Subventions : quel impact sur la production ?

Les filières blé et lait en ont beaucoup bénéficié

Nawal Imès, Le Soir d’Algérie, 7 juillet 2021

Le dossier des subventions sera sur la table du prochain exécutif. Directes ou indirectes, elles ne font plus l’unanimité et la révision de leur forme est envisagée. Dans sa dernière publication, le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement a analysé les effets des subventions sur la croissance agricole. Il en ressort que si les aides octroyées au secteur agricole ont pu tirer vers le haut sa contribution au PIB, ce modèle de croissance montre ses limites en raison des sommes qu’il faut injecter dans un contexte où l’intervention publique est appelée à être plus rationalisée. Sur la période 2000-2018, près de 40% des soutiens, soit 1102 milliards de dinars, ont profité aux producteurs tandis que 60% ont bénéficié aux consommateurs avec 1 567 milliards de dinars.
Nawal Imès- Alger (Le Soir)- Dans leur quête d’une diversification des exportations mais surtout de la satisfaction des besoins nationaux en produits stratégiques, les pouvoirs publics ont misé sur le secteur de l’agriculture.
Au fil des années, des subventions sous plusieurs formes ont été octroyées aux producteurs dans le but de hisser la production, d’au moins deux produits : le lait et les céréales. Ces politiques ont-elles été efficaces ? Trois chercheurs se sont penchés sur la problématique. Les résultats de l’analyse consacrée à l’impact des subventions sur la croissance du secteur agricole révèlent que sur la période allant de 2000 à 2018, près de 40% des soutiens, soit 1102 milliards de dinars, ont été destinés aux producteurs tandis que 60% étaient dirigés vers les consommateurs avec 1 567 milliards de dinars.
Au tout début du lancement des mécanismes de soutien, en 2000, les subventions octroyées au secteur étaient de l’ordre de 4 milliards de dinars avant de passer à 26 milliards de dinars l’année d’après. Ces aides directes ont surtout bénéficié aux deux filières jugées stratégiques, à savoir les céréales et le lait. L’étude publiée par le Cread rappelle en effet que le système de subventions garantissait aux producteurs un prix d’achat fixe «assez valorisant». Pour le blé, il s’agit de l’alignement des prix locaux des céréales livrées aux coopératives des céréales et légumes secs sur des niveaux de prix garantis supérieurs aux marchés mondiaux.
Pour le consommateur, rappellent les auteurs de l’analyse, les prix de vente des blés aux minoteries sont fixes et compensés sur le budget de l’État, plus précisément, celui alloué à l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC), par le différentiel entre le prix d’achat au producteur ou le prix d’achat sur le marché international pour les quantités importées.
Pour la filière lait locale, un prix de référence de 36 DA le litre, soit un minimum garanti, est établi pour le producteur. Cela permet aux éleveurs de s’assurer un revenu stable, d’un côté, et d’un autre, de favoriser l’intégration du lait cru aux circuits de collecte et de transformation. Cette politique a-t-elle été bénéfique au secteur ?
Dans leur conclusion, les chercheurs affirment que «la valeur ajoutée est plus sensible aux subventions adressées aux producteurs qu’à celles adressées aux consommateurs. En effet, le coefficient de corrélation entre la valeur ajoutée et la subvention aux producteurs est de 0,89. Par contre, celle avec les subventions aux consommateurs est beaucoup plus basse, à savoir 0,74».
Ils ajoutent qu’«on peut soutenir qu’au cours de ces deux dernières décennies, les mesures de soutien mises en œuvre dans le cadre de la politique agricole ont permis de catalyser la croissance globale du secteur agricole et même le poids du secteur en part du PIB, qui a continué à croître malgré une évolution significative de la croissance du secteur des hydrocarbures et des services». Ils assurent néanmoins que «cette évolution des agrégats sectoriels peut masquer, par contre, des évolutions hétérogènes et différenciées des différentes filières de production agricole».
Dernière conclusion et non des moindres, «l’existence de cette corrélation forte entre croissance agricole et soutiens publics pose la problématique, à l’avenir, de la capacité future des pouvoirs publics à soutenir ce modèle de croissance agricole en Algérie, avec des ressources publiques de plus en plus rares et de cette double nécessité d’assurer l’efficacité et l’efficience des interventions publiques». Autant de questions qu’aura à trancher l’Exécutif.
N. I.