Célébration de la journée mondiale du travail : Les libertés syndicales en sursis

Asma Bersali, El Watan, 02 mai 2021

Alors que nous devrions célébrer aujourd’hui nos acquis, nous voilà en train d’énumérer nos pertes et la situation lamentable dans laquelle vit le travailleur et le syndicaliste dans notre pays.» Une déclaration sur laquelle se sont entendu les organisations syndicales membres de la Confédération des syndicats algériens (CSA), réunies, hier, lors d’une rencontre sur les libertés syndicales.

Cette rencontre, qui a regroupé un nombre important de syndicalistes mais aussi de spécialistes, avait pour but de dénoncer les différentes atteintes que subissent les représentants des travailleurs au quotidien. «Il est désolant de se retrouver aujourd’hui à parler une énième fois du droit syndical, pourtant garanti par la loi. Désolant aussi de célébrer aujourd’hui la Journée internationale des travailleurs dans un contexte où le pouvoir d’achat est au plus bas», déclare Messaoud Boudiba, porte-parole du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapest).

Selon lui, la situation est grave, notamment qu’il s’agit aujourd’hui de défendre des acquis arrachés par de longues années de lutte syndicale. «Ce mois de Ramadhan, qui a connu une hausse fulgurante des prix, a démasqué la véritable baisse du pouvoir d’achat des travailleurs. Percevoir 20 000 ou 30 000 DA est une humiliation pour le travailleur algérien qui vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. D’ailleurs, selon des experts, 34% des travailleurs algériens sont pauvres.

Chose normale étant donné que le salaire minimum pour un niveau de vie décent ne devrait pas être sous la barre des 70 000 voire 80 000 DA», ajoute notre interlocuteur, qui rebondit sur les libertés de l’exercice syndical, thème de cette journée. Il s’appuie sur le cas du SG du syndicat des postiers, suspendu de son travail à cause de son militantisme. «Malgré la présence d’une décision de justice datant de 5 ans, sa réintégration n’a toujours pas été appliquée par son employeur. Une atteinte grave aux libertés syndicales qui se poursuit au vu et au su de tous», martèle M. Boudiba.

«Échec du gouvernement»

De son côté, Sadek Dziri, président de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), n’a pas pu s’empêcher de revenir sur les déclarations «provocatrices» du Premier ministre. Il estime qu’elles ne témoignent que de l’échec total du gouvernement à trouver de véritables solutions aux problèmes relevés par les travailleurs. «Nous nous attendions à des décisions et non pas à des accusations et le retour vers l’histoire de la main étrangère manipulatrice.

Si le gouvernement a des éléments quant à ce dernier point, il n’a qu’à nous affronter et dévoiler réellement ce réseau de manipulateurs», ajoute-t-il, avant de souligner que ces accusations sont également une grave atteinte à l’activité syndicale.
Nos deux militants ont tous deux considéré que cette attitude du gouvernement ne fait qu’alimenter la détermination des travailleurs à aller jusqu’au bout dans leur mouvement de protestation.

Entrave à l’exercice syndical, non-respect des décisions de justice et harcèlement moral pratiqué sur les militants syndicaux ont été autant de problèmes soulevés lors de cette journée. Le dossier de l’agrément officiel de la Confédération des syndicats algériens (CSA) a été également remis au goût du jour. Cela notamment en la présence de Koriche M’hamed Nasreddine, expert en droit et relations de travail et conseiller auprès du ministère du Travail.

Dans son intervention, il a reconnu l’infraction quant à la non-reconnaissance de la CSA comme une véritable centrale syndicale. Pour lui, les efforts en matière de législation sont énormes. Cela contrairement à leur application sur le terrain qui accuse beaucoup de lacunes et d’infractions.
Le professeur Tahar Belkhir, enseignant à l’université d’Oran expert dans la relation du travail et la religion, s’est étalé sur les principes de l’activité syndicale et de la négociation.

Une intervention très riche condamnée à rester de simples connaissances dans la fermeture totale des portes du dialogue avec les pouvoirs publics.