Situation politique dans le pays: Des ambassadeurs veulent en savoir plus

Liberté, 01 avril 2021

En l’espace de quelques jours, les ambassadeurs des grandes puissances ont fait le tour de l’essentiel des partis politiques que compte le pays. Cela a concerné toutes les obédiences politiques ; du Rassemblement pour la culture et la démocratie jusqu’à El-Bina d’Abdelkader Bengrina, en passant par le Front de libération nationale et le Mouvement de la Société pour la paix ; tout le monde a eu droit à “sa visite”.

Les représentants des chancelleries ont brassé large dans une tentative de comprendre ce qui se passe dans le pays à l’orée du bouillonnement suscité par le retour des manifestations du mouvement populaire et la perspective de la tenue des législatives en juin prochain.

Dans les communiqués des ambassades et des partis politiques visités, on lit que ces rencontres ont abordé “la question des relations bilatérales” ou de “comment développer ces relations”. S’agit-il vraiment de discuter uniquement des relations bilatérales ? S’agit-il, plutôt, de visites de courtoisie ? Dans un autre contexte, peut-être que ces rencontres revêtiraient un caractère plutôt banal.

Mais vu la situation dans laquelle se trouve le pays, elles prennent une importance certaine pour les chancelleries, notamment celles des grandes puissances. Les ambassadeurs, dont beaucoup ont été accrédités depuis quelques mois seulement, veulent connaître les avis des formations politiques sur la situation du pays et chercheraient, également, à connaître les poids des uns et des autres.

C’est, d’ailleurs, ce que confirme François Gouyette, l’ambassadeur de France, qui a indiqué dans un communiqué que ces rencontres “nous sont nécessaires pour une meilleure connaissance du paysage politique”.
Des témoins de certaines de ces rencontres affirment que contrairement aux visites habituelles, celles de cette année sont marquées par le retour des manifestations du Hirak et la projection des élections législatives en juin prochain.

Face au discours officiel qui vend l’image d’un pouvoir qui maîtrise la situation et qui mène sa feuille de route comme il le veut, les représentants diplomatiques cherchent à entendre d’autres sons de cloche. Ils sont notamment “inquiets” des conséquences de la poursuite de la crise politique, surtout que cette impasse politique est jumelée à une crise économique qui ne fait que s’exacerber.

Cette inquiétude est exprimée de manière plus affirmée par des pays du sud de la Méditerranée comme la France, l’Espagne ou encore l’Italie. Dans ces pays, la presse évoque souvent des contingents de migrants clandestins qui arrivent sur leurs côtes Sud en provenance d’Algérie. Cette tendance risque de s’amplifier avec la poursuite de l’impasse politique et la flambée des chiffres du chômage, et de la pauvreté qui gagne du terrain à la suite de l’inflation qui prend de l’ampleur.

Si ces inquiétudes et remarques sont transmises aux partis politiques, elles ne transparaissent pas dans les communiqués des ambassades. Les ambassadeurs sont visiblement soucieux des formes qui les astreignent, notamment à une obligation de réserve. Mais ces rencontres servent surtout à avoir un aperçu plus complet sur la situation dans le pays.

Ali Boukhlef