Le vol de dossiers à la cour d’Alger viserait des documents liés à des affaires de corruption

Le vol de dossiers à la cour d’Alger viserait des documents liés à des affaires de corruption

Yazid Ferhat, Maghreb Emergent, 31 mars 2013

Quarante-huit après les faits, le ministère algérien de la justice et le Parquet général n’avaient toujours pas réagi au vol de dossiers à la Cour d’Alger, commis dans la nuit de vendredi à samedi. Alors que les premières informations semblent indiquer que le vol visait des dossiers liés à des affaires de corruption, mais le silence officiel maintient la confusion sur une affaire des plus énigmatiques.

Le vol de documents à la cour d’Alger a suscité perplexité et consternation au sein de l’opinion publique et des professionnels de la justice, mais ni le ministère de la justice, ni le parquet, n’avaient encore réagi, dimanche après-midi, quarante-huit heures après les faits. En l’absence de communiqué officiel, aucune certitude donc concernant l’objet du vol, mais des sources concordantes font état de la disparition de documents liés à des dossiers de corruption.

Le quotidien El-Khabar a rapporté samedi qu’un groupe d’individus non identifiés s’est introduit vendredi dans les locaux de la Cour d’Alger, au Ruisseau, pour voler et détruire la base de données de l’institution judiciaire. Cette base de données « de grande importance » comporte des documents liés aux scandales de corruptions sur lesquels ont enquêté les agents du DRS. Le journal a affirmé que les intrus ont mené une opération ciblée, en se rendant directement aux locaux où sont disposés ces documents. Le forfait a été préparé et commis par des « professionnels », connaissant très bien les lieux, selon le journal.

Dimanche, le journal a affirmé que des manquements ont été observés dans le système de vidéosurveillance, ce qui a rendu impossible la reconnaissance des voleurs. Au moment des faits, les écrans de vidéosurveillance étaient dans un état de « fonctionnement limité ». Ce « dysfonctionnement dangereux » est dû au fait que le centre du système de vidéosurveillance se trouve au 8ème étage, au niveau des bureaux du ministère public, non ouvert aux agents chargés de la sécurité à l’intérieur de la Cour d’Alger, alors qu’il fallait que ce centre soit dans un lieu où les techniciens peuvent se succéder pour assurer la surveillance. La Cour d’Alger se contente d’une surveillance à l’extérieur ; la vidéosurveillance n’est là que pour surveiller l’heure d’entrée et de sortie des juges et des greffiers.

Le communiqué très attendu du parquet général

Le journal n’écarte pas la possibilité que cette opération sans précédent eut ciblé le procureur général de la Cour d’Alger, « premier responsable de la sécurité au niveau de l’institution ». Devant la gravité des faits qui touchent une institution judicaire comme la Cour d’Alger, le ministère de la Justice n’avait pas encore réagi, dimanche après-midi. L’avocat Khaled Bourayou a confirmé ces faits, tout en déclarant « ne pouvoir apporter plus de précisions à ce qui a été publié par El Khabar ». « Nous attendons du Parquet général qu’il rende public un communiqué », a-t-il précisé dans une déclaration à Maghreb Emergent. Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, est resté prudent sur le lien apparent entre les affaires de corruption révélées ces derniers jours, et la prise en main de ces dossiers par Belkacem Zeghmati, mis en avant par le journal. Pour lui, il reste à confirmer « si cet incident a affecté des dossiers importants, ou s’il s’agit de dossiers secondaires ». « Si le cambriolage a porté sur des dossiers importants, il y a de quoi être inquiet », a-t-il précisé. Et d’expliquer : « si le cambriolage a porté sur des dossiers secondaires, on peut les reconstituer parce que le code des procédures pénales prévoit une reconstitution des dossiers détérioré ou volé, mais pour les dossiers importants, ça sera plus difficile ». Me Ksentini a jugé par ailleurs « bizarre » et « étonnant » qu’un endroit aussi bien surveillé que la Cour d’Alger fasse l’objet d’un cambriolage de nuit, estimant que ce serait encore « plus grave si les cambrioleurs ont bénéficié d’une complicité de l’intérieur ».


Vol de la Cour d’Alger

Le silence troublant de la justice

El Watan, 1er avril 2013

Si certains qualifient de fait divers le vol par effraction de matériel informatique, commis vendredi dernier dans quelques bureaux de la cour d’Alger, d’autres, et en l’absence de communication officielle qui mettra fin aux spéculations, vont loin dans leurs analyses, avançant des thèses de «règlement de comptes» ou de «dissipation volontaire de dossiers compromettants liés aux affaires de corruption».

Devant le silence incompréhensible des autorités sur les circonstances du vol ayant ciblé des bureaux de la cour d’Alger, les interprétations les plus folles ont été faites. Certains parlent d’opérations organisée ayant pour but de subtiliser les dossiers liés à la corruption, d’autres affirment qu’il s’agit de règlements de comptes entre des clans au pouvoir qui ont un lien direct ou indirect dans les scandales de Sonatrach.
Cependant, des sources judiciaires déclarent qu’il s’agit «d’un simple fait divers qui ne nécessitait même pas un communiqué». «Le vol a eu lieu dans quelques bureaux du rez-de-chaussée, puis au 1er étage.

Filmé par les caméras de surveillance, l’auteur a profité d’un moment de relâchement du personnel de la sécurité entre policiers et gardes de la ‘pénitentiaire’, pour escalader le mur et voler 5 écrans de micro-ordinateurs et une caisse à outils des bureaux de l’administration générale. Il est certain que cette personne n’a pas agi seule, l’enquête actuellement en cours au niveau de la police judiciaire déterminera toutes les responsabilités. Il est cependant important de signaler que cet acte, qui relève du droit commun, n’a eu aucune répercussion sur le fonctionnement de la cour ou des tribunaux qui lui sont rattachés.» Au-delà de la nature des objets subtilisés ou de l’objectif recherché par les voleurs, ce sont les conditions dans lesquelles cet acte a eu lieu qui suscitent de lourdes interrogations.

Censée être une tour infranchissable eu égard à son caractère stratégique, le siège de la cour d’Alger est une véritable aberration architecturale. Construit durant les années 2000, sa conception et son emplacement ne répondent à aucune norme de sécurité. Des évasions de détenus aux opérations de vol par effraction, en quelques années seulement, la cour d’Alger est devenue un vrai casse-tête pour ses gestionnaires. Les concepteurs de cet ouvrage de l’Algérie indépendante n’ont pas prévu de bureaux pour les avocats ni un parking à la hauteur de l’importance de la structure.

Ce qui a suscité la réaction des membres du conseil de l’Ordre qui avaient, rappelons-le, lancé une grève en signe de protestation. Plus grave.
En absence de dépendance pour les détenus, ces derniers sont obligés de se frayer un chemin parmi les nombreux citoyens qui remplissent les salles d’audience, escortés par des policiers sans arme. Les juges sont souvent mis dans la gêne par une file d’accusés ou de prévenus (en détention) faisant les va-et-vient dans les salles qui dans, leur majorité, ne sont pas reliées aux geôles, ou dans le meilleure des cas ont une ouverture sur un espace de quelques mètres carrés ne disposant d’aucune aération. Pour les policiers, assurer la sécurité lors des présentations ou des procès devient un vrai calvaire, dans ce bâtiment de 8 étages, doté de deux ascenseurs, dont un pour les chefs de la juridiction, et un autre pour le personnel, les avocats, mais aussi les détenus qui souvent le partagent avec les autres.

Une défaillance en matière de sécurité qui a permis à certains de prendre la fuite. En effet, à deux reprises, des détenus ont réussi à franchir la sortie du bâtiment, en dépit de la présence assez renforcée des policiers. Même désespérés dans la mesure où ils ont été arrêtés quelques heures plus tard, ces actes ont été facilités par la conception de la structure qui ne répond pas aux normes de sécurité imposées en matière de construction de tribunaux et cours.

Salima Tlemçani