Secteurs de la santé et de l’éducation: Retour prochain à la contestation ?

Nawal Imès, Le Soir d’Algérie, 7 mars 2021

Mises entre parenthèses depuis plus d’une année pour cause de situation épidémiologique dominée par le coronavirus, les revendications socioprofessionnelles refont surface. Les syndicats des secteurs de la santé et de l’éducation ne cachent pas leurs intentions de rompre la trêve. Les deux ministres ont d’ailleurs renoué le dialogue avec les représentations syndicales pour tenter de contenir la sourde colère qui laisse présager un rapide retour à la contestation.

Nawal Imès – Alger (Le Soir) – La pandémie de coronavirus a imposé une trêve de fait sur le front de l’action syndicale. Elle aura duré une année au cours de laquelle le personnel de santé était sur le front et les différents acteurs du secteur de l’éducation occupés à tenter de sauver une année scolaire des plus particulières. Dans ce contexte, les revendications purement professionnelles ont été reléguées au second plan.

Depuis quelques semaines déjà, la tendance a changé. Plus question pour les syndicats des deux secteurs de patienter plus. Dans le secteur de la santé, la gestion de l’épidémie de coronavirus a un peu plus mis à nu les dysfonctionnements du système de santé avec toutes les conséquences sur les conditions d’exercice dans le secteur.
Des poches de contestation ont progressivement commencé à se manifester dans de nombreuses structures de santé.

Le personnel de santé, toutes catégories confondues, exige à travers leurs syndicats la satisfaction de revendications en suspens depuis déjà plusieurs années. Un mécontentement qui a fini par faire réagir la tutelle. En date du 3 mars, le ministre de la Santé envoyait une note aux DSP leur rappelant la nécessité d’ouvrir les canaux de dialogue avec les syndicats en organisant des rencontres périodiques avec leurs représentants locaux et en informant la tutelle des détails de ces réunions de manière périodique.

L’inspecteur général du ministère de la Santé a jugé utile de le rappeler par une autre correspondance dans laquelle il informe les gestionnaires des structures de santé que leur capacité à résoudre les problèmes posés localement faisait partie des critères d’évaluation des responsables.

Le ministre de la Santé a fini par lancer des invitations aux syndicats agréés pour évoquer avec eux de nombreuses questions à leur tête les entraves au travail syndical, la cadence des réunions périodiques avec la tutelle mais surtout la lenteur dans l’exécution de décisions pourtant prises dans le cadre des commissions mixtes. À l’issue de ces réunions bilatérales, les syndicats du secteur de la santé ont majoritairement décidé de soumettre le contenu des discussions à leur base pour évaluation avant de décider des suites à donner. C’est quasiment le même scénario au sein du secteur de l’éducation.
Mohamed Ouadjaout a, lui aussi, initié un cycle de rencontres avec les syndicats de son secteur.

De nombreuses formations avaient déjà donné le la. Celles regroupées au sein de l’Intersyndicale de l’éducation ont signé leur retour sur le terrain de la revendication en organisant une réunion sanctionnée par un communiqué laissant entrevoir la possibilité d’initier des mouvements de protestation. Dans ce secteur, les retombées de la pandémie sont nombreuses.

Les syndicats estiment quasi unanimement que la charge de travail qui pèse sur les enseignants des trois paliers a doublé avec le système de groupes qu’impose le protocole sanitaire.

À cela s’ajoutent des revendications qui n’ont pas été satisfaites depuis de longues années avec à leur tête la révision du statut particulier pour rattraper les inégalités qu’il comprend et arriver enfin à des classifications justes, une intégration de tous les corps et la promotion.

Les syndicats revendiquent également une révision des plans exceptionnels mis en place pour l’année en cours et le droit à la retraite anticipée. C’est dire que les deux secteurs sont loin d’être à l’abri de mouvements de protestation, à moins que les deux tutelles n’arrivent à jouer aux pompiers.
N. I.