L’ex-secrétaire général du ministère de la Défense sous mandat de dépôt

Le général-major Abdelhamid Ghriss est accusé de faits de corruption

Salima Tlemcani, El Watan, 13 juillet 2021

L’affaire du jeune adjudant-chef Guermit Benouira, ancien secrétaire particulier du défunt chef d’état-major de l’Anp Gaïd Salah, ne cesse d’entraîner dans son sillage de hauts gradés de l’armée. Au moins une dizaine d’entre eux sont en prison et le dernier en date, le général-major Abdelhamid Ghriss, ex-secrétaire général du ministère de la Défense, a été placé en détention, la semaine écoulée, par le tribunal militaire de Blida.

Depuis l’extradition de Turquie de l’adjudant-chef Guermit Benouira, ancien secrétaire particulier de feu Gaïd Salah, ex-chef de l’état-major de l’Anp, le défilé de hauts gradés de l’armée devant le tribunal militaire de Blida n’a pas cessé.

Le dernier en date est le général-major Abdelhamid Ghriss, ex-secrétaire général du ministère de la Défense nationale (2018-2021), qui avait fait couler beaucoup d’encre en avril 2020, en raison de sa longue hospitalisation dans un établissement genevois, en Suisse.

Après avoir fait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire national, le général Ghriss a été placé sous mandat de dépôt par le tribunal militaire de Blida pour plusieurs chefs d’inculpation, parmi lesquels : «enrichissement illicite», «abus de fonction» et «détournement de deniers publics».

Des faits qui remontent à la période où il était à la tête de l’une des plus importantes directions au ministère de la Défense, celle de l’organisation et de la logistique, mais aussi en tant que secrétaire général avec d’importantes prérogatives, qui le mettaient au centre de nombreux marchés et transactions militaires, et dans le premier cercle de feu Gaïd Salah.

Des sources bien informées affirment qu’en plus d’être soupçonné de «faits de corruption», le général Ghriss est présenté comme «un acteur important» du réseau de généraux qui était derrière la guerre électronique menée sous le slogan «badissiya-novembriya» tout au long du hirak en 2019, pour tantôt attaquer des personnalités publiques et politiques, des militants du hirak ou même des hommes d’affaires, tantôt pour véhiculer des discours violents contre l’emblème amazigh.

«Des équipements sophistiqués ont été utilisés à mauvais escient dans cette guerre qui a eu de graves répercussions sur les institutions de l’Etat», précisent nos sources.

Au cœur de ce réseau, de nombreux officiers supérieurs, actuellement en détention, dont le premier est le général Wassini Bouazza, ex-directeur général de la Sécurité intérieure, arrêté en avril 2020, suivi par ses collaborateurs directs, dont le général Nabil, ex-patron de la DCSA (Direction centrale de la Sécurité de l’armée). A tort ou à raison, les placements sous mandat de dépôt se sont multipliés pour cibler le général Kamel Belmiloud, ex-patron de la DCSA.

Au mois de mars dernier, c’est le puissant général-major Abdelkader Lechkhem, directeur central des transmissions, qui a, nous dit-on, pesé de tout son poids pour placer Guermit Benouira comme secrétaire particulier du chef d’état-major, dans le but de «l’espionner» et «d’orienter» ses décisions et surtout d’aider le jeune adjudant à quitter le pays.

Présenté devant le tribunal militaire de Blida, il a été placé en détention en mars dernier pour, entre autres, «enrichissement illicite», «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics».

L’enquête se poursuivra avec l’arrestation de plusieurs autres officiers supérieurs auxquels il est reproché le rôle qu’ils auraient joué, de près ou de loin, dans cette «guerre électronique» aux graves conséquences.

C’est le cas du colonel Mesbah, détaché auprès de l’ex-ministre des TIC, Houda-Imane Feraoun (en détention), et qui coordonnait avec le général Lechkhem «toutes les opérations suspicieuses». D’ailleurs, son nom aurait été cité à plusieurs reprises dans le dossier, en instruction au tribunal de Sidi M’hamed, relatif à l’ex-ministre des TIC, mais à aucun moment il n’a été entendu.

Après le général-major Lechkhem, c’était au tour du général-major Ali Akroum, qui dirigeait la puissante direction du matériel avant qu’il ne soit nommé, par feu Gaïd Salah, à la tête de l’une des directions les plus riches : organisation et logistique.

Placé sous mandat de dépôt, le général Akroum est poursuivi pour, entre autres, «enrichissement illicite», «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics» mais aussi pour «trafic d’influence», parce qu’il aurait donné un important marché à un membre de sa famille.

Lui aussi faisait partie du cercle restreint du défunt chef d’état-major de l’Anp et son nom a de tout temps été cité dans des affaires de marché, ainsi que dans celle liée à la «guerre électronique» et de Benouira. A ce jour, la prison militaire compte près d’une trentaine de généraux et généraux-majors, ainsi que d’autres officiers de grade de colonel.