Victimes des mines antipersonnel : Drames et «blessures invisibles»

Près de neuf millions de mines antipersonnel ont été détruites par l’Algérie

Kamel Benelkadi, El Watan, 05 avril 2021

L’Institut national d’études de stratégie globale a saisi hier l’opportunité de la commémoration de la Journée internationale dédiée aux victimes de mines pour donner la parole à des acteurs de la société civile, à des chercheurs et aux associations.

Il faut savoir que durant la période coloniale, 11 millions de mines ont été enfouies sous terre pour transformer l’Algérie en une prison, couper les sources d’approvisionnement en armement et empêcher d’obtenir des renforts depuis ses bases arrière dans les pays voisins, Maroc et Tunisie.

En 1963, la Constitution dans son article 10 prévoyait de confier la mission de déminage à l’Armée nationale populaire (ANP), qui a durant plusieurs années sécurisé des périmètres entiers, même si les Français ont tardé à remettre la carte des mines antipersonnel posées par l’armée française entre 1956 et 1959 (ce n’est qu’en 2007 que Paris a officiellement remis à Alger les plans).

Le minage a été intensif à partir de 1956 aux frontières est et ouest par l’édification du barrage des «lignes Morice et Challe» et autour des cantonnements militaires et dans certains axes d’évolution des combats.

Trois types de mines ont été recensés : mines antipersonnel à fragmentation, mines antipersonnel à pression et mines éclairantes (1,2 mine par habitant et 11 mines par habitant dans les régions frontalières). Il a été comptabilisé 7300 survivants à la mine : 4830 durant la guerre et 2470 après l’indépendance.

Derrière ces chiffres se cachent des drames. Des vies ont basculé en une seconde. «Plus rien ne sera comme avant», revient dans toutes les bouches. Plusieurs fois par an, les mines font en Algérie la une de l’actualité, lorsque des personnes, parfois des enfants, sautent sur des engins égarés. Dans une contribution, Nalia Hamiche, psychologue à l’hôpital universitaire Lamine Debaghine, a démontré que les mines antipersonnel brisent des vies et des corps.

Vies brisées

Les blessures sont souvent irréversibles et douloureuses. Elle fait référence à des «blessures invisibles» à travers des rencontres très riches et des témoignages poignants. La majorité des blessés ont été amputés d’un membre ou plus avec plusieurs interventions médicales. «Les victimes rencontrées présentent le syndrome psycho-traumatique.

Elles ont vécu un événement violent, inattendu avec une peur intense et un sentiment d’impuissance. Le passé est vécu comme un événement présent, elles n’arrivent pas à passer de la mémoire au souvenir», dira-t-elle. Les victimes revivent constamment l’événement avec des images précises, des odeurs reviennent, des sons, des cris… Une souffrance qui aboutit à «l’altération de la personnalité» : un changement des rapports et des liens avec soi et avec le monde qui les entoure.

Des associations tentent de leur venir en aide, comme l’association Solidarité des handicapés et victimes de mines de la wilaya d’El Tarf. Youcef Rafai, président de cette association, est lui-même une de ces victimes. Elle fait dans la sensibilisation mais aide aussi les victimes à se lancer dans des micro-projets (couture, élevage de bétail, formation en informatique) pour avoir un revenu stable et garantir une insertion économique et sociale.

L’Algérie avait annoncé avoir achevé le déminage de son territoire, avec la destruction d’environ neuf millions de mines antipersonnel. Le pays avait ratifié en 2000 la convention d’Ottawa sur l’interdiction, l’emploi, le stockage, la production et le transfert des mines antipersonnel.