Poursuite du procès Sonatrach 1 : Khellil, le DRS et les révélations des fils Meziane

Poursuite du procès Sonatrach 1 : Khellil, le DRS et les révélations des fils Meziane

par M. Aziza, Le Quotidien d’Oran, 4 janvier 2016

Le procès de Sonatrach 1 a repris, hier, au Tribunal criminel d’Alger, poursuivant l’audition des accusés. Avec cette fois, des révélations qui accablent l’ancien ministre de l’Energie et des Mines.

Des révélations qui prouvent que Chakib Khelil était déjà informé des transactions, qualifiées par l’enquête judiciaire, de douteuses, entre autres, les contrats gré à gré signés entre Sonatrach avec Contel Frunkwerk. L’ex ministre de l’Energie aurait été informé par le biais de l’ex- vice-président du groupe Sonatrach, Belkacem Boumediene et sur demande de la police judiciaire du DRS.

L’ex-président de la direction production chargé des activités amont du groupe Sonatrach, Belkacem Boumediene a réaffirmé, encore une fois, devant le juge Mohamed Reggad, lors de son 2ème jour d’audition que «l’ancien ministre Chakib Khelil était informé des faits et du rapport du DRS, sur le dossier». Il dira explicitement:

« après mon audition par les éléments de la police judiciaire du DRS, ces derniers m’ont demandé d’aller informer mon ministre, et de l’informer que les enfants de Meziane étaient les associés de Contel». Et de poursuivre : «l’ancien ministre m’a reçu, dans son bureau, dès son retour de l’étranger, je l’ai informé sur le rapport du DRS, sur les enfants de Meziane et sur Saipem. Chakib Khelil m’a demandé de transmettre aux enquêteurs qu’il assumait l’entière responsabilité de la stratégie adoptée par Sonatrach, pour la sécurisation des sites.»

Il précise encore : «j’ai informé le ministre et le P-DG de Sonatrach Mohamed Meziane». Belkacem a insisté sur le fait que ces contrats de gré à gré ont été signés, dans l’urgence, par rapport à la situation sécuritaire sensible, qui menaçait les sites stratégiques de la Sonatrach. «Notamment précise -t-il, après l’attentat terroriste de Roul Denous, ayant pris pour cible les infrastructures de Sonatrach à Ouargla»

En ce qui concerne, les offres proposées par le groupe Contel Funkwerk, pour l’installation de matériel de télésurveillance et d’équipements électroniques, Belkacem Boumediene a reconnu que celle de Contel était de 40% plus élevée que celles de Serpe et VSAT Martec qui ont soumissionné, aux côtés de Siemens.

Mais, précise-t-il, ce contrat devait, selon le cahier des charges, être accordé avec la mention de mieux disant et non pas du moins disant.

Le juge interroge : «vous n’avez pas eu des doutes sur ces contrats ?» Boumediene s’en lave les mains en précisant le contrôle et la partie financière incombent au maître d’ouvrage, une société régionale à Hassi Messouad qui dépend, directement, du ministère de l’Energie et des Mines.

Et d’affirmer qu’il a subi des pressions sur la lenteur concernant la signature des contrats. «C’était l’alerte générale de la part du ministère et de la part de la direction centrale, où l’aspect sécuritaire avait son poids».

«LE DRS ETAIT AU COURANT DES DONNEES, EN 2005»

L’accusé, Belkacem Boumediene a précisé, devant le juge, que la police judiciaire du DRS était au courant des «malversations», en 2005». Et de préciser : «ils m’ont informé qu’ils étaient au courant en 2005, pourquoi, ont-ils attendu jusqu’à 2009, pour réagir ?» Et de souligner qu’ «en 2009, tous les sites avaient été sécurisés et le matériel installé, pourquoi, n’ont-ils pas réagi avant, on aurait pu revoir les contrats».

Le président de l’audience appelle le fils de l’ex P-DG Mohamed Meziane, Mohamed Réda Meziane, accusé pour association de malfaiteurs, de trafic d’influence, dilapidation de l’argent public, blanchiment d’argent, corruption, conflits d’intérêt. L’accusé a nié en bloc toutes les charges retenues contre lui. «Je suis en détention depuis six ans, je ne comprends pas pourquoi de tels chefs d’inculpation. Je suis étonné, je suis consterné et j’ai peur monsieur le juge», dit-il en précisant qu’il n’est impliqué ni de près ni de loin dans cette affaire de contrats. Il dira que le seul tort commis est d’avoir appelé son père Mohamed Meziane pour accorder à son ami de lycée, Mohamed Réda Djaffar Al Ismail, un entretien pour présenter à Sonatrach, des équipements en partenariat avec l’entreprise allemande TVI.

«ILS ONT MENACE DE S’EN PRENDRE A MA FEMME»

Interrogé par le juge sur la base du PV d’audition établi par la police judiciaire, Mohamed Réda Meziane dira que ces propos ont été déformés et vidés de leur sens. «Il y a certaines choses que je n’ai pas dites, mais ils m’ont obligé, après deux jours, du 17 au 19 décembre, de signer le PV, à 4 heures du matin, après que les éléments du DRS, m’ont menacé de s’en prendre à ma femme, sans rentrer dans les détails», dit-il. Sur les contrats de consulting qu’il avait réclamés auprès de son ami et associé de Contel, auprès des Allemands, Réda Meziane a affirmé qu’il a réclamé un tel contrat, après avoir constaté que son ami Al Ismail percevait 20.000 euros par mois de la part de l’entreprise allemande et Maghaoui El Hachemi percevait 12.000 euros et son fils Yazid 8.000 euros par mois, sur la base de ces contrats de consulting. Il avoue : «j’étais furieux, pourquoi Al Ismail ne m’a pas informé sur ces contrats de consultings et pourquoi il m’a proposé de travailler avec les Allemands, étant donné que je suis actionnaire dans l’entreprise holding Contel». Il a affirmé que par la suite «Al Ismail m’a organisé un rencard avec les Allemands, mais ces derniers ont refusé de signer avec moi, peut-être parce que je suis le fils du P-DG de Sonatrach».

APPARTEMENT A PARIS AU NOM DE MME MEZIANE

Le juge Mohamed Reggad est revenu pour interroger Mohamed Réda Meziane, si son père, l’ex P-DG de Sonatrach était au courant de l’achat d’un appartement, à Paris, au nom de sa femme, et avec un chèque appartenant à Al Ismail, et qui proviennent de l’entreprise allemande. Réda Meziane répond en affirmant que son père n’était pas au courant et s’il savait, il aurait divorcé avec sa mère. Mais le juge lui signifie que sa mère avait précisé, lors de sa première audition, après l’éclatement de l’affaire, qu’elle avait informé son mari qui n’a pas accepté, en devenant furieux. Réda Meziane explique au juge qu’il s’agit d’un prêt de son ami Ismail, pour offrir à sa mère un appartement. «Et après que Ismail avait réclamé son argent, j’ai honoré mes dettes, en contrepartie de la cession de mes parts dans la société allemande».

Le juge Reggad a appelé à la barre le deuxième fils de Meziane , Faouzi Meziane qui a affirmé qu’ «Al Ismail est venu à mon quartier, deux mois après la nomination de mon père, au poste de P-DG de Sonatrach, pour demander le téléphone de mon frère, Mohamed Réda Meziane qui était en France et qu’il n’avait pas vu depuis des années».


Deuxième semaine du procès de l’affaire Sonatrach 1

Khelil savait

Le Soir d’Algérie, 4 janvier 2016

«Nous avons travaillé sur instruction de notre ministre et on n’avait pas le choix de faire autrement. Lorsque le ministre et le P-dg décident, moi j’exécute. Et s’il n’y avait pas Belkacem Boumediène, il y aurait eu quelqu’un d’autre à sa place pour exécuter.» L’ex-vice-président chargé des activités amont de Sonatrach est catégorique. Selon lui, «tout ce qui a été fait au sein de Sonatrach a eu l’aval du ministre de l’Energie et du patron du groupe».
Abder Bettache – Alger (Le Soir) – La poursuite hier de l’audition de Belkacem Boumediène, l’ex-vice-président chargé des activités amont de Sonatrach, et du fils de l’ex-P-dg du groupe Sonatrach a donné au procès de l’affaire Sonatrach un nouveau souffle en terme de révélations.
Il faut reconnaître, par ailleurs, que le président du tribunal criminel,
M. Mohamed Reggad, en parfait connaisseur du dossier, a usé de toutes les techniques que lui confère la loi pour tenter d’arracher des aveux aux mis en cause.
Hier, en ce premier jour de la seconde semaine du procès de l’affaire Sonatrach, tout le monde s’accordait à dire qu’«une partie du voile commence à être levée». L’audition de l’ex-vice-président chargé des activités amont de Sonatrach, M. Belkacem Boumediène, a permis à l’opinion publique de confirmer les informations rapportées par la presse. Il s’agit de l’intervention directe de l’ex-ministre de l’Energie et des Mines, M. Chakib Khelil, dans tout ce qui touche de près ou de loin à Sonatrach.
L’ex-vice-président des activités amont de déclarer : «Lorsque j’ai été entendu par la police judiciaire du DRS, elle m’a demandé d’aller voir mon ministre pour lui dire que les enfants de Méziane étaient les associés de Contel détenue par Al Ismaïl. Ce que j’ai fait. Chakib Khelil m’a dit de transmettre aux enquêteurs qu’il assumait l’entière responsabilité de la stratégie adoptée par Sonatrach pour la sécurisation des sites.» Il ajoute à l’adresse du président du tribunal criminel : «Ma relation avec le P-dg de Sonatrach était d’ordre purement juridique et la décision d’octroyer des marchés au gré à gré est une décision politique prise par le ministre de l’Energie et le P-dg de Sonatrach».

«J’assume mes 30 années de travail»

Structurant ses idées, Belkacem Boumediène ira plus loin en détaillant les projets. Il indiquera que c’est sur instruction du ministre et parce que les différentes installations de Sonatrach étaient en danger du fait des tentatives d’attaques terroristes, qu’il fallait faire vite.
Ce d’autant, explique-t-il, que le projet pilote réalisé par la société Contel avait plu à tout le monde. Et d’ajouter : «J’assume pleinement tout ce que j’ai fait et réalisé durant mes trente années de travail au sein du groupe Sonatrach. Rien n’a été fait en cachette».
Toutefois, le président du tribunal criminel rappelle au mis en cause que «tous les cadres de Sonatrach savaient que le fils du P-dg était associé au sein du groupe Contel Funkwerk qui a décroché le projet de télésurveillance». Il appuie son intervention en citant les propos d’Al Ismaïl Mohamed Rédha Djaffar tenus lors de son audition au début du procès. «Ce n’est pas Sonatrach qui est au courant et ce n’est pas aussi mon rôle de le savoir. C’est à la direction des affaires juridiques qui est automatiquement informée, puisque les statuts de l’entreprise lui ont été transmis par les intéressés.»
Lors de son audition, l’ex-vice-président a tenté de justifier les sommes d’argent trouvées dans ses comptes en France au lendemain des conclusions de l’enquête de la commission rogatoire.
En ce sixième jour du procès, le président du tribunal criminel voulait réellement connaître les dessous de l’octroi par Sonatrach du marché relatif à l’acquisition d’équipements de télésurveillance et de protection électronique au groupe Contel Funkwerk. Dès lors, il fait appel à un autre mis en cause. Il s’agit de Mohamed Redha Meziane, fis de l’ex-P-dg du groupe Sonatrach.

«Ici, tu n’es pas le fils du P-dg»

L’audition du fils de l’ex-P-dg de Sonatrach était un autre moment fort du procès. Son passage à la barre est intervenu juste après celui de Belkacem Boumediène. Âgé de 43 ans, Meziane Mohamed Rédha est en prison depuis six années. Selon l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation, il est poursuivi pour plusieurs chefs d’inculpation dont celui «de constitution d’association de malfaiteurs et dilapidation de deniers publics».
Mohamed Rédha est poursuivi par la justice pour les mêmes chefs d’inculpation que son frère Fawzi. C’est sa relation avec son «ancien camarade du lycée», en l’occurrence Al Ismaïl Mohamed Rédha Djaffar, qui est aujourd’hui mise en cause dans cette affaire. D’ailleurs, le juge a tenté de lever le voile sur la nature de cette «énigmatique» relation qui a amené les deux hommes à s’associer dans une entreprise spécialisée dans le transport. «Je nie tout ce qui a été dit à mon encontre dans cette affaire. La police judiciaire du DRS m’a menacé de signer les deux P-V d’auditions. Moi je n’ai rien à voir dans cette affaire», dira-t-il sur un ton qui a suscité la colère du juge Reggad. «Ici tu n’es pas le fils du P-dg de Sonatrach. Ici tu es un citoyen qui est poursuivi dans une affaire de justice, tu dois te conférer à la loi», lui assène le juge. Suite à quoi, un des avocats du mis en cause se rapproche du président du tribunal et lui demande une pause. Dix minutes sont alors accordées à Meziane Mohamed Rédha pour reprendre ses esprits. A la reprise de l’audition, il tente d’expliquer, sans trop convaincre le juge, la nature de sa relation avec l’ex-patron du groupe Contel Funkwerk. A chaque fois, il évite de lier son association avec Al Ismaïl Mohamed Rédha Djaffar à son nom de famille. Le juge lui demande «pourquoi tu n’as pas pris des précautions pour éviter que le nom de ton père, qui était patron de Sonatrach, ne soit associé à tes affaires ?», tout en lui demandant si «ton père ne t’a pas aidé à décrocher des marchés en sa qualité de patron de Sonatrach».
Le mis en cause ne trouve pas de réponse. La gêne se lisait aussi sur le visage de l’ex- patron du groupe Sonatrach. L’audition de Meziane Mohamed Rédha s’est poursuivie dans l’après-midi. Il doit expliquer au président du tribunal criminel les dessous de son association avec son camarade de lycée au sein du groupe Contel Funkwerk.
A. B.


Affaire Sonatrach 1 : Les accusés enfoncent Chakib Khelil

El Watan, 4 janvier 2015

Le procès Sonatrach 1 entame sa deuxième semaine avec la poursuite de l’audition des accusés par le tribunal criminel près la cour d’Alger. L’ex-vice-président de l’activité Amont persiste à affirmer que l’ex-ministre Chakib Khellil savait tout et qu’il a assuré assumer son entière responsabilité dans les contrats de télésurveillance.

Mohamed Réda Meziane, fils de l’ex-PDG de Sonatrach, nie en bloc et tente de disculper son père qui, selon lui, ne savait rien de ses activités. Il reconnaît néanmoins avoir demandé un contrat de consulting aux Allemands.

Après deux journées de repos, le tribunal criminel près la cour d’Alger a repris hier l’audition des accusés, poursuivis dans le cadre de l’affaire Sonatrach 1 et dont le procès s’est ouvert il y a une semaine. Il rappelle l’ex-vice-président de l’activité amont, Belkacem Boumedienne, et lui demande pourquoi n’avoir pas publié les offres dans le bulletin des appels d’offres du secteur de l’Energie et des Mines (Baosem). «Le PDG a décidé de passer par des consultations restreintes dont les offres sont passées par le comité exécutif et validées par le ministre», répond l’accusé qui, acculé, finit par lâcher : «J’assume ma responsabilité.

Le 16 avril 2006, la commission des marchés a ordonné le lotissement des contrats et l’attribution de gré à gré.» Le juge insiste sur le choix du gré à gré. «Sonatrach a travaillé dans le cadre d’une stratégie politique qui ne concerne pas les experts. C’est le travail de 27 commissions régionales, validé par le comité exécutif, pour le ministre», souligne Boumedienne. Le juge : «Il s’agit d’une technologie de pointe et les prix sont un peu élevés.

N’était-il pas plus judicieux de passer par une large consultation ?» L’accusé : «Je ne peux refuser l’exécution d’une stratégie politique? » Le président lui rappelle les règles de passation des marchés, dont la R14. L’accusé : «La R14 était la première instruction de Chakib Khelil. Après il y a eu la R15 et aujourd’hui, nous sommes à la E22.» Selon lui, «le comité exécutif a validé les marchés. Ses membres savent très bien ce qu’ils font».

Le président insiste pour connaître «l’urgence» qui aurait justifié le gré à gré. «L’urgence n’était pas un choix. Elle a été décrétée. Il fallait sécuriser les installations», répond Boumedienne. Le juge : «Vous étiez un cadre dirigeant…» L’accusé : «Je n’avais pas le pouvoir de dire non au ministre. Si je l’avais dit, on m’aurait désigné la sortie. Il avait même donné instruction par écrit de lui transmettre les noms des cadres refusant de s’exécuter. Toutes ces commissions régionales ont travaillé sur la base de ses instructions.

Nous n’avions pas le choix. Alors, le ministre ou le PDG décide, moi je dis non, et lorsque ça éclate quelque part, comme cela a été le cas à Tiguentourine, où la compagnie a perdu des milliards, c’est moi qui porte le chapeau. Même si j’avais dis non, il y aurait eu un autre pour exécuter à ma place.» Concernant les deux délégations de pouvoir que l’accusé a signées, il affirme qu’elles ont été autorisées par le PDG. Le juge appelle Hassani Mustapha, ex-directeur de la division production qui avait obtenu quatredélégations, ce dernier indique : «Une seule m’a été donnée par Boumedienne et par le PDG.»

«Des ordres verbaux pour ne pas faire passer les marchés par le Baosem»

Le juge se tourne vers Boumedienne : «Hassani a parlé d’un ordre verbal pour ne pas passer par le Baosem.» L’accusé conteste. Le juge rappelle Hassani, qui explique que cet ordre provenait «probablement» de Boumedienne, «étant donné qu’il était mon prédécesseur à la tête de la division production». Boumedienne ne cesse de répéter que les sept sociétés consultées, dont Contel, avaient été retenues par la commission des marchés et que le PDG l’avait instruit pour étudier les offres. Interrogé sur les enfants de Meziane, l’accusé réplique : «La vie privée du PDG ne m’intéresse pas.» Le juge : «Ils étaient liés aux sociétés.

Cela devrait vous intéresser.» L’accusé : «Je ne l’ai su qu’en 2009, lorsque les agents du DRS m’en ont parlé.» Le juge : «Al Smaïl a affirmé que tout le monde savait puisqu’ils étaient portés sur le statut de la société.» L’accusé : «Ce statut a été remis au directeur des affaires juridiques.» Le président appelle Al Smaïl et lui demande si les dirigeants de Sonatrach étaient au courant du lien avec les enfants de Meziane. Al Smaïl répond : «Ils étaient tous au courant, puisque le statut a été déposé.» Le magistrat se tourne vers Boumedienne, qui déclare : «Depuis mars 2005, je n’étais plus le maître d’ouvrage. Le statut a dû être remis au service juridique. Lorsque les agents du DRS m’ont dit qu’ils figuraient dans le statut, je leur avais dit que c’est impossible.

Parce que les contrats de performance signés entre les cadres dirigeants de l’activité amont et le PDG interdisent tout lien direct ou indirect avec les partenaires. Même le PDG avait signé un tel contrat.» Boumedienne affirme avoir tenté de vérifier les révélations du DRS : «J’ai parlé avec le directeur de la division juridique et les directeurs de la commission des offres et des études en leur demandant de vérifier si un des Meziane est actionnaire. Ils m’ont confirmé le lien, en me disant qu’ils ne savaient pas qu’il s’agissait de son fils. J’ai été reçu par le ministre qui m’a répété ce que le DRS m’a révélé.

A propos des enfants de Meziane, il m’a dit qu’il ne savait pas. Mais pour les marchés de télésurveillance il m’a exprimé son entière responsabilité.» Le juge : «Trouvez-vous normal que les enfants Meziane soient actionnaires ?» L’accusé nie avoir rencontré Al Smaïl, à part une seule fois, lors d’une réunion dans le Sud en présence du directeur de la sécurité interne, sur autorisation du ministre de l’Energie : «C’était après qu’il ait réalisé 90% des installations. Je l’ai vu à Hassi Messaoud, avec mes cadres.»

Les pressions du ministre

Le président demande à Boumedienne s’il avait donné l’ordre de faire passer les marchés par le Baosem. Il confirme : «Mais tout de suite après j’ai été rappelé à l’ordre par le secrétaire général du ministère de l’Energie, puis par le ministre, qui a transmis une instruction dans laquelle il a écrit : « Certains responsables s’arguent de la lenteur du Baosem pour retarder la signature du contrat. »».

En fait, révèle-t-il, les marchés avaient été attribués le 16 août 2006, mais la signature a tardé. «J’ai remarqué un écart de 40% plus élevé, nous n’étions pas dans la logique du moins-disant mais plutôt de celle du mieux-disant, par rapport à la technologie.» Le président évoque les pressions subies par Hassani et l’accusé déclare : «Si le directeur de la division production avait eu une délégation de signature et que le marché était resté bloqué, cela m’aurait inquiété.

Mais je n’ai jamais compris pourquoi il l’a bloqué. Je pourrais considérer cela comme un chantage?» Le juge s’adresse à Hassani : «Vous aviez évoqué des pressions.» L’accusé : «Nous avions tenu une réunion, à laquelle ont pris part des cadres de Hassi Messaoud, pour faire le point de la situation des marchés. Le projet du CIS avait un retard de deux mois et un autre marché venait d’être accordé. Belkacem Boumedienne m’avait contacté pour me dire de faire vite et de signer le contrat de la base du 24 Février. Je n’ai aucune animosité envers lui.» Boumedienne réplique : «Les contrats de la généralisation des installations ont été signés en 2006.

Lorsque nous avions eu le problème de Rhourd Ennous, j’ai été dépêché par le PDG et sur place on m’a fait part de graves informations sécuritaires. Il fallait sécuriser rapidement le site du 24 Février. J’en avais parlé au PDG et il était d’accord pour aller vite.» Le juge évoque un courrier adressé au PDG en juillet 2008, pour lui demander d’accorder la signature d’un contrat de gré à gré, d’un montant de plus de 220 millions de dinars. «Cette lettre est venue après l’accord politique et la demande du maître d’ouvrage.

Le PDG a donné son accord. J’assume ma part de responsabilité dans l’envoi de ce courrier», dit-il. Le magistrat l’interroge sur une autre lettre, faisant état d’une délégation de signature et l’accusé répond : «Elle a été faite sur demande du maître d’ouvrage. C’est la direction juridique qui gère les seuils des montants qui définissent l’ordonnateur des délégations de pouvoirs. Le vice-président a un seuil autorisé de signature arrêté à 50 millions de dollars.»

«Le contrat de consulting m’a été refusé parce que je me suis présenté en tant que fils du PDG»

Le juge appelle les deux frères Meziane Mohamed Réda et Fawzi Meziane, poursuivis pour «organisation d’association de malfaiteurs», «délits de blanchiment d’argent», «participation dans la passation de contrat en violation de la réglementation», «complicité dans dilapidation de denier public», «corruption et trafic d’influence».

D’emblée, ils nient tout en bloc. Sur sa relation avec Al Smaïl, Réda dit l’avoir connu à Blida, en 1992, étant son camarade de lycée. «En 1996, j’ai été en France pour poursuivre mes études. En novembre 2003, mon frère m’a appelé d’Alger pour me dire qu’un ancien camarade voulait obtenir mes coordonnées. Quelques jours après, Al Smaïl m’a appelé de France. On s’est rencontrés. Mon père venait d’être nommé à la tête de Sonatrach», dit-il. Selon lui, c’est Al Smaïl, qui l’a convaincu de revenir au pays, en lui proposant de créer, avec lui, une société de transport.

En novembre 2004, il l’a contacté pour intercéder auprès de son père, afin de présenter à la compagnie les équipements de télésurveillance. Deux jours plus tard, Al Smaïl a pu accéder à Sonatrach et faire sa présentation.Sur la société, il explique : «Il m’a demandé de ramener les papiers à Alger. Mais je ne pouvais pas me déplacer. J’ai chargé mon frère Fawzi, qui m’a dit qu’il s’agissait d’une cession des parts.» Le juge : «Il vous a demandé d’entrer dans la société ?» L’accusé : «Il m’a demandé de créer avec lui la société de transport.

Il m’a expliqué qu’il vaut mieux être dans une société connue que dans une nouvellement créée. L’idée m’a intéressé, mais ça a pris du temps. En juillet 2005, avec mon frère, nous avions créé la société SMTC de transport.» Le juge : «Votre déplacement en Allemagne avec Meghaoui ?» L’accusé nie en bloc. Le juge l’accule. Il déclare : «Ils m’ont obligé à signer sous la menace.» Le juge : «Vous niez tout ?» L’accusé s’énerve, hausse le ton et parle avec des gestes. Le juge : «Vous êtes ici en tant qu’accusé. Vous n’êtes pas le fils du PDG.

Vous devez vous calmer.» L’audience est levée. A la reprise, l’accusé s’excuse. «Au mois de juin 2006, j’ai décidé d’aller à Amsterdam avec Meghaoui Yazid, qui m’a été présenté par Al Smaïl. Nous avons fait escale en Belgique. Al Smaïl nous a proposé de le rejoindre en Allemagne, où se déroulait la Coupe du monde de football. Puis nous sommes revenus à Paris. Nous n’avons jamais rencontré les responsables de Funkwerk, comme cela a été rapporté dans les PV.» L’accusé nie avoir été informé des contrats de consulting avec les Allemands. Il confirme les propos rapportés par le DRS sur les PV.

Le juge : «En 2007, votre frère Fawzi s’est retiré de Contel et vous, vous avez intégré le holding.» L’accusé : «Mon frère a eu un problème, il s’est retiré. Al Smaïl s’est emporté quand il a su que nous avions créé une société de transport alors que mon frère était toujours à Contel. Nous nous sommes entendus pour monter, avec lui, l’activité de transport dans le holding. Je suis entré comme actionnaire dans le holding.» Revenant sur les contrats de consulting, il confirme avoir révélé les mensualités au DRS et explique : «En avril 2008, on m’en a parlé. J’étais hors de moi parce que je n’avais pas été informé. Al Smaïl savait que j’avais des charges en France.

Je ne comprenais pas pourquoi il ne m’avait pas proposé cet argent. Je lui en ai parlé. Le 16 juin 2008, il m’a appelé pour me dire de le rejoindre en Allemagne afin de signer le contrat. Nous nous sommes rencontrés sur place en présence de Ali Benthabet Dorbani (fils d’un ancien colonel du DRS actionnaire dans les filiales du holding, ndlr), Al Smaïl, moi et deux Allemands. Nous avions discuté et l’un des Allemands a refusé de me signer le contrat. Je ne sais pas pourquoi.

Peut-être parce que je me suis présenté en tant que fils du PDG.» Le juge : «Est-ce normal ?» L’accusé : «Si j’étais un employé de Shlumberger en France, devrais-je démissionner parce que la société travaille avec Sonatrach ?» Le juge : «Oui, pour protéger votre père.» Il lui demande si les Allemands lui ont proposé de mettre un autre nom, et l’accusé confirme, en précisant avoir refusé l’offre. Il revient sur le voyage en Allemagne, le 17 juin 2008, avec Yazid Meghaoui. «Je me suis demandé pourquoi m’avoir fait déplacer jusqu’en Allemagne pour obtenir un refus.» Le juge l’interroge sur la présence de contrats dans le bureau d’Al Smaïl, rédigés mais non signés. L’accusé affirme n’être pas au courant mais qu’il avait demandé à Al Smaïl de voire le contenu des clauses de son contrat à lui.

Sur l’appartement acheté en France, au nom de Mme Meziane, au prix de 650 000 euros, payés par Al Smaïl, il déclare qu’en 2008, sa mère lui avait demandé un appartement pour être à l’aise. «Certes, elle était prise en charge par Europ Assistance, mais à l’hôtel, elle n’était pas à l’aise. J’ai demandé à Al Smaïl de m’aider.Il l’a fait et le notaire lui a demandé de rédiger une reconnaissance de dette», dit-il.

Sur l’origine de l’argent, il dit l’ignorer. «Au mois de décembre, il m’a demandé de rembourser pour créer sa société. Je lui ai revendu mes 450 actions dans le holding et je me suis retiré.» L’accusé déclare que son père ignorait que son frère et lui avaient des liens avec la société jusqu’en janvier 2009, lorsqu’il l’en a informé. De même qu’il ignorait, dit-il, l’achat de l’appartement, qu’il aurait caché par respect de la volonté de sa mère. Il exprime son «étonnement» quant aux propos d’Al Smaïl concernant les 10 000 euros remis à son père : «C’est moi qui ai demandé 10 000 euros et non mon père. Et je les ai remboursés.»

Le juge appelle Fawzi Meziane à la barre poursuivi pour les mêmes faits que son frère. De 1995 jusqu’en 2007, il exercait en tant que cadre informatique à Sonatrach. Son premier contact avec Al Smaïl était en novembre 2004, deux mois après l’installation de son père. Il cherchait les coordonnées de son frère. Il tient les mêmes propos que son frère. Le juge : «En 2007, vous étiez à Sonatrach ? » L’accusé : «Oui, mais la loi interdit le cumul de fonctions pas l’actionariat. J’ai une famille. Je ne pouvais pas quitter mon travail… Mon père n’était même pas au courant.» A propos des contrats de consulting, l’accusé révèle qu’il en a pris connaissance qu’en 2008. Pour lui, ces contrats étaient «une énigme»…
Salima Tlemçani