le même registre que celui de la dangereuse partition du Soudan.