Tentatives régulières de son empêchement: Le Hirak oranais dans la cible

Liberté, 14 mars 2021

Les vendredis du Hirak dans la capitale de l’ouest du pays sont régulièrement émaillés de répression, celui d’avant-hier n’a pas dérogé à la règle. Les victimes ont décidé cette fois-ci de porter plainte. La sûreté de wilaya, quant à elle, dément “tout usage de la violence”.

À l’occasion de la marche populaire de vendredi dernier, les forces de police d’Oran ne se sont, une nouvelle fois, pas montrées sous leur meilleur jour. Que ce soit à la place du 1er-Novembre avant le départ de la marche ou à proximité de la Direction de l’éducation où l’accès au siège de la wilaya a été bloqué, certains éléments des forces de l’ordre n’ont pas hésité à recourir à la violence contre des citoyens pacifiques.

Les vidéos et images publiées sur les réseaux sociaux vendredi soir sont éloquentes et ne souffrent aucune ambiguïté : un nonagénaire à la barbe blanche exhibant des hématomes sur le bras se plaint d’avoir été frappé, des jeunes et moins jeunes ont été pris de malaises pour avoir inhalé du gaz lacrymogène, des femmes pleurent en se frottant les yeux pour atténuer la douleur des brûlures…

“Cette fois encore, certains policiers ont dépassé les bornes, ces dérapages et cette hogra doivent cesser immédiatement”, a dénoncé Me Ahmed Mebrek qui a lui-même reçu un coup de bâton à l’arrivée du cortège à proximité du rond-point du lycée Lotfi. “J’avais déjà été bousculé à la place du 1er-Novembre, mais là, c’est un policier qui m’a mis un coup de trique vicieux”, a-t-il précisé.

À la place d’Armes, au cours d’un des nombreux face-à-face qui avaient opposé des hirakistes décidés à marcher et le cordon des forces de l’ordre qui interdisait l’accès au boulevard Émir-Abdelkader, un policier a soudain aspergé les manifestants de gaz lacrymogène provoquant la panique dans la foule. Beaucoup de personnes se trouvant mal se sont écroulées sur les pelouses, alors que des jeunes accouraient pour leur porter secours.

“Un homme m’a tiré en arrière, mais j’avais déjà reçu du gaz. Je n’arrivais plus à respirer et il m’a fallu du temps pour retrouver mon souffle”, témoigne Farid Khemisti, un autre avocat proche du Hirak qui a subi la violence policière. Étendu sur le sol, un quadragénaire avait quasiment perdu connaissance. Il répondait par monosyllabes à un jeune qui l’interrogeait sur son identité et son lieu de résidence.

Un peu plus loin, des femmes avec des enfants maudissaient la police et son manque d’humanité face à des citoyens innocents et inoffensifs. Plus tard, on apprendra que Kaddour Chouicha, vice-président de la Laddh, avait été violenté par un policier.

“Il l’a étranglé pendant plusieurs secondes jusqu’à ce que le pauvre tombe par terre”, s’est insurgé un témoin. Une demi-heure plus tard, à hauteur du rond-point du lycée Lotfi, le même Chouicha sera une nouvelle fois pris par surprise par d’autres policiers. “Il a pris un coup dans les parties intimes qui l’a mis à terre. Son fils qui a tenté de le secourir a également été violenté jusqu’à ce que les manifestants interviennent”, rapporte encore un témoin choqué.

Se tordant de douleur, le militant des droits de l’Homme a dû quitter la marche avant de se fendre d’un post sur Facebook dans lequel il rapporte sa douloureuse mésaventure et réitère sa détermination à poursuivre la lutte. Kaddour Chouicha annonce, par ailleurs, qu’il compte porter plainte contre l’officier qui l’a étranglé et le chef de sûreté de la wilaya d’Oran.

De son côté, Me Mebrek s’est fait délivrer un certificat médical qui doit accompagner son dossier de plainte contre les violences policières. L’avocat appelle toutes les personnes qui ont subi des violences à ne pas hésiter à porter plainte. “Les citoyens doivent apprendre à défendre leurs droits et leurs libertés qui sont consacrés par la Constitution algérienne et par les conventions internationales relatives à la protection des droits que l’Algérie a ratifiées”, dit-il en substance.

Si les Oranais ont réussi à marcher vendredi dernier, ils ont de nouveau fait l’objet d’une violence gratuite — vu le caractère pacifique de leur manifestation — et inutile parce qu’ils persistent à poursuivre la lutte pour le changement.

Dans un communiqué rendu public hier, la cellule de communication de la sûreté de la wilaya d’Oran dément les allégations rapportées par les réseaux sociaux sur l’usage de la violence lors de la marche de vendredi passé : “(…) Les services de la sûreté de la wilaya d’Oran démentent formellement l’usage de la violence et de gaz lacrymogène contre les citoyens, le vendredi 12 mars 2021 dans les rues d’Oran”, peut-on lire dans le communiqué qui considère que les informations véhiculées sur les réseaux sociaux sont fausses.

S. Ould Ali