Un demi-siècle après la nationalisation du secteur des hydrocarbures : L’Algérie face aux défis de la libéralisation

Ali Benyahia, El Watan, 25 février 2021

La nouvelle loi des hydrocarbures, adoptée en 2019 mais qui attend la finalisation de ses textes d’application pour devenir entièrement opérationnelle, devra «favoriser le développement et l’exploitation sûre, durable et optimale des ressources en hydrocarbures».

Un peu comme en politique, avec la question de la très sensible transition démocratique, objet d’incessantes revendications populaires, en économie le dossier de la transition énergétique, sur fond de la libéralisation de notre domaine minier, accapare toute l’attention, 50 ans après la nationalisation du secteur des hydrocarbures.

Et pour cause, les recettes des hydrocarbures sont de moins en moins importantes pour pouvoir faire face aux dépenses budgétaires du pays sans cesse grandissantes.

Un indice : il faut, selon les experts, un baril qui dépasse de loin les 100 dollars pour pouvoir équilibrer notre budget. Alors que les perspectives les plus optimistes du marché international évoquent un cours ne dépassant pas les 70 dollars. C’est dire… !

La nouvelle loi des hydrocarbures, adoptée en 2019 mais qui attend la finalisation de ses textes d’application pour devenir entièrement opérationnelle, devra «favoriser le développement et l’exploitation sûre, durable et optimale des ressources en hydrocarbures, y compris les ressources non conventionnelles et l’offshore, satisfaire les besoins en énergie de la collectivité nationale, assurer la sécurité de son approvisionnement à long terme et promouvoir la préservation et la protection de l’environnement, tout en garantissant la sécurité des personnes et des installations», a déclaré le directeur de la réglementation et des études juridiques au ministère de l’Energie, Amirali Amir, repris par l’APS.

Ce constat résume à lui seul l’état du secteur qui constitue encore aujourd’hui, malgré tout, le poumon de l’économie algérienne. Le pays, qui célèbre ainsi cet acquis de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles, se trouve en effet confronté à de multiples défis. Véritable instrument de souveraineté nationale, ce secteur traverse une situation pour le moins difficile.

En élaborant cette nouvelle loi, l’Algérie cherche en fait à retrouver l’attractivité perdue de son domaine minier. Il s’agit de convaincre pour ramener des investissements étrangers, dans le contexte de niveau de prix bas et d’une concurrence rude entre les producteurs.

Dans ce sens, l’expert pétrolier Mourad Preure recommande, notamment, d’élargir les perspectives de Sonatrach qui doit «opérer sa mue» pour devenir la grande compagnie énergétique qui permettra à l’Algérie de s’engager avec succès dans les challenges technologiques du nouveau millénaire et de réussir sa transition énergétique.
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«L’objectif sera aujourd’hui, dans l’esprit du 24 Février, de construire un puissant acteur énergétique national, Sonatrach, qui s’imposera parmi les leaders de la transition énergétique dans le monde. Il assurera ainsi l’indépendance énergétique à long terme de notre pays, accroîtra les ressources financières de l’Etat et entraînera dans son sillage un puissant écosystème dédié à l’énergie qui, en retour, renforcera de manière déterminante et sa position concurrentielle et la puissance de la nation dans le monde», a-t-il souligné.

Révolution

Le mot est lâché : la révolution aujourd’hui, ce n’est pas tant de camper sur ses acquis de 1971, mais de réussir donc la fameuse transition énergétique. Serait-ce ici le meilleur moyen de méditer sinon la fin du pétrole, du moins la fin du tout-pétrole ? Tel semble être le cas en effet, si l’on juge par le fait de savoir qu’en l’état actuel du secteur et de notre économie, les recettes des exportations des hydrocarbures sont de moins en moins importantes.

Les recettes globales des exportations d’hydrocarbures, selon l’APS, ont atteint 20,2 milliards dollars, dont 13,2 milliards de dollars d’exportations pétrolières et 7 milliards de dollars d’exportations gazières. Ces recettes représentent 98% des recettes des exportations du pays.

La fiscalité pétrolière, quant à elle, a atteint 1853 mds de dinars, représentant actuellement un peu plus du tiers des recettes budgétaires, contre plus de 50% durant les années précédentes. C’est dire qu’elle est en net recul du fait de la baisse des prix.

D’où la question : l’Algérie doit-elle continuer à miser sur un secteur qui n’arrive plus à dégager les financements escomptés pour son économie comme par le passé ? Le pays est classé 16e producteur de pétrole, 10e producteur de gaz naturel et 7e exportateur de GN dans le monde.

Le volume global des exportations d’hydrocarbures a été de 82,2 millions en tonnes équivalent pétrole (TEP) dont 937 000 barils/jour de pétrole et 40 milliards m3 de gaz. Et ce, d’autant plus que la consommation nationale d’énergie grignote de plus en plus sur le volume des exportations.

Mais quoi qu’il en soit, le pays ne pourra se passer en l’état actuel de notre économie de ce secteur névralgique. Ses capacités d’exportations hors hydrocarbures sont quasiment nulles.