Une nouvelle affaire, Sonatrach 3, cible les ventes de pétrole sous l’ère Khelil

Une nouvelle affaire, Sonatrach 3, cible les ventes de pétrole sous l’ère Khelil

El Kadi Ihsane, Maghreb Emergent, 10 avril 2013

Les dernières auditions du juge d’instruction et la mise sous mandat de dépôt de Chawki Rahal, ancien vice-président en charge de la commercialisation, n’ont rien à voir avec les affaires de Sonatrach de janvier 2010 et des pots de vin Saipem. Sonatrach 3 a commencé.

Une nouvelle affaire Sonatrach a commencé. Elle a débuté avec les mises sous mandat de dépôt de Chawki Rahal, ancien vice-président de Sonatrach en charge de la commercialisation, et de Mme Nouria Meliani-Mihoubi, directrice d’un bureau d’études privé. Ces décisions marquent le point de départ d’une nouvelle affaire, liée à un autre métier de la compagnie, le trading, selon les sources de Maghreb Emergent. Il ne s’agit donc pas des  » premières mesures judiciaires dans Sonatrach 2″, comme rapporté mardi 09 avril par certains journaux algériens, ont précisé à Maghreb Emergent des sources de la défense proches des dirigeants de Sonatrach incriminés au début de l’année 2010 dans différentes affaires de contrats présumés préjudiciables à la compagnie. « Nos mandants ne sont pas concernés par cette nouvelle évolution du dossier », affirment-ils, ajoutant que seul le vice-président en charge de la commercialisation a eu à répondre à de nouvelles questions, qui ont abouti à sa mise en détention préventive.

Dans le même temps, le dossier Sonatrach 1 évolue lui aussi. En effet, Mme Meliani-Mihoubi, précédemment sous contrôle judiciaire, pour un contrat estimé surévalué par le juge d’instruction concernant la réfection du centre Ghermoul, a été incarcérée. Elle est mise en cause dans le premier dossier. Mais cette décision est éclipsée par une autre procédure en rapport avec d’éventuelles commissions touchées « par des algériens en fonction », à l’occasion de la vente de cargaisons d’hydrocarbures algériens dans la période qui va de 2005 à 2010.

Si cela devait se confirmer dans les prochains jours à travers l’identité des autres personnes auditionnées et la publication des chefs d’accusation, ce serait une grande et sinistre première dans l’histoire tourmentée du secteur de l’énergie. En effet, la vente du pétrole algérien était plutôt réputée à l’abri des pratiques de prébendes, « un consensus a très longtemps dominé le système de pouvoir en Algérie. Les recettes des exportations énergétiques sont totalement captées par Sonatrach et ses filiales », rappelle un ancien directeur à la BEA, la banque de Sonatrach. Il semblerait que cette ligne ait été dépassée durant les années Khelil. En première ligne, serait ciblé par l’enquête le rôle de SPC, la filiale de trading de Sonatrach à Londres. M Chawki Rahal a dirigé SPC Londres avant de succéder, en juin 2006, à Ali Hached comme vice-président de Sonatrach en charge de la commercialisation.

Et Abdelmadjid Attar dans tout cela ?

Un autre fait est venu conforter les juristes engagés sur les affaires de Sonatrach depuis trois ans dans leur conviction que l’emballement de cette semaine au pôle pénal spécialisé près de la cour d’Alger n’est pas lié au dossier Eni-Saïpem: c’est l’audition de Abdelmadjid Attar. L’ancien PDG de Sonatrach (1997-2000) et ancien ministre des ressources en eau (2000- 2003) n’est pas concerné par la gestion de Sonatrach durant la période sous les feux des enquêteurs. Sa mise sous contrôle judiciaire a surpris les cadres du secteur de l’énergie, tant la distance paraît abyssale entre l’univers d’affaires de Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’énergie, et l’ancien ministre des ressources en eau.

Une autre source proche de l’affaire croit savoir que c’est l’activité de consultant à l’international de Abdelmadjid Attar qui lui a valu de voir une de ses prestations intéresser la justice algérienne. La source ne dit pas si la cour d’Alger s’est autosaisie dans ce cas, ou si elle a agi suite à une commission rogatoire internationale. Il y a deux semaines, des enquêteurs du DRS – le département du renseignement et de la sécurité de l’armée algérienne – avaient perquisitionné le domicile de l’ancien PDG de Sonatrach ainsi qu’à son cabinet de consulting, sur les hauteurs d’Alger. Abdelmadjid Attar a affirmé à la presse ne pas avoir entendu le juge lui signifier une quelconque inculpation. Ingénieur géologue, M. Attar a occupé des fonctions à Sonatrach liées à la connaissance du domaine minier algérien. Sa mise sous contrôle judiciaire dans une enquête qui semble bien orientée vers les pratiques de trading de l’ère de Chakib Khelil a finalement contribué à brouiller les cartes dans un dossier de plus en plus opaque pour le grand public.