Ils ont été arrêtés lors des marches de samedi: Une trentaine de manifestants sous mandat de dépôt à Alger

Iddir Nadir, El Watan, 06 avril 2021

Interpellés lors de la marche du «tassaïd» (escalade) de samedi dernier à Alger, les manifestants placés en détention provisoire sont poursuivis pour «atteinte à l’unité nationale», «incitation à attroupement non armé», «attroupement non armé».

Nouveau tour de vis des autorités face à la reprise des marches populaire ? La trentaine de manifestants arrêtés lors de la marche de samedi dernier, à Alger, ont été placés en détention provisoire.

Présentés, hier, devant le procureur de la République près le tribunal de Bab El Oued (Hammamet), dix manifestants ont été renvoyés devant le juge d’instruction qui a ordonné leur placement en détention provisoire à la prison d’El Harrach. «Les personnes présentées hier (dimanche, ndlr) devant le tribunal de Bab El Oued ont été placées en détention provisoire», a annoncé, en fin de journée, Me Abderrahmane Salah, membre du collectif de défense des détenus d’opinion, qui parle d’un «jour triste». Les manifestants ont été interpellés lors de la marche du «tassaïd» (escalade) de samedi dernier dans les rues du centre de la capitale (Bab El Oued et Alger-Centre).

Un seul d’entre eux a été libéré après sa garde à vue. «Dix des onze citoyens arrêtés lors de la marche du ‘‘tassaïd’’ (escalade) ont été placés sous mandat de dépôt pour instruction. Ils sont poursuivis pour : ‘‘atteinte à l’unité nationale’’, ‘‘incitation à attroupement non armé’’, ‘‘attroupement non armé’’. Un mineur a été relâché», détaille l’activiste Zaki Hannache.

Au tribunal de Sidi M’hamed, devant lequel quatorze manifestants ont été présentés hier également, le juge d’instruction avait procédé de la même manière : détention provisoire pour les manifestants gardés à vue la veille, à l’exception d’un seul relâché pour cause de maladie. A Chlef, Ali Mokrane est placé sous mandat de dépôt, après sa présentation devant le procureur de la République.

Son procès est renvoyé au 12 avril. Chefs d’inculpation : «atteinte à la personne du président de la République», «outrage à corps constitué», précise le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), qui précise que le prévenu «a été arrêté violemment, jeudi 1 avril, devant son magasin». Les avocats et membres de partis impliqués dans le mouvement populaire constatent que les autorités comptent rééditer le même scénario, à la veille de la prochaine élection : placement en détention provisoire des manifestants.

«Prolonger la crise…»

Le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, constate en effet un «retour aux mandats de dépôt, alors que le mandat de dépôt doit être une exception». «Le pouvoir maintient sa feuille de route autoritaire et décide de prolonger la crise, en tablant sur l’usure et la division, ainsi que la répression. Malgré l’échec de cette feuille de route, il s’entête et renoue avec la répression à la veille de chaque échéance électorale. L’approche sécuritaire prend la place de la solution politique, exposant dangereusement le pays à l’instabilité», relève M. Salhi.

Les services de sécurité ont arrêté dimanche deux ex-détenus, Mohamed Tadjadit, «poète du hirak», et Malik Riahi dans un appartement à Aïn Benian (Alger) après perquisition de la police. D’autres activistes, Soheib Debaghi, Noureddine Khimoud (Nadjib Milano) et Tarik Debaghi ont été, eux, interpellés à Barika (Batna), à l’intérieur de leur voiture, a annoncé le CNLD. Leur interpellation aurait un lien avec les accusations de viol proférées par le jeune mineur de 15 ans, Saïd Chetouane.

Des associations, des avocats et des partis politiques ont dénoncé le recours à des actes de maltraitance par les services de sécurité. Dans une déclaration rendue publique, hier, le Comité contre la torture et les conditions carcérales inhumaines (CCTCCI) s’est interrogé sur la décision du procureur près le tribunal de Sidi M’hamed de confier l’enquête ouverte à la partie mise en cause, à savoir la police judiciaire.

«Ce qui s’inscrit en porte-à-faux aux recommandations des conventions internationales ratifiées par l’Algérie et aux dernières mises en garde de la Commission des droits de l’homme auprès de l’ONU. Cette enquête semble d’ores et déjà biaisée et entachée de discrédit en raison de sa partialité», s’indigne le comité, qui réaffirme son engagement de «poursuivre le combat pour bannir à jamais ces pratiques abjectes d’un autre âge dans notre pays et ne ménager aucun effort pour confondre les auteurs de ces horribles crimes de torture devant leurs victimes et de les traduire en justice».