Arrestations durant les marches populaires : Les prémices inquiétantes d’un nouveau cycle de répression à l’approche des législatives

Mustapha Benfodil, El Watan, 29 avril 2021

Suite aux interpellations massives qui ont ciblé avant-hier les animateurs du hirak estudiantin ainsi que de nombreux professeurs universitaires (dont l’éminente politologue Louisa Dris Aït Hamadouche) et autres habitués du «hirak du mardi», d’aucuns retenaient leur souffle tout au long de cette houleuse et éprouvante journée, guettant les nouvelles de leurs proches retenus dans les postes de police.

A ce propos, il est à souligner que les activistes et les manifestants interpellés ce 27 avril à la place des Martyrs, faisant par là même avorter la marche des «talaba», une première depuis le début du hirak des étudiants, ont été dispatchés sur plusieurs commissariats du territoire de la wilaya d’Alger : Rouiba, Staouéli, Zéralda, Khraïcia, Bab Ezzouar, Bir Khadem…

Si bien que, au moment de leur libération, qui survenait à l’approche du f’tour ou même après le f’tour, ils ont dû rompre le jeûne loin des leurs.

L’étudiant Abdenour Aït Saïd, figure de proue du mouvement estudiantin, confiait via sa page Facebook avoir été relâché aux coups de 21h45 «du commissariat du Télemly, où j’ai été transféré depuis le commissariat de Bab Ezzouar».

Chawki Hammoum, autre figure du mouvement, a posté de son côté une image sympathique montrant des étudiants fraîchement libérés cassant la croûte à la bonne franquette avec leurs amis et camarades qui les attendaient à proximité du commissariat, et qui avaient mis un point d’honneur à ne pas consommer le dîner du Ramadhan chez eux en les sachant entre les griffes de la police.

«Image pour l’histoire : nous n’oublierons pas que nous avons rompu le jeûne près du commissariat de Cavaignac», témoignait fièrement Chawki dans un «statut» Facebook illustré par cette image.

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a actualisé mardi soir sa liste des interpellations opérées à la place des Martyrs, et sur cette liste, on comptait exactement 23 personnes.

«Toutes les personnes arrêtées aujourd’hui sont relâchées sauf Massoum Mahieddine», précisera le Comité. Sur le sort de ce même étudiant, le CNLD a fait savoir hier : «Perquisition au domicile familial de Massoum Mahieddine Abdelfettah, en sa présence, en ce moment (hier, en fin de matinée, ndlr) à Blida, alors que ce mercredi matin, son père s’est déplacé au commissariat de police où il a été informé que son fils sera présenté devant le procureur du tribunal de Bab El Oued.»

Inquiet pour son camarade, Abdenour Aït Saïd a annoncé, de son côté, hier en début d’après-midi : «Je suis devant la division centre de la police judiciaire à Alger, où se trouve Massoum Mahieddine Abdelfettah. Pour information, l’étudiant a été conduit ce matin chez lui pour une perquisition de son domicile, où des livres appartenant à sa famille ont été confisqués. Liberté pour les étudiants !»

Nous avons appris par ailleurs qu’un activiste de Blida, Hicham Khiyat, l’un des concepteurs de l’initiative Nida22, a été arrêté à son lieu de travail par des éléments de la Gendarmerie nationale.

«Blida : perquisition du domicile du coordinateur national du Rassemblement des jeunes pour l’Algérie et cofondateur de l’initiative Nida22, Hicham Khiyat, arrêté à son lieu de travail (direction de Sonelgaz de Blida) ce matin par la gendarmerie de la wilaya. Lors de la perquisition, les gendarmes ont pris son ordinateur», affirme le CNLD.

Il y a lieu de signaler également cet acharnement dont se trouve victime le militant des droits humains et vice-président de la LADDH, Kaddour Chouicha, qui a été interpellé une nouvelle fois hier ainsi que son épouse, la journaliste Jamila Loukil.

Selon leur fils Adel, qui a donné l’alerte sur les réseaux sociaux, ils ont été appréhendés à leur sortie de la cour d’Oran où devait se dérouler leur procès en appel, audience qui a été finalement reportée. Adel Chouicha a indiqué un peu plus tard dans un post laconique publié vers 16h : «Il y a une perquisition en ce moment chez nous.»

A Oran toujours, il convient de citer l’affaire de notre confrère Saïd Boudour, lui aussi harcelé par les services de sécurité. «Le journaliste Saïd Boudour passera sa cinquième nuit au commissariat central d’Oran.

Sa garde à vue a été renouvelée pour la deuxième fois. Le journaliste risque des poursuites criminelles, selon son avocate, Me Meziane», rapportait mardi notre ami Khaled Drareni sur Twitter. D’après le journal électronique Interlignes.com, qui cite un avocat membre de son collectif de défense, Saïd Boudour, arrêté vendredi dernier, sera présenté ce jeudi devant le procureur.

Selon un recensement établi par le site Algerian Detainees, il y a actuellement «70 détenus d’opinion en Algérie». Le site précise que la dernière mise à jour de ce décompte a été effectuée hier à 15h.