Le front social en ébullition

Actions de protestation annoncées dans plusieurs secteurs

Liberté, 25 mars 2021

Les grèves se multiplient. Le front social bout. Dans les secteurs de l’éducation, du commerce, de la santé, du travail…, les syndicats ont repris leurs protestations.

Des pans entiers de la société se mobilisent depuis quelques semaines pour préserver leurs droits, d’autres pour en arracher. Pas plus tard qu’avant-hier, des jeunes de la wilaya d’Ouargla ont manifesté dans les rues pour exiger non seulement des postes d’emploi, mais aussi plus de transparence dans les recrutements au sein des entreprises publiques, notamment Sonatrach. Hier, ce sont ceux de Laghouat qui sont sortis dans les rues pour demander du travail. Ceux d’Ouargla se sont automutilés avec des objets contondants. Malgré, leurs bouches cousues avec du fil de fer, comme l’ont montré les photos postées sur les réseaux sociaux, le message, quant à lui, est pourtant assez audible pour ne pas être entendu.

Cette forme d’expression liée au sentiment que les animateurs de ces mouvements qualifient d’injustice n’est surtout pas assez codée pour en saisir la portée. Cette ébullition du front social, même si, pour le moment, elle s’exprime par des mouvements épars, peut bien converger. Avec le confinement dû à la pandémie de Covid-19, la crise a atteint des pans entiers de la société qui, auparavant, étaient à l’abri. À cette situation, s’est greffée une série de pénuries de produits de première nécessité, conjuguée à une envolée inédite des prix qui a réduit drastiquement le pouvoir d’achat du citoyen.

À commencer par la sardine, la pomme de terre, la viande, l’huile de table, les fruits, les légumes, etc. En somme, tous les ingrédients sont réunis pour allumer le front social, déjà mis à rude épreuve par plus d’un an de confinement, avec toutes les formes de restriction que cela a imposé, à commencer par le gel de l’activité économique. Si pour le moment, ces mouvements de protestation restent circonscrits, leur multiplication favorisera à coup sûr une jonction qui aboutira à un mouvement social de plus grande ampleur.

Une possibilité qui n’est pas à écarter, surtout que le pays vit au rythme d’un mouvement de protestation politique depuis plus de deux ans. La fusion entre les deux mouvements, ou du moins la prise en charge des revendications sociales des populations par le mouvement populaire alimentera la protestation de manière durable.

Face à ce mécontentement, les pouvoirs publics n’ont aucunement pris les dispositions nécessaires pour résorber la colère. D’un discours à un autre, les assurances données n’ont aucun effet sur la vague de contestation. Cette dernière s’accroît et touche de plus en plus de secteurs, ce qui est en soi un signe de vitalité. La chute des prix du pétrole depuis quelques années a épuisé les réserves de changes et la manne dont disposaient les autorités pour calmer le front social a fondu.
L’achat de la paix sociale n’est plus à la portée des pouvoirs publics, ce qui, du coup, rend difficile l’application de la solution qu’ils ont toujours favorisée. Sans une réelle prise en charge des doléances des populations, le marasme social alimenté par la protestation politique donnera naissance à mouvement accompli qui saura s’imposer.

Mohamed Mouloudj