Ali Kefaili, expert en énergie et mines: « La bureaucratie inhibe les efforts »

Liberté, 18 juillet 2021

Liberté : Le ministre de l’Énergie et des Mines a mis l’accent, jeudi, lors d’une rencontre avec les cadres de son secteur, sur la nécessité d’arrêter un plan d’action pour concrétiser les projets miniers. Quelles sont les priorités qui devraient être prises en compte dans ce plan d’action ?
Ali Kefaïfi : Le ministre de l’Énergie est animé d’excellentes intentions, nonobstant les contextes économique et géostratégique. Ce travail d’identification des projets d’exploration a déjà été réalisé par des experts algériens. En 2015, à titre gracieux pour le ministère de l’Industrie et des Mines, un projet d’une durée d’une année, avait été scellé (juillet 2015) par un atelier à l’intention des dirigeants du secteur public minier. Une trentaine de gîtes miniers en surface et subsurface furent portés à leur connaissance, dont Terres Rares, potasse, cuivre, manganèse, nickel, lithium, vanadium, zinc, plomb, minerai de fer (8 fois les ressources de Gara-Djebilet sans phosphore), uranium, thorium… avec des potentiels inouïs qui placent l’Algérie au 1er rang mondial. Ce projet fut complété le 8 mars 2016 par une offre, détaillée et gratuite, à l’Agence nationale des activités minières (Anam) et à l’Institut des mines, pour une formation à la Télédétection. En 2019, il y a eu un retour à la case départ avec le lancement d’un programme de détermination des projets prioritaires, programme de détermination des minéraux stratégiques et programmes d’exploration des projets prioritaires. Un de nos objectifs a été d’identifier, avant le 24 février 2020, le plus gros gisement mondial de Terres Rares. En résumé de tout cela, on peut dire que le plan d’actions et les priorités sont aujourd’hui parfaitement connus.

Plusieurs projets miniers ont été annoncés, il y a quelques mois, dont une bonne partie n’a pas été encore lancée. Y aurait-il des contraintes techniques et financières à l’origine de ces retards ?
Les contraintes, identifiées depuis plus de 2 décennies, sont autres que financières car les 30 projets sont en subsurface, rentables et considérés comme critiques par les pays développés. La potasse gît dans le sous-sol algérien depuis des millénaires et est à produire par dissolution (puits forés et non utilisés). À titre d’exemple, les ressources en potasse, identifiées par diagraphie, nous placeraient aux côtés du Canada et de la Biélorussie/Russie, 1ers exportateurs mondiaux avec plus de 50%. Les véritables contraintes sont la compétence technique, économique et managériale, amoindries considérablement après le départ d’une multitude de cadres très compétents.

Le ministre de l’Énergie a évoqué la nécessité de concrétiser dans les plus brefs délais les différents projets miniers, notamment celui de Gara-Djebilet. Quel serait l’apport de ces projets à l’économie dans le court et le moyen termes ?
L’apport risque de ne pas être celui annoncé, voire un échec pour certains d’entre eux. La principale raison est l’absence de planification et l’omniprésence de politiques et mesures à court terme, voire des calculs économiques (risques, sensibilité…) inadéquats ou superficiels. À titre d’exemple, et afin que nul n’ignore, le projet de minerai de fer phosphoreux de Gara-Djebilet risque d’être un échec. L’administration ignore un plan B : au Sahara central existe un gisement d’un total de 25 milliards de tonnes de minerai de fer (8 fois Gara-Djebilet) dont une majeure partie sans phosphore ! Aussi, que dire de notre projet de Terres Rares, ignoré et renvoyé aux calendes grecques du fait de l’absence d’un équipement banal, à savoir le spectro de masse ! La bureaucratie inhibe les efforts.

Propos recueillis par : ALI TITOUCHE