Une pétition contre les violences policières à Oran

En réponse à la répression du hirak vendredi dernier

Amel Blidi, El Watan, 01 mars 2021

La ville d’Oran a été, vendredi, le théâtre d’une violente répression des manifestants sortis en nombre pour participer à une marche pacifique, à l’instar des autres villes du pays. Aussi, une pétition publiée hier dénonce-t-elle «une restriction de la liberté d’expression par la force» ainsi qu’une grave entrave au droit de manifester reconnu par les conventions internationales et inscrit dans la Loi fondamentale.

«En ce vendredi 26 février 2021, peut-on y lire, les citoyens nourris des idées du hirak et voulant manifester pacifiquement ont été empêchés de se regrouper par les forces de police. Le dispositif policier impressionnant s’est déployé à travers le centre-ville procédant à des arrestations musclées de jeunes et de moins jeunes, de femmes de tous âges, insultés, bousculés, frappés et poussés dans les véhicules de police pour être dirigés vers les différents commissariats, où ils ont été verbalisés sous différents prétextes.»

Et les signataires de poursuivre : «Nous prenons à témoin les citoyens de la wilaya d’Oran, les autorités de cette wilaya responsables de cette situation honteuse ainsi que l’opinion nationale et internationale pour la restriction de la liberté d’expression par la force.»

Ils considèrent que les manifestations par des marches ou tout autre moyen pacifique sont, selon leurs mots, «un droit humain reconnu par les conventions internationales et même par la Constitution imposée par un pouvoir illégitime». Et de souligner : «Les signataires de la présente pétition maintiennent leur attachement aux revendications du hirak quant aux changements profonds de la nature du pouvoir et s’engagent à œuvrer pour l’émergence d’un Etat civil, démocratique et social, tel que défini par la Proclamation du 1er Novembre 1954.»

Tout en s’engageant à poursuivre les marches citoyennes malgré les interdictions, les signataires mettent les autorités devant leurs responsabilités en cas de dépassements. Parmi les signataires de ladite pétition, figurent des noms bien connus tels que la militante féministe Fatma Boufenik, l’auteur Ahmed Saifi Benziane ou encore les universitaires Hadji Miliani et Ammar Mohand Amer.

Par ailleurs, les réseaux sociaux ont été investis par les témoins de la répression pour y relater une journée émaillée d’arrestations musclées, d’insultes et de dépassements en tous genres de la part de policiers en uniforme et en civil.

«J’ai vu, à 14h, un jeune drapé de l’emblème national kidnappé et brutalisé par des agents de police en civil, à l’entrée de la place d’Armes», témoigne un citoyen. «Il est 13h30, à l’arrêt de tramway Valéro, ajoute un autre, les portes du wagon presque vide s’ouvrent, des CRS s’engouffrent au pas de course, un très jeune passager debout est matraqué aux jambes et traîné à terre hors du tram (…), lorsqu’ils le relâchent enfin, il tremble de douleur. Le jeune homme a à peine 16 ans.»

Les témoignages font état de violences policières «sans motif aucun», de palpations, fouilles des sacs, humiliations, insultes et arrestations musclées. Des dizaines de manifestants n’ont été relâchés que très tard dans la nuit de vendredi à samedi.