Interpellé lors de la marche du mardi : L’étudiant Abdenour Aït Saïd devant le juge

Iddir Nadir, El Watan, 06 mai 2021

Le hirak étudiant a été empêché pour le deuxième mardi consécutif. Une dizaine d’étudiants avaient été interpellés et transférés dans des commissariats d’Alger, avant d’être relâchés le soir.

Figure connue de ce mouvement dans la capitale, le jeune étudiant Abdenour Aït Saïd avait été maintenu en garde à vue au commissariat central, a indiqué le Comité national pour libération des détenus (CNLD). Hier, la police avait perquisitionné à domicile.

Il va être présenté aujourd’hui devant le procureur du tribunal de Sidi M’hamed (Alger). «Abdenour a été arrêté hier mardi 4 mai 2021, à la rue Didouche Mourad suite à l’interdiction de la marche des étudiants et placé en garde à vue.

Pour rappel, Abdenour a été interpellé à plusieurs reprises et a déjà comparu devant le juge d’instruction pour ‘‘attroupement non armé’’ et ‘‘atteinte à l’unité nationale’’», précise Zaki Hannache, activiste du hirak, lui aussi arrêté et relâché le soir du commissariat de la rue Abdellatif Mokhtar (ex-Dr Trolard). Etudiant à l’USTHB, Abdenour Aït Saïd s’est engagé dans le «hirak étudiant» à Alger.

La silhouette altière, il était reconnaissable parmi ses jeunes camarades, dont il était l’un des meneurs les plus respectés. Casquette vissée sur la tête, «Abdou» haranguait la foule qui s’ébranlait depuis la place des Martyrs, point de ralliement hebdomadaire des marcheurs, pour rejoindre le centre de la capitale. «Avec un groupe de ses camarades, le jeune mène le hirak des étudiants avec courage et ténacité.

Il a défendu le mouvement dans ses moments les plus difficiles. Nous constatons chez lui l’âme du leader charismatique, en lançant et en achevant la marche. Il allie la rigueur et le sourire et tient à la ‘‘silmiya’’. Il est écouté par ses camarades. Le respect est la règle. Abdenour dérange la police politique, et de ce fait il a été harcelé, arrêté, poursuivi. Mais le lion reste résolu», lance Me Badi Abdelghani, membre du collectif de défense des détenus d’opinion.

«Abdenour aurait pu être un Mahrez !»

Ne se contentant pas d’organiser la marche hebdomadaire, Abdenour Aït Saïd s’est engagé ces derniers mois dans la lutte contre la pandémie. Avec ses camarades, il s’est fait fort de produire du gel hydroalcoolique destiné aux hôpitaux de la capitale. «Au début de la crise de Covid, alors que nous restions chez nous par peur de la contamination, lui a consacré son temps, malgré le danger de la pandémie, à produire avec un groupe d’amis du gel hydroalcoolique pour couvrir les besoins de plusieurs hôpitaux», signale Hannache.

Des messages de soutien fleurissaient sur les réseaux sociaux, pour exiger la libération de l’étudiant, éloigné de sa famille. «Abdenour Aït Saïd aurait pu être un Mahrez dans son domaine.

Il ne manque ni de génie ni de fougue. Hélas! Condamné à subir un système éducatif délétère, un système universitaire désastreux, le tout sous un système de gouvernance autoritaire et totalitaire, il se voit interpellé, son domicile perquisitionné, et sa chambre, contenant des livres et des cahiers, fouillée telle une cabane de malfrat.

Abdenour Aït Saïd est le symbole de l’abnégation, de la conviction, mais aussi et surtout du patriotisme. Alors que des milliers de compatriotes s’enorgueillissaient encore des dribles et des buts de Riyad, je m’offusque du sort réservé à Abdenour, mais l’assure, lui, sa famille et ses camarades, que notre but est plus que jamais tout proche», écrit sur Facebook Jugurtha Abbou, militant politique. Exprimant lui aussi son soutien à l’étudiant, le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, souligne que l’étudiant arrêté pour ses activités politiques «est l’espoir du pays».

Et de trancher : «Le passé ne pourra pas arrêter l’avenir, les étudiants c’est l’avenir !»