Des figures algériennes disparues honorées par Macron

Des lieux publics porteront leurs noms

Liberté, 13 mars 2021

Une quarantaine de personnalités algériennes figurent dans “Portraits de France”, une liste des 318 héros de la diversité que le président français Emmanuel Macron a décidé d’honorer en proposant l’attribution de leur nom à des rues et à des bâtiments publics en France.

Cette liste a été élaborée par un comité scientifique dirigé par l’historien Pascal Blanchard. Elle comprend, côté algérien, des femmes et des hommes qui ont marqué l’histoire des deux côtés de la Méditerranée. Certains noms sont déjà visibles dans l’espace public en France, alors que d’autres seront honorés pour la première fois.

Par ordre alphabétique, on retrouve, le musicien Abderahmane Amrani (Dahmane El-Harrachi), l’islamologue Mohamed Arkoun, le chanteur Sliman Azem, le fondateur du théâtre algérien Mahieddine Bachtarzi, la chanteuse Noura de son vrai nom Fatma-Zohra Badji, l’éducatrice Samira Bellil, l’actrice Yasmine Belmadi, la pianiste Leïla Ben Sedira, l’acteur Habib Benglia, le footballeur Ali Benouna et Ouassini Bouarfa, membre du célèbre commodo Kieffer qui a participé au débarquement de Normandie.

La liste inclut également le résistant Salah Bouchafah, Cherif Cadi, premier diplômé algérien de l’École polytechnique de Paris, l’islamologue Malek Chebel, l’acteur Farid Chopel, les écrivains Mohammed Dib et Assia Djebar, l’Émir Abdelkader et son petit-fils l’émir Khaled, Ahmed Ben Ammar El-Gaïd, fondateur du cirque Amar, l’athlète Ahmed El-Ouafi Bouguerra, les écrivains Nabile Farès et Mouloud Feraoun, le militant communiste, Abdelkader Hadj Ali, l’artiste Idir (Hamid Cheriet), Messali El-Hadj, le musicien Mohamed Iguerbouchen, Baya (Jurguet), Bouhoune (militante anticolonialiste et pour les droits des femmes), le cardiologue Salem Kacet, l’athlète Alain Mimoun, la chanteuse Cheikha Remiti, le sociologue Abdelmalek Sayad, le musicien Rachid Taha, Mohamed Lakhdar Toumi, resistant et déporté, la grande diva Warda El-Djazaïria, l’officier Saïd Yaddou, l’écrivain et homme de théâtre Kateb Yacine, le cycliste Abdelkader Zâaf et l’acteur et réalisateur Mohamed Zinet.

En dévoilant son projet en décembre dernier, le chef de l’État français a fait savoir qu’il souhaite imprimer dans l’espace public une juste représentation de l’histoire de la France.

“Il y a toute une part de notre histoire collective qui n’est pas représentée, il y a toute une part de notre histoire qui parle à notre jeunesse qui est noire, venant d’Afrique ou ultra-marine ou maghrébine et qui a ses héros”, avait expliqué Macron en faisant référence à l’immigration et à la colonisation.

Outre Messali El-Hadj et l’Émir Abdelkader, la liste proposée par le comité Blanchard comporte les noms d’autres personnalités qui ont marqué l’histoire par leur engagement contre la colonisation.

Parmi elles, le psychiatre martiniquais, Frantz Fanon, et le Guadeloupéen, Louis Delgrés, qui a lutté à mort contre le rétablissement de l’esclavage sous Napoléon Bonaparte.

De grands noms de scientifiques, d’écrivains et d’artistes, d’origines étrangères diverses composent, par ailleurs, la liste comme Aimé Cesaire, Leopold Sédar Senghor, Blaise Cendrars, Marie Curie, Pablo Picasso et Salvador Dali.

Il reste à savoir maintenant quels noms seront adoptés pour figurer sur les frontons des bâtiments publics ou pour baptiser des rues. Selon Pascal Blanchard, le débat aura lieu dans les mairies. La nomination des voies publiques en France est par exemple du ressort des conseils municipaux.

En 2019, l’ancien Premier ministre Alain Juppé, qui était alors maire de Bordeaux, a gelé la décision de baptiser une allée du nom de Frantz Fanon, à la suite de protestations de l’extrême droite.

Samia LOKMANE-KHELIL