Procès en série, enquêtes de l’IGF: Sale temps pour les maires !

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 18 mars 2021

Les procès des ex-responsables des collectivités locales se multiplient depuis 2019. Walis, présidents d’APC et secrétaires généraux défilent à la barre, souvent condamnés à des peines importantes. Un exemple pour leurs collègues toujours en poste, et surtout tétanisés par cette situation exceptionnelle.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Ce dimanche 14 mars, un wali désormais bien connu des médias se dresse à la barre dans une salle du tribunal de Sidi-M’hamed. Son nom a émergé durant l’été 2018 en pleine épidémie de choléra. Une situation qui lui vaudra son limogeage pour mauvaise gestion dans la wilaya de Blida. Layadhi est écarté de son poste suite à une rude conversation (filmée) avec une vieille dame contaminée par la maladie. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle il comparaît en ce début de semaine. Il est jugé dans une seconde affaire de corruption. La première a fait grand bruit dans le pays. Mustapha Layadhi est l’un des trois anciens walis de Tipasa inculpés dans le dossier Hamel.
Jugé en même temps que l’ancien responsable de la DGSN, il est condamné à une très lourde peine, dix ans de prison, pour octroi de terrains à vocation agricole aux fils Hamel. Durant les procès qui se déroulent, les trois anciens walis tentent de se défendre en révélant l’existence de pressions pour faciliter l’octroi de terrains de ce genre aux enfants de hauts responsables. Les juges, eux, écoutent mais s’en tiennent aux faits. Le procès en appel confirme le premier verdict.
Ce dimanche, Mustapha Layadhi est poursuivi en qualité d’ancien wali de Blida pour dilapidation de deniers publics, abus de fonction et octroi d’indus avantages. Parmi les bénéficiaires, figurent les propriétaires de l’entreprise Attia Electronics, auxquels ont été accordés de gré à gré des privilèges et avantages lors de la passation de marchés en usant de l’influence de fonctionnaires. Le procureur de la République du tribunal de Sidi-M’hamed requiert une autre lourde sentence à son encontre : huit ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de DA.
Le représentant du ministère public demande également la confiscation des avoirs saisis durant l’instruction, et l’interdiction de son droit à la candidature durant cinq années. Le verdict sera prononcé le 28 mars prochain.
Le nom de Mustapha Layadhi figure dans une longue liste d’anciens responsables des collectivités locales poursuivis dans des affaires liées à la corruption. Plus de vingt walis et un nombre aussi important de présidents d’APC sont, depuis 2019, sous la coupe de la justice. Les secrétaires généraux ne sont pas en reste. L’ex-wali d’Alger non plus.
Le 7 décembre dernier, Abdelkader Zoukh a été, lui aussi, placé sous mandat de dépôt par le tribunal de Tipasa, où il était poursuivi dans trois dossiers différents : celui de Abdelghani Hamel, Mahieddine Tahkout et Ali Haddad. Le tribunal de Tipasa, désigné comme juridiction compétente pour le juger, l’a condamné à cinq années de prison ferme dans l’affaire d’«octroi de privilèges» à la famille de Abdelghani Hamel, et à quatre ans de prison ferme dans celle de Mahieddine Tahkout, ex-patron de Cima Motors. Le juge ordonne également la confiscation de tous ses biens, et prononce l’interdiction d’occuper des postes de responsabilité au sein de l’État, et de se porter candidat à des postes politiques trois années après l’expiration de sa peine.
Le mandat de dépôt est prononcé à l’audience. Toutes les rumeurs faisant état d’une prétendue protection qui évitait la prison à Abdelkader Zoukh se taisent.
L’image de ces walis, présidents d’APC et secrétaires généraux incarcérés ou placés sous contrôle judiciaire induit une situation unique. Elle jette dans la tourmente leurs remplaçants ou collègues toujours en poste.
Les P/APC sollicités refusent, pour des raisons évidentes, de laisser dévoiler leur identité. « Il y a une peur certaine, avoue l’un d’eux, la peur de commettre une faute et de finir à El-Harrach comme les autres. Même si la justice finit par prononcer une relaxe au bout d’une période d’incarcération, il y a la honte au sein des familles et de l’entourage, alors beaucoup préfèrent ne rien entreprendre, ne rien signer surtout, en dehors de la gestion des marchés, rien de spécial n’est entrepris .»
Des sources bien au fait de la situation affirment que le nombre de P/APC suspendus de leurs fonctions est aussi important que celui des P/APC arrêtés. Ils sont sous le coup d’enquêtes judiciaires. Les comptes des mairies, wilayas sont passés au peigne fin par des enquêteurs et équipes de l’IGF, « qui sont envoyées régulièrement pour vérifier ce qui se fait ».
A. C.