Abdelouhab Fersaoui : « Le pouvoir veut en finir avec le Hirak »

Liberté, 27 Mai 2021

Dans cet entretien, le président de RAJ, Abdelouhab Fersaoui, revient sur la requête déposée par le ministère de l’intérieur et des Collectivités locales devant le tribunal administratif d’Alger en vue de dissoudre cette association.

Vous avez annoncé hier mercredi 26 mai avoir reçu une convocation de la police pour vous présenter au commissariat central de Bejaia. Quel est le motif de cette convocation ?

J’ai effectivement récupéré hier la convocation sans qu’il y ait de motif. On me demande de me présenter auprès de la police judiciaire du commissariat central à Bejaia le plus tôt possible sans même là aussi préciser la date. En début de semaine prochaine, j’irai voir ce qu’il en est.

L’association RAJ a reçu hier une citation à comparaître devant le tribunal administratif d’Alger, suite à une requête déposée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales sollicitant la dissolution de l’association RAJ. Y a-t-il un lien avec votre convocation par la police judiciaire de Bejaia ?

Ma convocation a coïncidé avec la requête qu’on a reçue par le biais d’un huissier de justice. Cette requête a été déposée par le ministère de l’Intérieur devant le tribunal administratif d’Alger, demandant la dissolution de l’Association.

Sous prétexte que les activités de RAJ sont en contradiction avec les statuts même de l’Association et avec la loi 12/06. Pour vous dire qu’il s’agit du même dossier, je n’en ai aucune information et je ne peux donc pas le confirmer.

Pourquoi le ministère de l’Intérieur veut dissoudre l’association RAJ ?

Une chose est sûre : cette poursuite judiciaire n’a rien à voir avec l’administratif c’est-à-dire la conformité. C’est une poursuite qui vise l’Association pour ses activités, ses prises de positions et son implication dans le Hirak comme toute dynamique autonome et indépendante qui veut s’organiser et s’exprimer à sa manière, qui exprime ses positions en toute liberté.

Ce n’est pas la première fois que le RAJ est la cible du pouvoir. Nos activités ont été déjà interdites comme le Forum de RAJ qu’on avait l’habitude d’organiser à la Grande Poste à Alger. Il y a eu l’interdiction de l’université d’été de RAJ en 2019.

Aussi, on compte onze éléments de l’Association qui sont poursuivis en justice et neuf ont déjà été emprisonnés. Pour moi, c’est une campagne qui s’inscrit dans une logique d’acharnement contre les voix discordantes et autonomes au sein de la société.
Deux partis sont également menacés de dissolution : l’UCP de Zoubiba Assoul et le PST.

Comment expliquez-vous cette simultanéité de ces procédures qui ont un même objectif ?

Ces dernières semaines, nous avons assisté à une campagne que nous n’avons jamais connue durant les années passées : des interpellations de militants, d’hommes politiques, de journalistes, des emprisonnements et à des mandats de dépôt…

Cela indique qu’il y a un recul énorme des libertés démocratiques, les acquis d’octobre 88 ont carrément disparu. Les acquis mêmes du Hirak (réappropriation de l’espace public) sont menacés et le pouvoir fait tout pour empêcher les marches ; on a vu ce qu’il s’est passé avec les marches des étudiants, avec les marche à Oran et les deux week-ends passés à Alger (marches empêchées les deux derniers vendredis).

Le pouvoir a la volonté d’en finir avec la mobilisation populaire en durcissant la répression sous toutes ses formes (interpellations, emprisonnements de journalistes et de militants) et en essayant d’étouffer toute organisation autonome et les partis à travers ces poursuites judiciaires.

Comment expliquez-vous cela justement ?

Pour moi c’est une diversion. Le pouvoir lance ces poursuites judiciaires dans le but de désorienter ces organisations et partis politiques et de les affaiblir, pour qu’ils ne puissent plus jouer le même rôle dans la société comme avant. Le climat répressif de ces dernières semaines a un seul objectif : en finir avec le Hirak