Affaire des hirakistes accusés de terrorisme à Oran: La chambre d’accusation confirme les décisions du juge d’instruction

Liberté, 19 mai 2021

La chambre d’accusation de la cour d’Oran a conforté hier après-midi les décisions prises par le juge d’instruction près le pôle pénal spécialisé à l’encontre de 11 personnes poursuivies pour des faits de terrorisme. Ainsi, Yasser Rouibah, activiste d’Aïn Defla, Mustapha Guira d’Alger et Boutache Tahar de Constantine restent en prison tandis que le journaliste Saïd Boudour et les hirakistes Karim Ilyes, dit “Panthère rose”, et Bendella Noureddine sont maintenus sous contrôle judiciaire. Le militant des droits de l’Homme, Kaddour Chouicha, son épouse et journaliste de Liberté Jamila Loukil, les hiraklistes Jahed Zakaria, Yahiaoui Brahim et Belalem Imad-Eddine demeureront, eux, en liberté provisoire.

Les avocats de la défense ont, cependant, décidé de se retirer de l’audience en raison de deux “transgressions” du code de procédure pénale : “D’une part, nous n’avons pas été notifiés de la programmation de l’audience 48h avant sa tenue, comme le prévoit la loi. D’autre part, nous n’avons pas pu obtenir le dossier — bien que nous en ayons fait la demande — alors que le code de procédure pénale stipule qu’il doit être mis à notre disposition. Face à ces violations des droits de la défense, nous avons décidé de nous retirer”, ont dénoncé Mes Farid Khemisti et Omar Boussag en refusant de cautionner pareilles pratiques.

Pour rappel, les onze accusés avaient été présentés à la justice le 29 avril dernier sous les chefs d’accusation de terrorisme, crimes tendant à troubler l’État et complot contre l’intégrité du territoire national prévus par les articles 77, 78, 87, 87 bis, 87 bis 1 et 3 du code pénal, et la publication ou l’exposition de documents de nature à nuire à l’intérêt national selon l’article 96. D’après le collectif de la défense, il leur est reproché d’avoir participé à une tentative d’installation d’une cellule du mouvement Rachad à Oran qui aurait été programmée pour fin avril. C’est ce qui expliquerait les interpellations, perquisitions et autres transferts d’activistes depuis d’autres wilayas, qui avaient agité la semaine du 23 et 29 avril 2021 : Yasser Rouibah, Saïd Boudour et Karim Ilyès avaient été arrêtés à Oran à l’occasion de la marche empêchée du vendredi 23 avril, Mustapha Guira, Boutache Tahar et Jahed Zakaria ont été transférés depuis leurs wilayas respectives dans les jours qui ont suivi, alors les étudiants Yahiaoui Brahim et Belalem Imad-Eddine ont été arrêtés le mardi 27 avril. Quant à Kaddour Chouicha et son épouse, ils ont été interpellés le 28 avril à leur sortie de la cour d’Oran où ils devaient comparaître en appel dans un autre procès.

S. Ould Ali


La chambre d’accusation confirme les décisions contre Boudour, Chouicha et Loukil

Hocine Lamriben, El Watan, 19 mai 2021

La chambre d’accusation de la cour d’Oran a confirmé, hier, dans toutes ses dispositions, l’ordonnance du juge d’instruction dans l’affaire des journalistes Saïd Boudour, Djamila Loukil et du président du bureau d’Oran de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), Kaddour Chouicha, ont annoncé les avocats de la défense.

La chambre d’accusation a confirmé la mesure du contrôle judiciaire prononcée contre Saïd Bouddour et aussi la liberté provisoire pour Djamila Loukil et Kaddour Chouicha.

«C’est une demi-joie, car il y a des prévenus en grève de la faim et en détention dans le même dossier. Le scénario construit n’est fait que de supputations», a réagi Kaddour Chouicha via son compte Facebook.

L’affaire comprend également 12 autres militants impliqués dans le hirak contre lesquels la chambre d’accusation a aussi confirmé les décisions prononcées par le juge d’instruction. Auparavant, le collectif des avocats de la défense s’est retiré de l’audience de la chambre d’accusation d’Oran «pour ne avoir eu accès au dossier, conformément à l’article 182 alinéa 3 du code de procédure pénale», a précisé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Le procureur général d’Oran avait inculpé Saïd Boudour, Kaddour Chouicha et Djamila Loukil de charges plus lourdes, allant de l’«adhésion à une organisation destructive activant à l’intérieur et à l’extérieur du pays» au «complot contre la sécurité de l’Etat», en passant par l’«atteinte à l’unité du territoire national».

A la veille de l’audience, l’ONG Amnesty International a appelé les autorités à «abandonner les fausses accusations» portées contre les défenseurs des droits humains Kaddour Chouicha, Djamila Loukil et Saïd Boudour. Elle a ajouté qu’ils sont membres de la LADDH et «nient toute affiliation à Rachad». «Nous sommes profondément préoccupés par cette affaire contre de courageux défenseurs des droits humains. Il s’agit d’une nouvelle tendance inquiétante des autorités algériennes utilisant la législation liée au terrorisme pour réprimer les droits à la liberté de réunion et d’expression pacifiques avant les élections prévues en juin.

Ces accusations ne sont qu’un écran de fumée pour réduire au silence la voix de ces défenseurs des droits humains et réprimer leur militantisme», a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. «Nous exhortons les autorités algériennes à mettre fin à ces procès contre les défenseurs des droits humains, les militants du hirak et garantir les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifiques à la veille des élections législatives de juin», a-t-elle plaidé.