Tribunal militaire de Blida : Une autre condamnation pour le général

Salima Tlemcani, El Watan, 03 avril 2021

En trois jours et après des débats jusque tard dans la nuit, le procès de l’ex-Directeur général de la Sécurité intérieure (DGSI), le général Wassini Bouazza, a pris fin dans la soirée de jeudi dernier. Il faut dire que c’est la première fois dans l’histoire de l’armée que la justice militaire traite une affaire comme celle-ci.

Peu importe s’il s’agit d’une «lutte entre les nouveaux maîtres de l’armée et ceux qui les ont précédés» ou d’«une opération d’assainissement des rangs», ce qui est important à relever, c’est le fait que ce procès, à en croire les nombreux avocats constitués, «a mis le doigt dans le système qui manipule les élections».

Selon nos sources, une grande partie du poids de l’accusation repose sur un seul homme : un cadre du ministère de l’Intérieur chargé de l’informatique, affecté à l’Autorité nationale de surveillance des élections (Anie), auquel le général Wassini, sur «instruction du défunt chef d’état-major, en présence de son secrétaire Benouira (en détention) et du directeur de la communication du ministère de la Défense», aurait demandé de manipuler les résultats au profit du candidat Azzedine Mihoubi, mais en vain.

Entendu, ce cadre affirme avoir refusé de donner les clés d’accès au système, ce qui a poussé le patron de la DGSI à le remplacer, avec l’accord du Premier ministre, alors Noureddine Bedoui, par un de ses officiers, le colonel Skender, alors que ce poste revient légalement au ministère de l’Intérieur. L’officier n’aurait pas voulu – ou pas pu – jouer le jeu de ses responsables. Ce qui a, à en croire nos sources, fait capoter l’opération.

Audition de 12 témoins

Le général Bouazza avait demandé l’audition de 12 témoins, parmi lesquels Mohamed Charfi, président de l’Anie, l’ex-secrétaire général du ministère de la Défense, le général-major Ghris, le directeur de la communication, le général Madi, les chefs de la 1re et de la 5e Régions militaires, l’ex-Premier ministre, Noureddine Bedoui, Guermit Benouira (en détention), secrétaire particulier du défunt chef d’état-major de l’Anp. La demande lui a été refusée.

Mais au procès, 13 témoins, majoritairement des officiers des services de renseignement militaires sont convoqués. Il s’agit, entre autres, des chefs des Centres de transit, de renseignement et d’investigation (CTRI) de la 5e, 1re et 2e régions militaires, des chefs des antennes des mêmes services pour les circonscriptions de Bab El Oued et de Chéraga, mais aussi du colonel Smain (ex-chef de l’antenne de la DGSI d’Alger, en détention dans le cadre de l’affaire du général Tartag, ancien coordinateur des services secrets). Tous auraient affirmé avoir agi sur instruction de leur chef, en l’occurrence le patron de la Sécurité intérieure.

Ce qui a poussé le procureur général à requérir leur inculpation et leur détention pour les mêmes chefs d’inculpation que les accusés.

Pour les avocats, même après avoir entendu le dur réquisitoire du procureur général, réclamant la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle pour les cinq accusés, la décision du tribunal à l’égard des témoins «a été aussi brutale qu’inattendue». Ils seront déférés ensemble devant un tribunal, qui les jugera ultérieurement.

Ainsi, le général Bouazza a écopé d’une peine de 16 ans de réclusion criminelle, les colonels Benaaza Sofiane, dit Skender, et Aït Amara, dit Yassine, chef d’antenne de la DSI à Alger, sont condamnés à 15 ans de réclusion, le colonel Mustapha Lesnami, dit Lotfi, chef du service judiciaire, a écopé d’une peine de 14 ans de réclusion et le général Nabil Benazouz, ex-directeur de la sécurité de l’armée et proche collaborateur de Bouazza, s’est vu infliger une peine de 10 ans de réclusion.

L’ensemble de ces cadres ont passé plus de 30 ans de leur carrière dans les services de renseignement militaire se retrouvent condamnés à des peines de réclusion criminelle pour avoir accepté d’exécuter des ordres de leurs supérieurs, lesquels ont fait de même avec leur premier responsable, qui était le défunt chef d’état-major.

Une question reste cependant posée. Peut-on croire que le commandement de l’armée se résumait à la seule personne du défunt Gaïd Salah ?