Affaire du mineur Saïd Chetouane à Alger : Colère, indignation et questionnements !

Madjid Makedhi, El Watan, 05 avril 2021

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes, acteurs sociaux et politiques ont dénoncé cette énième affaire d’atteinte à la dignité humaine depuis le début du hirak populaire.

L’affaire de Saïd Chetouane, un mineur de 15 ans qui affirme avoir été maltraité dans les locaux de la police après son interpellation, samedi dernier à Alger, continue de susciter de vives réactions. Et cela dès la diffusion, avant-hier soir, d’une vidéo montrant le concerné en larmes, déclarant devant des jeunes du hirak qu’il a été victime d’«attouchements sexuels» et de «maltraitance» à l’intérieur même du commissariat de police.

«On a voulu me violer», a insisté, hier encore, Saïd Chetouane, dans un autre enregistrement tourné en présence de sa mère, son tuteur légal. Dans la même vidéo, cette dernière a aussi affirmé que son fils avait été traité «d’illégitime» par des policiers. «C’est grave ! Un des policiers m’avait également menacé de m’arrêter avec mon fils», déclare-t-elle.

Ces révélations ont provoqué un véritable vent de colère. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes, acteurs sociaux et politiques ont dénoncé cette énième affaire d’atteinte à la dignité humaine depuis le début du hirak populaire.

«Les révélations des hirakistes se poursuivent, déclarant être victimes de torture et de viol lors de la garde à vue, malgré les appels urgents et les différentes interpellations de la LADDH à l’adresse des autorités politiques et judiciaires pour l’ouverture d’une enquête impartiale, faire la lumière et actionner des poursuites judiciaires pour dire le droit et faire justice», déplore la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH). «Il y a quelques jours, Bouskine Nabil à Alger et Chehato Ayoub à El Bayadh ont révélé qu’ils ont été maltraités.

Aujourd’hui (hier, ndlr), c’est le jeune Saïd Chetouane, âgé de 15 ans, qui affirme être victime d’agression sexuelle lors de sa garde à vue à Alger. La torture est formellement interdite par la loi nationale et les conventions internationales ratifiées par l’Algérie», rappelle encore la LADDH.

«Ne pas rester indifférent»

L’avocate et membre de la direction du RCD, Fetta Sadat, a parlé pour sa part de «choc», précisant que le «comble de l’horreur vient d’être franchi». «Le visage hideux d’un régime aux abois, prêt à toutes les ignominies pour perdurer, et ce, au prix des pires outrances qui n’épargnent personne, est mis à nu. Ce fait gravissime nous renseigne, par ailleurs, sur la profonde ineffectivité de la Constitution qui dispose avec éclat que les droits de l’enfant sont protégés par l’Etat ; que la loi réprime toute forme de violence contre les enfants (article 71) ; que les mineurs sont soumis obligatoirement à un examen médical à l’issue de leur garde à vue (article 45 alinéa 06)», écrit-elle dans un texte publié sur sa page Facebook.

Dénonçant les récurrentes violations de la Constitution, l’avocate condamne aussi le «jusqu’au-boutisme aveugle d’un régime aux abois dénué de tout sens de l’humanité, prêt au pire pour un passage en force de sa feuille de route».

Elle exige également à ce que les «responsabilités soient situées et que les auteurs de ces actes ignobles démasqués et condamnés». «On n’attente pas impunément à l’enfance. C’est un crime intenté, non seulement contre l’enfant Saïd Chetouane, mais aussi contre tout le peuple algérien, détenteur de la souveraineté nationale. Ces actes d’un autre âge se doivent d’être jugés et réprimés et la responsabilité de l’Etat engagée», ajoute-t-elle.

Pour sa part, Karim Tabbou, porte-parole de l’UDS et ancien détenu politique, appelle «à ne pas rester indifférent». «Cette affaire relève de la mobilisation générale pour que soient punis les auteurs de ces actes barbares, ensuite pour que soit mis fin à toutes les brutalités policières et enfin pour mettre un terme à un régime violent et illégitime», écrit-il aussi sur sa page Facebook, rappelant que «des cas similaires sont signalés dans plusieurs régions du pays, confirmant que c’est une pratique qui tend à devenir systématique».

Pour sa part, le président de l’association RAJ, Abdelwahab Fersaoui, qualifie ce fait de «scandaleux et inadmissible». «On ne peut plus se taire face à ces comportements et agissements qui se répètent dans nos institutions sécuritaires, censées assurer la sécurité et l’intégrité physique et morale des citoyen(e)s, un droit garanti par la Constitution et les différentes conventions internationales que l’Algérie a ratifiées», a-t-il souligné sur sa page Facebook.

Dans un communiqué rendu public hier, l’ONG Amnesty International appelle à «l’ouverture d’une enquête indépendante et neutre». Elle exige aussi, lit-on dans ce communiqué, «l’annonce rapide des résultats de cette enquête et la présentation des responsables de ces dépassements devant la justice».

Pour rappel, les dénonciations des sévices à caractère sexuel contre les activistes du hirak se sont multipliées ces derniers mois. Après le cas de Walid Nekkiche, qui avait dénoncé, devant le juge à l’occasion de son procès, le viol dont il avait été victime dans les locaux des services de la sécurité intérieure, un autre activiste, Samy Dernouni, avait également fait la même dénonciation. Mais l’enquête ouverte, notamment pour le cas de Walid Nekkiche, n’a toujours pas donné de résultats.