Lutte contre la corruption dans le secteur public : Le gouvernement juge et partie

Nadjia Bouaricha, El Watan, 29 mars 2021

Il suffit de lire les chroniques judiciaires pour voir à quel point la corruption a gangréné le pays laissant peu de marge aux projets honnêtes. Qualifié de faible, le pouvoir judiciaire en Algérie est « lent et soumis à des pressions politiques.

Le copinage et la corruption affligent les entreprises et les secteurs publics, en premier lieu dans le domaine de l’énergie » précise le même rapport. Transparency International avait pour sa part octroyé la 104ème place à l’Algérie dans son dernier indice de perception de la corruption qui classe 180 pays selon le degré de corruption constaté dans le secteur public.

C’est donc dans ce contexte de carence en justice que le Ministre de la Justice ordonne aux magistrats de ne pas ouvrir des enquêtes sur des affaires de dilapidation des deniers publics ou de corruption touchant des agents publics en fonction ou non, sans l’aval des services du Ministères de la Justice ou plus exactement l’approbation du ministre lui même. Le garde des Sceaux opère ainsi une immixtion flagrante du pouvoir exécutif dans le travail du pouvoir judiciaire.

Ce dernier, déjà fortement soumis au pouvoir politique, reçoit par cette injonction un sérieux revers qui le fragilisera davantage. Au lieu de donner un signal fort en assénant un coup fatal à la corruption qui a pris des proportions importantes surtout dans le secteur public, cette démarche tend à limiter les prérogatives des magistrats et freiner leurs efforts pour lutter contre ce phénomène. Il est étonnant de voir une telle décision émaner de l’actuel ministre de la justice qui avait été limogé en 2015, alors procureur général, pour avoir lancé un mandat d’amener international contre l’ancien ministre de l’énergie Chakib Khelil incriminé dans des scandales de corruption. Zeghmati fera-t-il subir le même sort à des procureurs qui souhaiteraient ouvrir des enquêtes sans son approbation ?

Et pourquoi tient-il à avoir un droit de regard sur les cas d’agents passibles de poursuites par la justice ? Les agents publics sont des justiciables comme les autres et ne doivent en aucune manière être privilégiés ou lésés dans les droits et devoirs que leur confère la loi. « Je suis prêt à aller loin pour moraliser le pays » promettait Tebboune dans un discours.

Comment moraliser le pays si la lutte contre la corruption est de cette manière assujettie à la seule volonté du pouvoir exécutif ? Un pouvoir qui faut-il le rappeler à été au cœur des scandales de corruption ces dernières années.

Des fonctionnaires de tous grades, et de tous rangs, remplissent les prisons algériennes, tous impliqués dans la dilapidation des deniers publics.

Nadjia Bouaricha