Procès Sonatrach 1 : Le gré à gré, des injonctions et la «menace sécuritaire»

Procès Sonatrach 1 : Le gré à gré, des injonctions et la «menace sécuritaire»

par M. Aziza, Le Quotidien d’Oran, 6 janvier 2016

Le deuxième groupe d’accusés supposés impliqués dans l’affaire Sontrach 1, plutôt dans le contrat signé entre Saipem et Sonatrach portant réalisation d’un système de transport par canalisation de gaz naturel (GK3) notamment le lot n°3, ont été appelés à la barre, par le juge Mohamed Reggad.

C’est vers la fin de l’après-midi que Benamar Zenasni, vice-président de la direction des activités de transport par canalisations à la Sonatrach a comparu devant le juge en affirmant qu’il n’était pas vice- président lors du lancement de l’appel d’offres concernant ce contrat. Un contrat qui devait être en principe rejeté ou gelé car, explique-t-il, «sur six entreprises étrangères soumissionnaires et pré-qualifiées dans un appel d’offres large, seules deux entreprises ont présenté leurs offres en juin 2008». Et de poursuivre : «Il s’agit de l’entreprise italienne Saipem et une autre entreprise française». Le président de l’audience note, dès le départ de l’audition, que finalement ce marché, qui a fait l’objet d’un appel d’offres ouvert national et international, s’est transformé en «consultation restreinte». Benamar Zenasni explique que cette opération devait être annulée «car on était en principe face à un marché infructueux». Il a affirmé devant le juge qu’il est arrivé au poste de vice-président de la direction des canalisations le 6 novembre 2008. Sur insistance du juge, il affirme qu’il avait reçu les offres financières pour la réalisation du lot N°3 (de Aïn Djasser, El Kala jusqu’a Skikda). Il a souligné que les offres ont été trop élevées (la première était de l’ordre de 49 milliards de DA présentée par Saipem et la deuxième de l’ordre de 52 milliards de DA). Il affirme qu’il a refusé de signer en appelant au gel de l’opération «car je connaissais parfaitement les prix, vu mon expérience dans le domaine». Le juge entre dans le vif du sujet en lui demandant «qui a donné l’ordre de signer le contrat par la suite ?». Il répondra, c’est le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane. Le prévenu a lui aussi justifié le recours «à la consultation restreinte» dans l’octroi du marché par «le caractère urgent».

Le juge lui demande: «Mais pour quelle raison, vous aussi, vous allez nous évoquer la menace terroriste ?». Et le mis en cause d’expliquer l’urgence par le fait que la Sonelgaz devait installer une station électrique de 1.200 MW et qu’elle avait tant besoin de ce projet.

LES INJONCTIONS DE L’EX-MINISTRE

Belkacem Boumediene, l’ex-vice-président chargé des activités amont de Sonatrach accusé dans l’affaire Sonatrach 1, continuait hier, à réaffirmer en réponse aux questions de la partie civile et du procureur général que les contrats de gré à gré conclus entre Sonatrach et Contel Frunkwerk ont été signés «sous instruction et injonction de l’ex-ministre de l’Energie et des Mines» mais cette fois en avançant quelques détails pertinents. Il a affirmé devant l’auditoire que le recours au marché de gré à gré et à la consultation restreinte dans la signature des contrats de télésurveillance et d’équipements électroniques pour la sécurisation des sites pétroliers, au sud du pays, avait un «caractère urgent» vu le contexte sécuritaire. Il précise que les incidents enregistrés à Skikda, à Sidi Arcine, le problème des bouées de stockage et les actes de sabotage à Rhourde Nouss à Ouargla étaient une preuve «mais seul le ministre savait ce qu’il y avait derrière ces incidents et ces actes de sabotage», conclut-il. Il détaille en affirmant qu’ils ont reçu trois circulaires de la part de l’ancien ministre de l’Energie et des Mines pour la sécurisation urgente des infrastructures du secteur. «La première circulaire a été envoyée en mars 2004, mais la plus persistante et la plus urgente a été envoyée à notre direction en date du 25 décembre 2006. C’est simple, il fallait, sécuriser rapidement les sites», a-t-il souligné. Il a affirmé qu’auparavant, les sites de Sonatrach n’avaient pas été sécurisés avec des nouveaux moyens technologiques. «Il y a eu juste certains essais mais qui ont été voués à l’échec». Belkacem Boumediene a réaffirmé encore une fois que les éléments de la police judiciaire lui ont demandé d’aviser Chakib Khellil sur 8 points relatifs aux contrats signés et concernant l’actionnariat des enfants de Meziane dans l’entreprise Contel Frunkwerk. Le prévenu insiste en affirmant que «le ministre m’a reçu, il a été avisé et il m’a demandé de transmettre aux officiers du DRS que j’assume les 7 points relatifs aux contrats, mais pour le dernier point qui concerne les enfants de Meziane, cette question ne me concerne pas, et qu’il faut s’adresser directement à la personne concernée». Interrogé par Maître Sellini (représentant Sonatrach), pourquoi il n’a pas exercé son veto pour la signature de ces contrats dans la précipitation, puisque il a été placé dans son poste par décret présidentiel, il répond que du point de vue réglementaire, les contrats n’avaient rien d’anormal et qu’ils n’ont pas été signés dans la précipitation, mais «dans l’urgence» Et d’affirmer qu’il n’a pas failli à ses missions, comme le stipule le décret. «Ce décret ne me donne pas le pouvoir de dire non au ministre», dit-il.

Le procureur général a fait sortir la lettre de Siemens adressée à la commission chargée des marchés au sein de la Sonatrach, à travers laquelle, elle a exprimé son mécontentement après que Sonatrach eut décidé de scinder le marché d’équipements de 132 sites en quatre lots pour les répartir sur quatre soumissionnaires. Le procureur général a pris le soin de lire la lettre mentionnant «quand vous travaillerez en règle, on traitera avec vous», voilà ce qu’a écrit Siemens, ce n’est pas une insulte envers Sonatrach.

Blekacem Boumediene explique que Siemens voulait prendre tout le marché, comme il a été exposé initialement. Autrement dit, elle a voulu équiper, à elle seule, les 132 sites.