Les contacts avec les pas concernés sur le point d’aboutir: Vers l’extradition de Wafi Ould Abbès et Ould Kaddour

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 11 juillet 2021

Le processus devant aboutir à l’extradition de Wafi Ould Abbès, fils de l’ancien SG du FLN, et de Abdelmoumen Ould Kaddour est à un stade très avancé. Des sources bien informées affirment qu’il tire même à sa fin pour ce qui est de l’ex-P-dg de la Sonatrach.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – L’aboutissement du mandat d’arrêt lancé à l’encontre de Wafi Ould Abbès ne suscite pas de surprise même si son arrestation par des agents d’Interpol au Venezuela a été suivie d’appréhensions liées au fait que le concerné soit détenteur de la nationalité vénézuélienne. Des spécialistes en matière judiciaire se sont, en effet, interrogés sur la faisabilité de cette extradition en raison de l’existence de clauses remettant en cause l’opération dans le cas où une personne recherchée possède la nationalité du pays où s’est déroulée l’arrestation.
Des sources bien renseignées sur le sujet font, toutefois, savoir que l’écueil a été très vite dépassé en raison de la «solidité des accords bilatéraux entre les deux pays» et qui prévoient, en outre, des voies permettant d’aboutir à un accord entre les parties concernées. La convention prévoit, en effet, la possibilité d’un règlement de «tout différend ou controverse sur l’interprétation et la mise en œuvre ou l’application de la convention au moyen de consultations réciproques et ou de négociations des deux parties par voie diplomatique». Il est, également, prévu que l’extradition se déroule entre un mois et soixante jours après que la partie requérante eut reçu la notification d’extradition.
Il faut dire que la manière même avec laquelle s’est déroulée l’arrestation du fils Ould Abbès et la médiation qui en a suivi laissaient entrevoir une issue plutôt favorable à la demande algérienne. Le 10 juin dernier, un journal vénézuélien annonçait que des agents d’Interpol avaient arrêté Ould Abbès Blanco El Wafi à l’aéroport international Simon-Bolivar. Ce même journal faisait, en outre, savoir que cette arrestation avait eu lieu suite à la mise en application du système de contrôle de notification rouge permettant de confirmer si une personne est recherchée. Dans le cas présent, il a été établi que le mis en cause faisait l’objet d’un mandat d’arrêt daté du 15 janvier 2020. Une photo du prévenu (yeux cachés par un bandeau) a été également prise et diffusée. En décembre dernier, El Wafi Ould Abbès avait été condamné, par défaut, en deuxième instance à dix ans de prison dans une affaire de corruption.
Cette affaire paraissait donc beaucoup plus simple que celle de l’ancien P-dg de Sonatrach. Le 20 mars dernier, l’arrestation de Abdelmoumen Ould Kaddour n’avait pas été annoncée officiellement par les autorités émiraties comme cela s’est produit avec le Venezuela. Des sources proches du dossier ont, cependant, confirmé cette arrestation et fait savoir qu’elle devait être suivie par sa présentation devant la Haute Cour de justice de ce pays.
L’extradition de Ould Kaddour était alors considérée comme étant très improbable, quasiment impossible même dans la mesure où le pays hôte a toujours adopté une attitude réfractaire aux extraditions en dépit du fait qu’il soit signataire des conventions internationales en la matière. Comme dans le cas de Wafi Ould Abbès, l’arrestation de Ould Kaddour n’a entraîné aucune réaction ou déclaration de l’Algérie, mais elle a, cependant, décidé de briser le silence sur le sujet en s’exprimant franchement lors de réunions internationales. A deux reprises, Belkacem Zeghmati a publiquement appelé la communauté internationale au respect de ces engagements en matière d’extradition et de restitution des biens issus de la corruption transférés à l’étranger. La phraséologie utilisée par le garde des Sceaux laissait entendre que certains pays avaient posé des conditions pour accéder à la demande algérienne. L’application des conventions internationales doit s’effectuer «sans condition et dans le respect de la souveraineté du pays demandeur », avait alors déclaré ce dernier.
Les spécialistes en la matière estiment que des contacts diplomatiques (une règle générale dans ce genre de situation) ont eu lieu pour parvenir à un résultat. Le cas Ould Kaddour semble, en effet, constituer un « gros morceau » pour l’Algérie et c’est même l’ex-Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui annonçait le lancement d’un mandat d’arrêt international à son encontre en janvier dernier. Quel que soit le procédé utilisé, il aurait fini par aboutir puisque le processus d’extradition de Ould Kaddour a été mis en place. Beaucoup estiment que les Émirats arabes unis ont revu leur copie dans un contexte d’enjeux stratégiques qui place ce pays en position délicate en ce moment.
A. C.