Banque mondiale : La croissance tardera à reprendre en Algérie

Khelifa Litamine, El Watan, 16 juin 2021

La note de la BM a considéré que «la pauvreté devrait avoir augmenté en 2020, en raison de la baisse de la croissance et de l’emploi», et cela bien que «les données à ce sujet fassent défaut».

Bien que l’économie algérienne peut se remettre partiellement en 2021 de la crise sanitaire et économique causée par la pandémie de Covid-19, il demeure que «la lenteur du rythme de vaccination en Algérie» perdurera encore les mesures de confinement, ce qui impactera négativement le rythme de la reprise de l’activité économique hors hydrocarbure qui «tardera à se redresser, dans un contexte de pertes d’emplois et de revenus et de faible confiance des consommateurs et des entreprises».

C’est le constat qui a été fait par la Banque mondiale (BM) avant-hier sur son site, qui considère que «certaines mesures de confinement pourraient rester en place dans le pays jusqu’en 2022», engendrant de ce fait un retard dans la reprise économique, bien que «l’industrie des hydrocarbures devrait rebondir en 2021».

La note de la BM a considéré que «la pauvreté devrait avoir augmenté en 2020, en raison de la baisse de la croissance et de l’emploi», et cela bien que «les données à ce sujet fassent défaut». L’institution financière internationale a expliqué que la crise économique provoquée par la pandémie «fait suite à cinq années consécutives de ralentissement de la croissance du PIB (2015-2019) en Algérie».

Ce ralentissement est expliqué aussi par la qualité d’un système économique «tiré par un secteur des hydrocarbures en contraction, un modèle de croissance labyrinthique mené par le secteur public et un secteur privé qui peine à devenir le nouveau moteur de la croissance économique».

En outre, «l’industrie des hydrocarbures, qui représentait 20% du PIB, 41% des recettes fiscales et 94% des recettes d’exportation en 2019, connaît un déclin structurel», constate la Banque mondiale, qui estime que la croissance du PIB réel «s’est contractée de 5,5% en raison des mesures de confinement prises pour contenir la pandémie de Covid-19 et d’une baisse simultanée de la production d’hydrocarbures, qui est passée en dessous du quota OPEP de l’Algérie».

L’impact de la pandémie et du confinement a aussi été très important sur certains «secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, tels que les services et la construction, largement concentrés dans l’économie informelle, et qui ont été profondément touchés, entraînant la perte temporaire ou permanente de nombreux emplois».

Parallèlement, soutient la même source, «la chute temporaire des prix du pétrole, conjuguée à la baisse des volumes d’exportation, a provoqué un effondrement brutal des recettes d’exportation d’hydrocarbures ce qui a engendré un déficit budgétaire global qui s’est creusé pour atteindre 16,4% du PIB en 2020».

La Banque mondiale parle des risques budgétaires liés aux banques publiques exposées aux prêts aux entreprises publiques en difficulté qui ont augmenté. Selon l’institution financière, malgré une forte contraction des importations et une dépréciation modérée du taux de change, le déficit commercial «aurait augmenté à 14,4% du PIB, et les réserves de change ont chuté à 46,9 milliards de dollars à la fin de 2020 (une baisse de -24% en glissement annuel), soit environ 12,8 mois d’importations».

Réduire les dépenses et améliorer les recettes fiscales

Toutefois, les autorités algériennes ont annoncé un plan socioéconomique pour mener des réforme à long terme pour orienter l’économie vers un modèle durable dirigé par le secteur privé, s’engager dans une transition vers les énergies renouvelables, réduire les graves déséquilibres de la macroéconomie du pays et protéger les moyens de subsistance de la population.

Pour faire face à cette situation, l’institution de Bretton Woods a recommandé à l’Algérie de «s’orienter vers une économie plus diversifiée pour améliorer les perspectives d’emploi dans le pays, qui sont cruciales» compte tenu du nombre important de jeunes dans le pays.

Sur le plan budgétaire, la Banque mondiale a conseillé de réduire le niveau des dépenses publiques «qui ne sont pas viables» et a suggéré de concevoir de nouvelles politiques de recouvrement pour générer des «recettes fiscales supplémentaires afin d’améliorer l’efficacité et l’équité des dépenses publiques».

Le succès de la réforme économique structurelle est conditionné, selon le même document, «par sa capacité à restaurer la stabilité macroéconomique et à adopter des politiques décisives pour soutenir le développement du secteur privé tout en continuant à protéger les segments les plus vulnérables de la population».