Sonatrach1: Les fils de, les copains et les coquins, les absents

SONATRACH 1 SUR FOND DE RÈGLEMENT DE COMPTES ET DE LUTTES INTESTINES AU SEIN DU SÉRAIL

Les fils de, les copains et les coquins, les absents

Le Soir d’Algérie, 25 janvier 2016

Ouverte le 27 décembre dernier, il y a près d’un mois, le procès de l’affaire dite «Sonatrach 1» se termine. Le verdict sera mis en délibéré : il faudra attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour qu’il soit rendu public. Sur le banc des accusés, plusieurs gestionnaires de Sonatrach, dont un ancien PDG, des fils de, «des copains et des coquins», des sociétés privées, algériennes et étrangères. Mais ce procès aura surtout brillé par l’absence de l’ancien ministre de l’Energie, Chakib Khelil.

Les nombreux avocats des accusés, parmi les meilleurs du barreau, auront mis en exergue avec talent et forte démonstration les nombreuses lacunes et défaillances de ce procès. Pour eux, cette parodie de procès est en fait une affaire politique sur «sur fond de règlement de comptes et de luttes intestines au sein du sérail». Ils n’ont cessé, plusieurs semaines durant, avec l’aide de leurs clients, de montrer que l’ancien ministre Chakib Khelil était derrière l’ensemble des actes de gestion qui ont mené à ce procès. Pour rappel, au box des accusés, il y avait 19 personnes dont des ex-responsables du groupe Sonatrach et de sociétés étrangères qui ont répondu de faits liés à la «corruption », selon le rôle complémentaire de la deuxième session criminelle 2015. Parmi les accusés figurent l’ex-président-directeur général (PDG) du groupe national, Mohamed Meziane, et le patron du groupe allemand Contel Algérie Funkwerk, El-Smaïl Mohamed Réda, ainsi que 8 directeurs exécutifs de Sonatrach, dont Amar Zenasni, responsable du transport par pipeline, et le directeur des activités d’amont, Belkacem Boumediène.

Les effets désastreux des marchés de gré à gré

Cette affaire avait été reportée à deux reprises, en mars et juin derniers, pour plusieurs motifs, dont celui d’«absence de témoins». Sur la liste des accusés figurent également 4 entreprises étrangères ayant bénéficié «frauduleusement » de marchés publics, au préjudice de Sonatrach. Parmi les chefs d’accusation retenus contre les accusés, dont 7 en détention depuis plusieurs années, figurent «association de malfaiteurs», «passation de marchés contraires à la loi pour accorder des privilèges injustifiés à des tiers», «blanchiment d’argent», «augmentation de prix dans des contrats avec une entreprise publique», «détournement de deniers publics» et «blanchiment d’argent et corruption». Selon l’arrêt de renvoi, les faits concernent cinq marchés «frauduleux» d’une valeur de 1100 milliards de centimes accordés par l’ex-PDG de Sonatrach au groupe allemand Contel Algérie Funkwerk Pletarc, dans le cadre d’un projet d’acquisition d’équipements de télésurveillance et de protection électronique des complexes du groupe national à travers le pays. Ces contrats ont été accordés dans le cadre du gré à gré, en contrepartie d’actions acquises au profit des deux fils du patron de Sonatrach, Fawzi et Réda Meziane, dans le groupe Contel, selon la même source. Le groupe Contel Algérie Funkwerk Pletarc et son patron, El- Smaïl Djaafar Réda Méziane, principal accusé dans cette affaire, a obtenu des privilèges injustifiés alors que ses offres étaient plus élevées que celles des autres soumissionnaires.

Saipem Italie ou le gazoduc qui n’a servi à rien

Autre volet non moins important de ce procès : le groupe Sonatrach, selon l’arrêt de renvoi toujours, a conclu un marché jugé douteux avec Saipem Algeria (Italie) pour la réalisation du gazoduc liant l’Algérie à l’Italie (Sardaigne). L’enquête a révélé qu’un des fils de Mohamed Meziane travaillait comme conseiller, depuis 2006, auprès du patron de Saipem Algérie, Tullio Orsi. Ce dernier est poursuivi par le parquet de Milan dans le cadre d’une affaire de corruption impliquant le groupe pétrolier italien ENI dont Saipem est une filiale. Le marché, d’une valeur de 586 millions de dollars, a été sous-traité à une société française «PIE CAPAG», par Saipem, sa rivale dans la consultation limitée ouverte. Plus grave, dans cette affaire ce gazoduc n’aura servi à rien : c’est un véritable éléphant blanc qui pourrait être la pièce centrale d’un musée virtuel algéro-italien de la corruption. Les principaux accusés de ce procès inachevé — les gestionnaires de Sonatrach et les fils du PDG — risquent de très lourdes condamnations, pour l’exemple, dans une affaire qui n’aura pas tout livré.
Djilali Hadjadj

Citation
En Italie, «la vulgarité des nouveaux riches qui se rêvent en voyous…»
«L’Italie est devenue lourde, d’une absolue vulgarité, la vulgarité des nouveaux riches qui se rêvent en voyous, sans élégance ni délicatesse. Berlusconi (*) a semé la graine.»
Giancarlo De Cataldo, juge italien et auteur de Romanzocriminale (*)
Ancien Premier ministre italien (à plusieurs reprises entre 1994 et 2011),
impliqué et condamné dans plusieurs affaires de corruption, en visite officielle en Algérie en octobre 2010