Manifestants arrêtés vendredi : Des comités dénoncent la volonté de «vider le hirak de ses forces organisées»

Iddir Nadir, El Watan, 20 avril 2021

Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a ordonné, hier, la comparution immédiate de Kamel Derriche, Bilal Chache, Karim Athmane et Mourad Khoudja, interpellés lors de la marche du vendredi 16 avril, apprend-on auprès du Comité de libération des détenus (CNLD).

Le comité précise que le procureur du tribunal de Baïnem (Bab El Oued) a décidé de renvoyer Nacer Maghnine, président de l’association SOS Bab El Oued, et Kamel Slimani, arrêtés le même jour, au commissariat pour «complément d’enquête» en attendant leur présentation aujourd’hui. L’autre manifestant interpellé vendredi, Mahana Abdesselam, enseignant de physique nucléaire à l’USTHB, n’a quant à lui pas été présenté. «On lui a dit s’il doit être l’être il sera informé la veille. Jusqu’à maintenant, il n’est pas poursuivi», précise Zaki Hannache, activiste du hirak. Les manifestants ont été arrêtés vendredi. Leur garde à vue a été prolongée.

Des comités de la société civile engagés dans la lutte contre les arrestations arbitraires mettent en garde le pouvoir contre son «entêtement à continuer à jouer la carte du pourrissement en privilégiant la politique du tout répressif» et appellent à cesser la répression. «Le régime s’enfonce dans son aveuglement à vouloir en finir avec le mouvement populaire, le hirak.

Il redouble de férocité en ciblant ces derniers jours les éléments actifs du hirak parmi les universitaires et les cadres du milieu association», lit-on dans le texte signé par le Comité algérien contre la torture et les conditions carcérales inhumaines (CACTCCI), la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (Cnuac), le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) et le Collectif pour la libération des détenus d’opinion et le respect des libertés démocratiques (Coldorel). Citant les arrestations des militants le vendredi dernier, les comités indiquent que le «choix de ces cibles n’est pas fortuit, mais il obéit à une volonté qui consiste à vider le hirak de ses forces organisées, de ses cadres et des corps intermédiaires». «C’est la stratégie du chaos en tentant de le dévier de l’un de ses principes cardinaux, sa ‘‘silmiya’’.

En recourant aux interpellations intempestives, le régime veut attirer le hirak sur son terrain favori, celui de l’affrontement, de l’émeute et de la culture de la violence», soulignent les rédacteurs. Evoquant le cas des détenus (22) en grève de la faim à El Harrach, les comités réitèrent leur appel lancé de «ne pas les laisser mourir !» et de «ne ménager aucun effort pour sauver leur vie en danger et d’exiger que justice leur soit rendue en les libérant immédiatement et sans conditions». Aucune information n’est sortie, en début de soirée d’hier, sur les décisions du juge pénal du tribunal de Sidi M’hamed.