En solidarité avec leurs collègues sanctionnés : Menace de démission collective chez les pompiers

Hocine Lamriben, El Watan, 06 mai 2021

Les agents de la Protection civile maintiennent la mobilisation, en dépit des sanctions prononcées par le ministère de l’Intérieur contre 230 de leurs confrères ayant manifesté à Alger pour l’amélioration de leurs conditions de travail et salariales. Ils ont organisé, hier, des rassemblements de protestation à travers de nombreuses wilayas du pays, selon des vidéos publiées sur Facebook.

A M’sila, des dizaines de pompiers en uniforme ont observé un sit-in devant le siège de l’unité locale de la Protection civile. Certains ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «Notre sit-in est pacifique. Nos revendications sont légitimes et ne constituent pas une trahison des responsabilités», «La Protection civile mérite d’être honorée et non pas humiliée» ou «Pas de retour en arrière jusqu’à la satisfaction de notre légitime droit».

Dans une déclaration publique, les soldats du feu ont dénoncé la suspension «abusive» de 320 agents et déploré «la fermeture» des canaux de dialogue. Les protestataires ont affirmé avoir octroyé un ultimatum de 24h à la Direction générale de la Protection civile afin d’ouvrir le dialogue et «satisfaire» leurs revendications, dont la réintégration des pompiers suspendus par leur tutelle. Dans le cas contraire, ils menacent de déposer une «démission collective».

A Biskra, la colère des pompiers n’est pas retombée. Ils ont tenu un rassemblement devant le siège de l’unité principale de la Protection civile, sous la surveillance des forces de l’ordre. Ces dernières ont tenté de disperser la manifestation des sapeurs-pompiers. «Dégage, dégage !» ont lancé les protestataires, assis à même le sol, à l’endroit des policiers dépêchés par la direction locale.

A Tizi Ouzou, des dizaines de pompiers ont aussi manifesté devant le siège de l’unité locale de la Protection civile afin de réclamer la satisfaction de leurs revendications socioprofessionnelles et la réintégration de leurs confrères suspendus. Des scènes similaires ont été observées dans la wilaya de Tlemcen, où les soldats du feu ont manifesté leur colère suite à la mise à pied de leurs confrères, qualifiée d’«abusive».

A Béjaïa, des dizaines d’agents de la Protection civile ont défilé dans les rues du centre-ville. A l’instar des confrères des autres wilayas, ils ont réclamé la réintégration «immédiate» des pompiers suspendus par leur tutelle. «On ne vous demande pas des faveurs. On demande nos droits», lit-on sur une pancarte brandie pas un manifestant.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé, lundi dernier, suspendre et poursuivre en justice 230 pompiers ayant manifesté la veille à Alger pour l’amélioration de leurs conditions de travail et salariales. Ils sont accusés d’avoir enfreint le «statut particulier des fonctionnaires appartenant aux corps spécifiques de la Protection civile».

Le ministère de l’Intérieur a dénoncé «une trahison des devoirs et responsabilités dans le but de déstabiliser et de discréditer ce corps de métier». Il enjoint les agents de la Protection civile, qui font partie des corps constitués, à ne pas suivre les appels «qui visent à déstabiliser cette institution».

Pour sa part, la Direction générale de la Protection civile avait exhorté l’ensemble des agents «à faire montre de discipline et de sens élevé de responsabilité, et à ne pas céder aux publications subversives visant à semer la confusion et le chaos et à attenter à la stabilité de la patrie».

Dimanche dernier, des centaines d’agents de la Protection civile ont défilé dans les rues d’Alger pour réclamer la satisfaction de leurs revendications socioprofessionnelles. Cette marche a été violemment bloquée par les forces de l’ordre alors qu’elle se dirigeait vers le palais présidentiel. Régissant aux sanctions de la tutelle, les sapeurs-pompiers ont dénoncé la «fuite en avant» du ministère de l’Intérieur. «La tutelle applique ce que l’on appelle la politique de la fuite en avant face à nos revendications.

Au lieu de les traiter, elle brandit la force et la diffusion de communiqués visant à diaboliser le mouvement», lit-on dans un document publié au lendemain de la marche d’Alger. Les protestataires ont annoncé la préparation d’une nouvelle marche nationale pour dimanche prochain, dans la capitale.

Pour rappel, les agents de la Protection civile exigent la «revalorisation de leur salaire de base de 15 660 à 24 000 DA», «la révision du point indiciaire de 45 à 90 DA», avec «l’annulation de l’impôt sur le revenu» et «l’augmentation de le prime de rendement à 40%».

En outre, ils réclament aussi «un statut particulier», «la révision de leurs catégories de classement (échelons)» ainsi que «des indemnités financières pour les 80 heures travaillées par semaine».