Financement des entreprises étatiques : Les banques publiques moins prudentes

Khelifa Litamine, El Watan, 20 avril 2021

Selon les chiffres communiqués hier par Hassan Boudali, directeur général des banques publiques et du marketing financier au ministère des Finances, plus de 2000 milliards de dinars de crédits bancaires sont accordés au secteur public, ce qui représente 25% de la totalité des crédits accordés à l’économie, qui sont estimés à 9600 milliards de dinars.

Comment a-t-on décidé de maintenir en vie des entreprises en état de coma ou mort cérébrale ? Pis, les banques publiques ne sont pas très exigeantes vis-à-vis des crédits qu’elles leur accordent, comme cela est fait pour les entreprises du secteur privé. Selon Hassan Boudali, qui était l’invité du forum de la Radio nationale, «les crédits accordés au secteur public ne sont pas soumis à toutes les exigences» prudentielles, les banques s’aventurent à financer des sociétés qui n’arrivent même pas à payer les salaires de leurs employés.

Contrairement à ce qui est imposé pour le secteur privé, où aucune concession n’est accordée sur le dossier qui doit répondre à toutes les normes courantes dans les pratiques bancaires.

Cette situation s’est aggravée encore avec la crise sanitaire, qui a impacté négativement les recettes de ces entreprises publiques, qui étaient déjà asphyxiées par le poids de la dette, des créances et des problèmes de management.

L’exemple est dans le transport, où Air Algérie et la Société des transports ferroviaires (SNTF) sont en discussion pour décrocher des crédits bancaires, voire même des prêts du Trésor, pour faire face à leurs charges, telles que les salaires et la maintenance du matériel. Le cas de la société de l’électroménager Eniem est certainement l’autre exemple qui démontre l’incapacité de l’entreprise à sortir de l’impasse et prétendre par la suite réaliser un bilan positif.

Pourquoi les pouvoirs publics continuent de donner de fausses thérapies à des maux économiques donc le diagnostic est pourtant clair ? Maintenir en vie une société de 1700 employés, qui réalise un chiffre d’affaires insignifiant par rapport à son réel potentiel, est une perte d’argent et surtout de temps qui ne travaille pas pour sa relance.

Plusieurs spécialistes ont appelé à changer cette politique d’assistance financière à des «cadavres économiques», à l’instar du consultant en management Mohamed Saïd Kahoul, qui a récemment indiqué que «l’Etat ne doit pas s’immiscer dans la gestion des entreprises» et qu’il «doit se maintenir à son rôle régalien dans l’économie». Avec la politique sociale qu’adoptent les autorités vis-à-vis de ces entreprises, il est devenu impossible pour ces dernières de dépasser cet handicap de rentabilité en se maintenant sous perfusion grâce aux aides de l’Etat.

En effet, plusieurs milliards de dollars ont été consacrés ces deux dernières décennies pour la sauvegarde de ces entités publiques sans aucun résultat faute d’un management de qualité et d’une politique publique obsolète.

Tous les économistes s’accordent à dire qu’il devient plus que jamais urgent de changer de paradigme économique en cette période de crise économique que traverse le pays. Certes les entreprises ne sont pas toutes prêtes, mais il est temps de les remettre sur des bases solides, en abandonnant les pratiques de l’assistanat financier.