Opposition du Hamas et d’une partie de la rue palestinienne : Elections législatives palestiniennes reportées

Fares Chahine, El Watan, 02 mai 2021

Dans le communiqué final publié après la réunion, le président palestinien a déclaré que «les dirigeants palestiniens ont étudié, aujourd’hui, la situation concernant les élections législatives dans tous les territoires de l’Etat de Palestine, y compris Al Qods, dans toutes ses étapes (candidatures, campagne électorale et vote) et nous avons décidé de reporter la date de ces élections, jusqu’à ce que notre peuple puisse exercer ses droits démocratiques à Al Qods». Israël a occupé et annexé la ville sainte d’Al Qods (Jérusalem-Est) en 1967 et la considère comme faisant partie de sa capitale unifiée. A 3 semaines de la tenue des élections, Israël qui contrôle totalement la ville sainte n’a pas donné de réponse définitive à la demande palestinienne d’y autoriser le vote de la population palestinienne.

C’est donc une décision finale du report des élections prévues pour le 22 mai prochain. D’ailleurs, peu après cette annonce la commission électorale centrale, chargée de l’organisation des élections dans les territoires palestiniens, a affirmé l’arrêt du processus électoral, souhaitant sa reprise dès que possible. La campagne électorale devait commencer hier dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés.

Le président Mahmoud Abbas a souligné que «de grands efforts ont été fournis auprès de la communauté internationale afin qu’elle fasse pression sur les Israéliens pour qu’ils autorisent la tenue des élections à Al Qods, mais cela a été un échec». Malgré cela, il a réitéré son appel à la communauté internationale pour «continuer de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à ses pratiques agressives contre les droits nationaux légitimes du peuple palestinien et de l’empêcher de continuer de se dérober à ses obligations contenues dans les accords signés, dont le droit du peuple d’Al Qods de participer aux élections organisées par l’autorité palestinienne».

Absence de consensus palestinien

Si de nombreuses factions de l’OLP soutiennent la décision du report des élections, le mouvement Hamas, plusieurs autres factions palestiniennes et la majorité des 36 listes inscrites pour le scrutin du 22 mai y sont fortement opposés. Avant cette réunion, le mouvement Hamas, principal rival du mouvement Fatah, avait déclaré, mercredi, qu’il considérait le vote comme un «droit national fondamental». Pour le mouvement Hamas, le vote dans la ville sainte d’Al Qods (Jérusalem-Est), est nécessaire, mais pas forcément avec la permission de l’occupation israélienne. Pour ce mouvement qui gouverne en solo la bande de Ghaza depuis l’été 2007, une discussion devait se faire sur les moyens de «forcer la tenue des élections à Al Qods sans l’autorisation ni la coordination avec l’occupant israélien». Une requête à laquelle n’ont pas répondu les responsables de l’Autorité palestinienne, selon le mouvement Hamas. Pour cela, il avait refusé de participer à un report ou une annulation des élections et a affirmé qu’il ne fournira aucune couverture à une telle décision. Sentant qu’il est en position de force avec les scissions au niveau du mouvement Fatah qui se présente avec une liste officielle et deux listes dissidentes, celle de Mohamed Dahlane, exclu du mouvement Fatah dont il était membre du comité central, après des accusations de corruption et celle de Nasser Al Qedwa, neveu du président Yasser Arafat, lui aussi membre du comité central du Fatah, opposé aux politiques du président Mahmoud Abbas. Al Qedwa s’est allié avec Merouane Al Barghouti, membre du conseil central du Fatah, qui purge une peine de perpétuité dans les prisons israéliennes, et espère être candidat à l’élection présidentielle qui était prévue pour le 31 juillet.

Les calculs du mouvement Hamas

Le mouvement Hamas tenait à ces élections dans l’espoir de confirmer son leadership sur la scène politique palestinienne. Pour les dirigeants du Hamas, l’interdiction israélienne de la participation de la population d’Al Qods aux élections n’est qu’un prétexte utilisé par le président palestinien et le mouvement Fatah pour les reporter ou les annuler et éviter une défaite électorale. Au niveau de la rue palestinienne, les dissensions autour du report des élections législatives par le président Abbas sont aussi grandes que celles observées au niveau des factions et de la classe politique palestinienne. Les différends concernent la façon de surmonter le refus de l’occupation israélienne d’autoriser la tenue des élections à Al Qods occupée et non sur le principe de la nécessité du scrutin dans la ville sainte.

A Ramallah, peu après l’annonce du Président, des centaines de personnes sont descendues dans la rue, non loin du siège de la Présidence pour exprimer leur rejet du report. Mais dans la ville sainte d’Al Qods, un plus grand nombre de citoyens a manifesté son soutien à la décision des dirigeants palestiniens, à leur tête le président Mahmoud Abbas. «Pas d’élections sans Al Qods», scandaient les manifestants qui s’étaient rassemblés près de Bab Al Aamoud, dans la vieille ville sainte, où des heurts ont opposé des jeunes Palestiniens et des colons israéliens protégés par des forces d’occupation israéliennes, pratiquement toutes les nuits du mois de Ramadhan.

Dans son ensemble, le peuple palestinien, privé de vote depuis une quinzaine d’années, espérait voir un changement au niveau de la classe politique dirigeante. Ceci explique le taux incroyable de 93% des personnes inscrites pour participer au scrutin. Il est sûr que la déception est grande en Palestine occupée après la décision du report à une date indéterminée des élections législatives. Mais d’un autre côté, il faut noter que la colère populaire est dirigée essentiellement contre l’occupant israélien, le premier responsable de la perturbation de ce qui devait être l’inauguration d’une nouvelle ère, marquée par le retour à l’unité, après près de 14 ans de division, qui a gravement porté atteinte à la cause palestinienne.

Ghaza
De notre correspondant. Fares Chahine