Protestations sociales, pénurie d’eau, incendie et pandémie: Le gouvernement dos au mur

Liberté, 17 juillet 2021

Moins d’une semaine après son installation, le nouveau gouvernement dirigé par Aïmene Benabderrahmane, absent pour cause de Covid, fait face à la multiplication de nombreux foyers de contestation : pénurie d’eau, chômage à l’origine principalement de la protestation dans certaines villes du sud du pays, feux de forêt et propagation inquiétante de la pandémie.

Tandis que les membres du gouvernement s’emploient, loin des feux de la rampe, à élaborer le plan d’action de leurs départements respectifs, la colère s’est emparée des populations dans divers endroits du pays.

Entourés d’un black-out médiatique, si l’on excepte le relais des réseaux sociaux, des dizaines de citoyens habitant certaines wilayas du sud du pays sont sortis dans les rues depuis plusieurs jours pour exprimer des revendications essentiellement d’ordre socioéconomique.

Selon des sources locales et des pages partagées sur les réseaux sociaux, il s’agit essentiellement de jeunes citoyens qui protestent contre la persistance du chômage dans ces régions qui manquent presque de tout.

À Ouargla, par exemple, c’est l’éternel problème des agences de l’emploi, accusées de contourner la loi lors des opérations de recrutement, qui refait surface. Les jeunes de cette région où sont établies de nombreuses sociétés estiment qu’ils sont prioritaires lors des embauches et accusent les sociétés de sous-traitance de faire appel à une main-d’œuvre venue du Nord.

Un problème posé depuis plusieurs années, mais qui n’a jamais trouvé de solution. Partie de Ouargla, la contestation a fini par gagner d’autres contrées où des émeutes sont signalées comme à Oued-Souf, à Illizi ou encore à Adrar. Mais ce bouillonnement contraste singulièrement avec le mutisme du gouvernement où la communication fait défaut pour l’instant.

Des sources locales évoquent l’envoi “de commissions d’enquête” pour faire la lumière sur le fonctionnement de ces agences de recrutement, comme cela avait été fait par le passé, mais sans pour autant que les responsables s’expriment sur le sujet.

Et pendant ce temps, des citoyens protestent également dans d’autres régions du pays. C’est le cas dans l’Algérois où les coupures d’eau potable, dont l’alimentation devait être pourtant bien gérée par la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal), qui a établi un plan détaillé, sont à la source de la contestation.

Pour exprimer leur colère face à l’absence du précieux liquide dans leurs robinets, qui dure parfois plusieurs jours, des habitants de certains quartiers, comme à Bab Ezzouar, Chevalley, Chéraga, Aïn Benian, Bordj El-Kiffan, ont coupé des routes à l’aide de divers objects pendant plusieurs heures. Un procédé qui devient récurrent.

Face à cette situation, les autorités ont brillé, là encore, par leur silence. Même les responsables de la wilaya d’Alger, qui ont déployé des efforts dans la communication pour présenter aux Algérois un “plan-miracle” qui devait leur permettre de passer un été sans trop de dégâts, se sont éclipsés devant l’ampleur de la colère qui monte.

Ancien président du conseil d’administration de la Seaal, le nouveau ministre des Ressources en eau, qui vient à peine d’être installé, n’a visiblement pas encore pris ses marques, d’où cette impression qu’il est en quête de parade pour répondre à la crise plus aiguë que prévu.

Ces difficultés auxquelles est confronté le nouveau gouvernement appelé à trouver des solutions urgentes s’ajoutent à la crise créée depuis quelques jours par les incendies qui ont ravagé des milliers d’hectares de forêt dans certaines régions du pays.

C’est le cas à Khenchela où les autorités, prises au dépourvu, ont attendu une semaine avant d’envoyer deux ministres sur place. Même s’il est vrai que le sinistre s’est produit durant la période de démission de l’ancien gouvernement, il n’en demeure pas moins que le retard mis par les autorités a laissé des traces et que la délégation ministérielle qui s’est rendue sur place, la semaine dernière, a été mal accueillie par la population.

Si l’on y ajoute la crise sanitaire marquée par une propagation inquiétante du nombre de contaminations, comme l’atteste le dernier chiffre communiqué par le Comité scientifique, le gouvernement, plongé dans la préparation de son plan d’action et qui devrait être présenté devant les députés de l’Assemblée populaire nationale, a assurément du pain sur la planche. Sa mission s’annonce laborieuse à quelques semaines d’une rentrée sociale et politique qui risque d’être aussi chargée.

D’autant que les instruments pour y faire face font défaut : une communication approximative, mais toujours inaudible à cause de la crise de confiance, de l’amenuisement des ressources et de l’absence de sérieux canaux de médiation. Un vrai casse-tête, en somme.

Ali BOUKHLEF