La voix de l’opposition absente dans la nouvelle APN : Une Assemblée à sens unique ?

Nabila Amir, El Watan, 28 juin 2021

Mohamed Taïbi, politologue, n’arrive pas, sur le plan politique, à cerner le profil sociologique parlementaire de cette nouvelle APN. «Nous ne sommes pas dans un schéma politique classique ni dans une période politique claire. Ces nouveaux députés cherchent un consensus autour du Président qui est le garant des institutions actuelles, et ce, en attendant des jours meilleurs», affirme-t-il.

La nouvelle Assemblée populaire nationale (APN) qui inaugurera la 9e législature sera installée dans dix jours. Fait inédit : c’est la première fois depuis la première assemblée multipartite de 1997 que l’on assiste à l’absence d’une opposition à l’hémicycle Zighoud Youcef.

L’Assemblée sera amputée des partis de la mouvance démocratique qui ont décidé de boycotter les élections législatives du 12 juin. Allons-nous donc vers une Assemblée à «sens unique», une institution qui ressemblera à celle du temps du parti unique ?

L’heure, certes, est aux tractations. Tous les partis (que ce soient ceux qui ont accaparé le gros des sièges en jeu lors du scrutin du 12 juin, comme le FLN, le RND, le MSP, le Front El Mustakbal et El Bina, ou ceux dont la moisson a été maigre) se disent prêts à soutenir le programme du président de la République et à contracter des alliances dans ce sens. C’est un alignement ouvert et direct sur le programme du chef de l’Etat.

Le président Tebboune, qui prône l’émergence d’une «Algérie nouvelle», va s’appuyer, au final, sur une «majorité ancienne». En plus de son caractère «illégitime» et sa «non-représentativité», la 9e législature ne sera donc jamais un contre-pouvoir.

Pour beaucoup d’observateurs, cette nouvelle Assemblée sera monotone, morne et ressemblera encore une fois à une «cathédrale dans le désert». D’aucuns estiment que le recours à un gouvernement d’union nationale créera une confusion entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif en matière de contrôle de ce dernier.

Qui contrôlera l’exécutif ?

Face à une Assemblée constituée de partis gouvernementaux, qui va alors contrôler l’Exécutif ? «Même si auparavant les partis au pouvoir étaient majoritaires, il y avait des députés de l’opposition très offensifs qui dérangeaient de par leurs interventions les tenants du pouvoir», glisse un ancien député.

Le Mouvement pour la société et la paix (MSP), parti islamiste dirigé par Abderrazak Makri qui prétendait être du bloc de l’opposition, n’a pas caché, dans un passé récent, son soutien au programme du chef de l’Etat. Interrogé, hier, sur la positon du parti, M. Naamane, cadre du MSP, affirme que la question sera tranchée demain, lors d’une réunion extraordinaire du conseil national. «Nous allons débattre de la question de la participation au gouvernement, du soutien ou pas au programme de Tebboune.

Au MSP, nous avons proposé un gouvernement de consensus national, donc nous allons étudier l’option de l’union nationale avant de décider de la démarche à suivre», précise M. Naamane.

Mohamed Taïbi, politologue, n’arrive pas sur le plan politique à cerner le profil sociologique parlementaire de cette nouvelle APN. «Nous ne sommes pas dans un schéma politique classique, ni dans une période politique claire. Ces nouveaux députés cherchent un consensus autour du Président qui est le garant des institutions actuelles, et ce, en attendant des jours meilleurs», affirme-t-il.

M. Taïbi pense que cette nouvelle Assemblée n’est pas à sens unique, mais à «sens pluriel», seulement avec un minimum nécessaire. «C’est une Assemblée qui n’a pas une épaisseur intellectuelle. Nous allons tomber dans un populisme béat…», craint le politologue.