Elle dénonce la répression des militants du Hirak : La LADDH appelle le pouvoir à «faire valoir la raison»

Mokrane Ait Ouarabi, El Watan, 12 mai 2021

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), dirigée par Noureddine Benissad, alerte sur la dégradation inquiétante de la situation des droits de l’homme. «Le pays traverse une période sombre et dangereuse, marquée par la multiplication des atteintes aux droits de l’homme et aux libertés individuelles et collectives.

En choisissant de préserver à tout prix un statu quo intenable et en refusant d’entrouvrir les perspectives d’un changement démocratique désormais vital pour la préservation de la cohésion de la société, les tenants du pouvoir ont décidé d’aller vers une exacerbation de la gestion autoritaire de la société», dénonce la LADDH, pour laquelle «cette option foule aux pieds les engagements de l’Etat algérien en matière de respect des droits et des libertés».

Pour la Ligue présidée par Me Benissad, ce sont toutes les libertés qui sont désormais «remises en cause dans le cadre de cette entreprise de restauration brutale d’un ordre périmé dont les Algériens, dans leur diversité, ne veulent plus».

«Ces dernières semaines ont été marquées par une aggravation sans précédent de la répression contre des citoyens engagés dans le hirak : journalistes, étudiants et défenseurs des droits de l’homme en sont les principales cibles.

Les tribunaux et les prisons deviennent des instruments contre l’action citoyenne et contre toute pensée critique», relève non sans inquiétude la LADDH, qui fait état de poursuites judiciaires engagées contre des «militants des droits humains, au parcours connu et respecté». «Il est de notre devoir moral et politique de mettre en garde contre la gravité de l’instrumentalisation de la justice et des dérives en cours», estime cette organisation de défense des droits de l’homme, qui dénonce dans ce sillage le dernier communiqué du ministère de l’Intérieur sur les manifestations du hirak qui est «porteur de menaces».

La LADDH affirme que «rien, absolument rien, ne peut justifier ces attaques frontales caractérisées contre les principes des droits de l’homme et la confiscation des libertés».

Elle souligne la légitimité des aspirations du mouvement populaire à «un changement démocratique et pacifique pour la consécration d’un Etat de droit, garant de la dignité, des libertés et de la justice». «Ces aspirations, portées historiquement par le Mouvement de libération nationale, sont conformes aux principes et aux normes qui fondent les nations libres», ajoute cette organisation qui exige «la libération inconditionnelle et la réhabilitation totale des détenus ainsi que l’arrêt immédiat des poursuites judiciaires contre les citoyens qui revendiquent le changement démocratique et pacifique».

Pour la LADDH, la répression ne ferait qu’exacerber la colère citoyenne et aggraver la crise qui secoue le pays. Cela surtout que «la situation socioéconomique des ménages s’est fortement dégradée et que la situation financière du pays est critique». La LADDH considère ainsi qu’une telle situation «exige de faire valoir la raison et d’aller dans le sens des solutions pacifiques dont le hirak, expression d’une maturation historique de la société algérienne, est l’expression».