Un autre scandale de corruption éclate

Vente d’hélicoptères italiens à l’Algérie

Un autre scandale de corruption éclate

El Watan, 25 avril 2015

L’enquête, initiée en 2014 par la police tributaire italienne, concerne un contrat de 460 millions d’euros pour l’acquisition par le gouvernement algérien, entre 2009 et 2011, de 24 hélicoptères AgustaWestland, fabriqués par la filiale de Finmeccanica, le premier groupe industriel italien (dont l’Etat italien est le principal actionnaire) spécialisé dans la construction aérospatiale et l’élaboration de systèmes technologiques pour les secteurs de la défense et de la sécurité.

Les investigateurs suspectent la création par les dirigeants de l’époque de Finmeccanica de «fonds noirs» pour corrompre des dirigeants algériens qui auraient favorisé la société italienne lors de l’octroi de cette grosse commande d’hélicoptères destinés à la police et à la Protection civile. Des pots-de-vin auraient été versés à des décideurs algériens à travers des sociétés-écrans qui ont émis de fausses factures sur des transactions inexistantes pour altérer les paramètres de l’avis d’appel d’offres au détriment des autres concurrents, dont un constructeur américain.

C’est en remontant la filière d’une société étrangère qui aurait joué le rôle d’intermédiaire dans cette présumée opération de corruption et grâce à des interrogatoires et à des activités rogatoires que les investigateurs ont obtenu du parquet de la ville de Burzio Arsizio 41 mandats de perquisition à travers toute l’Italie (Varese, Milan, Bergame, Gènes, Novare, Padoue, Sassari, Syracuse, Trévise et Udine). Les premiers soupçons d’une éventuelle irrégularité de cette opération commerciale entre Finmeccanica et le partenaire algérien sont apparus lors de l’enquête concernant une autre affaire de corruption qui a entaché la réputation du groupe italien.

En 2010, AgustaWestland décrochait un contrat faramineux avec un autre partenaire, l’Inde, pour un total de 748 millions de dollars relatif à la livraison de 12 hélicoptères Agusta à l’armée indienne, dont une partie devait être montée dans le pays asiatique pour le faire bénéficier du transfert de technologie.

Le scandale éclate en février 2013 et le patron de Finmeccanica, Giuseppe Orsi (qui n’était plus à la tête du groupe depuis deux ans), est arrêté et incarcéré ; il est suspecté d’avoir ordonné une opération de corruption pour soudoyer le chef de l’aviation militaire indienne.
Grâce à un système de fausses facturations pour des opérations commerciales fictives, une somme importante aurait été versée au responsable de l’India Air Force afin de modifier les critères de l’appel d’offres et favoriser l’hélicoptère italien AgustaWestland. Touché de plein fouet par ce scandale, le parti indien Le Congrès, qui était au gouvernement, a vite annulé la transaction, bien que l’Inde ait déjà reçu une première livraison de trois hélicoptères.

Le procès concernant cette affaire s’est conclu, en octobre dernier, par la condamnation de Giuseppe Orsi à deux ans de prison pour «fausses factures», mais le chef d’inculpation de «corruption internationale» n’a pas été retenu. La défense et l’accusation ont fait appel du verdict. Ce nouveau scandale, dont les dimensions seront délimitées par les investigations et un éventuel procès, tombe très mal pour Finmeccanica qui a, ironie du sort, rendu publique, cette semaine, une «nouvelle stratégie pour contrer la corruption».

Nacéra Benali


Agustawestland : Un groupe et des pratiques

Alors que l’affaire Saipem-Sonatrach défraie la chronique avec une procédure judiciaire ouverte en Italie et une flagrante absence de la justice algérienne, un autre dossier de corruption a été ouvert dans ce même pays sur la passation d’un contrat de vente d’hélicoptères à l’Algérie.

Un communiqué de la justice italienne repris par l’agence de presse Reuters a révélé que la garde des finances (brigade financière italienne) a effectué jeudi dernier des perquisitions en relation avec des allégations de corruption incriminant d’anciens gestionnaires d’AgustaWestland, filiale du constructeur aéronautique italien Finmeccanica, en relation avec la vente d’hélicoptères à l’Algérie.

Le parquet italien en charge de cette affaire parle de «caisses noires» créées par les gestionnaires d’AgustaWestland pour passer des fausses factures. AgustaWestland est accusé d’avoir versé des commissions pour être favorisée «lors de l’adjudication d’un appel d’offres pour la fourniture d’hélicoptères au gouvernement de la République d’Algérie dans les années 2009/2011.» Finmeccanica n’en est pas à sa première affaire de corruption.

En octobre dernier, l’ancien PDG de l’entreprise, Giuseppe Orsi, avait été condamné par la justice italienne à une peine de prison de deux ans pour fausses factures liées à un contrat de 560 millions d’euros en Inde. Finmeccanica et sa filiale AgustaWestland avait vendu 12 hélicoptères de luxe à la partie indienne en 2010 et ont nié avoir versé de généreuses commissions en échange.

Cette nouvelle affaire liée au contrat avec l’Algérie va ternir davantage la réputation déjà entachée du constructeur aéronautique public italien que la nouvelle direction de Mauro Moretti tente de rétablir. Lors des perquisitions effectuées jeudi, la direction de Finmeccanica a dit se sentir «lésée» en considérant que l’affaire concernait l’ancienne équipe dirigeante. Les parts boursières de Finmeccanica ont connu une chute après l’annonce de la nouvelle affaire de corruption.

Cette dernière confirme encore une fois que même les contrats d’armement ne sont pas exempts de malversations. Après Sonatrach, mère nourricière de l’Algérie, la défense nationale à son tour est éclaboussée par un scandale de corruption. La corruption est devenue une marque de fabrique du système. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’Algérie est classée 100e sur 175 pays sur l’échelle de l’indice de perception de la corruption établi par l’ONG Transparency International.

A noter que le 13 mai prochain s’ouvrira à Milan l’audience préliminaire de l’affaire de corruption Saipem-ENI avec huit suspects accusés de corruption internationale. Dans cette affaire, l’ex-ministre de l’Energie Chakib Khelil est soupçonné d’avoir reçu une commission de 198 millions d’euros.
Nadjia Bouaricha


Le contrat était évalué à cinq milliards de dollars

Tout n’a pas commencé jeudi dernier par l’ordre donné par le procureur de Milan à la brigade financière pour effectuer 47 perquisitions aux quatre coins de l’Italie, y compris à Varèse, au siège même d’AgustaWestland, pour des soupçons de constitution de caisses noires et de fausse facturation en vue de financer de manière occulte un contrat d’acquisition d’hélicoptères par l’Algérie.

Non, les soupçons de corruptions sur les activités d’exportation du constructeur italien ont commencé en 2013, lorsque le grand patron du groupe, Guiseppe Orsi, a été arrêté, puis condamné à deux ans de prison, pour une affaire de corruption lors de la vente de douze hélicoptères à l’Inde. Aujourd’hui, si rien ne prouve que le deal entre l’Algérie et AgustaWestland soit entaché de corruption, l’arrivée subite d’autant d’appareils dans l’arsenal algérien et le flou entourant son exécution provoquent la suspicion des experts.

Sur le coût réel du contrat liant l’Algérie à la filiale hélicoptères de Finmeccanica, AgustaWestland, très peu d’informations ont filtré et pour cause, savamment fractionné dans le temps et ventilé sur les différents corps de sécurité, aucune commande globale n’a été signalée. Pourtant aujourd’hui, huit ans après la signature des premiers contrats, la Marine nationale, la Protection civile, l’Armée de l’air, la DGSN, la Gendarmerie nationale et même la présidence de la République se partagent 68 appareils, six autres sont attendus dans le courant de l’année.

En 2006, lors des débuts des négociations, la presse britannique, soucieuse de la sauvegarde des emplois dans l’aéronautique, relevait que les discussions entre le gouvernement algérien et AgustaWestland sur un deal de 80 hélicoptères allaient permettre la préservation de 4000 emplois dans le Somerset, où se trouvent les installations de production de Westland. A cette époque, le montant du contrat était évalué à 5 milliards de dollars. Il est aussi à rappeler que la firme italo-britannique promettait l’assemblage en Algérie d’une trentaine d’unités, un projet qui n’a jamais été réalisé.

Pis encore, les différents sous-contrats liant l’Algérie à AgustaWestland ont pratiquement tous été entachés d’irrégularités ou provoquaient des suspicions. La Gendarmerie nationale a eu fort à faire pour intégrer les AW109 LUH dans son inventaire. Des problèmes techniques avaient provoqué une fronde des pilotes à la réception des premières unités, puis ce fut l’équipement optronique qui a tardé à être installé encore une fois pour cause de contrat compliqué.

Idem pour la Protection civile, qui peine à faire voler un appareil sur les six reçus et qui a longtemps payé très cher des techniciens étrangers sans aucun résultat. Un technicien nous a avoué qu’au moins un appareil gisait complètement éventré dans un hangar de l’aéroport Houari Boumediène, ses turbines prenant la poussière.

Sur les formations du personnel naviguant et technique, beaucoup d’irrégularités avaient été signalées ça et là durant l’exécution du contrat. La Protection civile a, par exemple, pris le risque de se faire voler ses pilotes d’hélicoptère en les envoyant achever leurs heures de qualification au Qatar. L’armée avait envoyé ses équipages se former en Angleterre, chez un sous-traitant d’AgustaWestland qui n’avait jamais donné de formation auparavant.

Au final, en plus des dommages infligés à l’économie nationale et à la réputation de l’armée algérienne que pourrait engendrer, si elle est confirmée, cette affaire de corruption, c’est ce caractère nouveau de «vente forcée» qu’ont subi les différents corps de sécurité algériens qui fait le plus de dégâts.
Kharief Akram